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Emmanuel Ruben – Sous les serpents du ciel

Il y avait un je ne sais quoi, une sorte d’univers, d’ambiance, un rythme, pourrions nous dire une musique tant qu’à faire, dans les précédents textes d’Emmanuel Ruben. Ce quelque chose, qui est difficilement nommable ou identifiable, qui avait cette saveur si particulière qui nous laissait supposer un grand auteur en devenir. C’était comme si ses précédents livres, excellent au demeurant, n’était que la préparation à quelque chose d’encore plus grand, d’encore plus fort. Comme si tout ce qui a été entrepris par l’auteur ces dernières années n’étaient que la préparation à ce roman, le livre qui fera toute la différence. « Sous les serpents du ciel » est ce fameux roman.

« Tu es mort il y a vingt ans. Tu es mort à l’âge de quinze ans, Walid, et j’ai honte, parfois quand je pense que j’ai déjà vécu la moitié d’un siècle et fait trois fois le tour de la planète tandis que ton peuple tourne en rond depuis tant d’années sur ses iles mutilées en attendant sa libération. »

Walid, un enfant vivant du mauvais côté du mur est mystérieusement mort il y a vingt ans. Son crime fut la suspicion d’être un terroriste avec ses cerfs-volants. Un criminel pour qui ? à en croire les différents témoignages, les avis divergent et s’opposent sans jamais apporter une totale vérité sur le jeune Walid. Il faudra l’intervention de son esprit dans le roman pour clarifier la chose. L’actualité faisant écho à cette histoire survenu vingt ans en arrière jour pour jour, quatre hommes se retrouvent à parler de ce dernier, des iles du Levant, du grand barrage qui isolent les habitants des iles du reste du monde, des fissurent qui apparaissent sur le barrage et des révoltées qui ne sont pas loin derrière.
Le passé ressurgit et l’ombre de Walid devient de plus en plus présente, renvoyant chacun des protagonistes vers de lointain souvenir qui les ont souvent hantés.

« L’auteur de ce roman a eu la bonne idée de me faire crever vingt ans avant le début de l’histoire. Et si ça se trouve, je suis pas autorisé à prendre la parole ici, mais si les romans ne servent pas à rendre la parole à ceux qui l’ont perdue, alors je vois pas du tout à quoi ils pourraient bien être utiles. »

Dans ce roman choral, l’alternance de points de vues offre un regard nouveau sur un évènement unique, la chute du barrage et la  potentiel  liberté retrouvée des habitants des iles du Levant. Emmanuel Ruben questionne sur les enjeux des frontières virtuelles ou réelles (ici le barrage), et le rôle de ces dernières sur l’identité. C’est aussi l’identité à travers le peuple, définit par le sexe, la religion ou encore la profession qui est mis à mal. Le roman pourrait s’arrêter là et déjà offrir son lot de moment fort et pertinent sur un avenir incertain et potentiellement dangereux. Mais la finesse de l’auteur s’exprime à travers deux voix supplémentaires. Celle de Walid, devenu martyr malgré lui, qui donne un regard encore plus cinglant sur ce monde et la voix des femmes, celles des iles, celles qui sont las des ingérences et de l’impulsivité des hommes et qui cherchent à reconquérir une liberté qu’elles ne peuvent qu’imaginer.

Une alternance de points de vues riches et faisant écho les unes aux autres, qui dressent petit à petit la cartographie d’un pays en fuite de son passé pour certains et en quête d’identité à travers ce même passé pour d’autre. Deux entités qui n’arrivent plus à dialoguer et s’observent de part et d’autre du barrage.

« Nous avons porté au pouvoir de vieilles vipères aveugles qui ne pensent qu’à maintenir le statu quo intérieur en menant à l’extérieur une guerre planétaire ; nos troupes se battent sur tous les fronts ; nos machines volantes surveillent le monde entier ; nos porte-avions et nos sous marins sillonnent tous les océans. Nous nous croyons bien à l’abri dans notre bulle de confort et de paix alors que ce confort et cette paix ont un prix… »

Emmanuel Ruben signe avec « Sous les serpents du ciel » un roman puissant, jouant avec les différents styles et codes de la littérature, une œuvre qui devrait faire parler d’elle pendant un bon moment et la confirmation que cet auteur là est définitivement un auteur à suivre de très près !

320 pages,
Editions Rivages,
Ted.

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Ted
Fondateur, Chroniqueur

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