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Interview de Stéphane Vanderhaeghe

– En quelques mots, pourriez-vous nous présenter votre roman ?
Je me suis rendu compte que j’avais souvent le plus grand mal à parler de ce que j’écrivais, probablement parce que j’essaie de maintenir une approche de l’écriture aussi spontanée et intuitive qu’elle puisse l’être. Peut-être aussi parce qu’en ce qui concerne Charøgnards, l’expérience reste fraîche et je manque encore de recul. Ce que je peux dire, toutefois, c’est que si Charøgnards est mon premier roman à paraître, c’est le deuxième roman que j’ai écrit et que le projet est né en partie en réaction ou en réponse à un premier texte que je venais d’achever. Charøgnards se présente sous la forme d’un très vieux journal tenu par un personnage dont on ignore l’identité et qui prétend que son village a été envahi par des hordes d’oiseaux. Il se met ainsi spontanément à consigner les événements dans un carnet. J’avais en tête d’écrire une histoire étrange et violente mais d’une violence étouffée, touchante mais sans pathos, racontée de façon plutôt linéaire — la linéarité n’étant pas pour ma part quelque chose qui va de soi quand j’écris.

– Comment est né ce projet ? Quel a été le point de départ ?
Le projet m’est apparu tel qu’il est décrit dans les premières pages du journal. De retour d’une balade familiale dans un bois situé à quelques kilomètres de chez moi, j’aperçois deux ou trois freux affairés à nettoyer la carcasse d’un animal écrasé sur la longue ligne droite que dessine la route. À l’approche de la voiture, ils s’envolent et se reposent aussitôt après son passage. C’est dans ce mouvement d’envol que m’est venue l’idée d’un texte qui mettrait en scène des oiseaux-charognards. Ce qui m’a d’emblée intéressé, ce sont les possibilités formelles qui s’offraient à moi. Plus que le récit que je pouvais en faire, c’est la façon dont celui-ci allait appuyer sur la forme et la contraindre, et inversement, qui m’a attiré. Aussi il était clair dans mon esprit, dès le départ, que ce projet était avant tout d’ordre conceptuel et que l’image initiale allait ou devait se retourner contre l’écriture elle-même. Je suis donc parti de l’idée d’un texte qui subirait les effets de ce qu’il racontait.

– Le développement du roman a pris combien de temps ?
Étrangement, l’écriture de Charøgnards n’a pas été aussi longue que ce à quoi je m’attendais. Quand je me suis lancé véritablement dans ce projet, j’avais plusieurs idées en tête de la façon dont j’allais, sur le plan conceptuel, mener ce projet à bien. J’ai imaginé des choses assez complexes à mettre en place, comme par exemple l’écriture initiale d’un texte au sein duquel, d’une façon ou d’une autre, j’allais « tailler » un autre texte, un peu à la façon de ce qu’a pu faire Jonathan Safran Foer avec Tree of Codes à partir d’un texte de Bruno Schultz… Et puis je me suis laissé prendre par l’écriture en tant que telle et je me suis rendu compte, aussi et surtout, que d’un point de vue purement pragmatique, un tel projet de la part d’un auteur inconnu n’ayant rien publié à ce stade était d’emblée voué à l’échec. Je sortais par ailleurs d’un texte tout en circonvolutions et je voulais proposer quelque chose de plus direct. J’ai donc privilégié une approche différente et « taillé » le texte autrement. L’écriture de la première ébauche m’a pris 7 mois (mais le projet avait pris le temps de mûrir dans mon esprit au préalable, le temps que je termine ma première fiction). J’ai laissé reposer cette première version du texte un bon mois avant de le reprendre. Deux mois ont suffi pour retravailler le texte. La version à laquelle j’étais alors parvenu me paraissait assez proche de ce que j’avais en tête, quoique non définitive. À l’époque, il était question que Quidam publie mon premier roman et dans mon esprit, Charøgnards n’avait pas encore vocation à être publié, je n’étais d’ailleurs pas bien convaincu qu’il était publiable… On était début juillet et je comptais reprendre mon premier roman pendant l’été pour publication. Je voulais laisser à Charøgnards le temps de mûrir encore et surtout je comptais recevoir les conseils de Pascal Arnaud, mon éditeur, à qui j’avais confié le manuscrit, en vue éventuellement de peaufiner le roman le moment venu. Et puis Pascal m’a appelé deux jours plus tard pour me dire qu’il préférait faire paraître Charøgnards en premier, avant le tout premier texte que j’avais écrit. J’ai donc mis mon premier roman entre parenthèses et me suis replongé dans Charøgnards pour le finaliser au moment où j’ai reçu la première maquette du livre. Les dernières retouches ont été assez compliquées et longues à mettre en place, du fait des jeux de mise en page et du rendu visuel que nous recherchions ; ça a pris encore quelques mois. Mais compte tenu des années d’écriture que j’avais projetées, je garde en tête que tout ça s’est fait très rapidement.

– Comment est venue cette idée d’introduction, cette présentation du texte « futuriste » ? et surtout pourquoi réinventer le langage dans cette introduction ?
L’introduction du texte a à mes yeux plusieurs rôles à jouer, le premier étant purement fonctionnel. En voulant pousser la mécanique du roman jusqu’à son terme logique, soit sa propre disparition, il me fallait justifier la présence paradoxale de ce texte entre les mains du lecteur… Quelque chose devait donc être sauvé malgré tout ; il fallait que le journal survive à son écriture. C’est pour tenter de résoudre ce paradoxe que l’idée de la préface m’est venue. Dès lors, il m’a semblé pertinent de laisser passer un certain temps avant que le journal puisse refaire surface. Il me semblait crucial de préserver un hiatus entre le journal et sa préface de sorte que ni l’un ni l’autre n’interfèrent trop lourdement dans l’interprétation qu’il est possible de faire de ces deux textes en prise l’un sur l’autre.
Par ailleurs, j’avais en projet — et l’ai toujours — l’idée d’un texte qui raconterait notre époque d’un point de vue futuriste. J’ai toujours été frappé et fasciné par l’autorité dont on fait preuve en reconstituant le passé, y compris le plus lointain, et je me demande souvent en retour quelle lecture sera faite de notre civilisation à quelques siècles d’ici. Ce qui m’intéresse dans tout ça, c’est évidemment la marge ouverte à la fiction et ça m’amuse assez, je dois dire, d’imaginer qu’on puisse faire une lecture totalement erronée d’événements et d’objets qu’on n’a pas connus. C’est à ce titre que Pline l’Ancien est convoqué en exergue de Charøgnards. L’autorité dont il a pu jouir est sur certains points radicalement remise en question toutes ces années plus tard et la lecture, qui n’en demeure pas moins fascinante, d’auteurs comme Pline l’Ancien aujourd’hui diffère bien sûr foncièrement de ce qu’elle a pu être dans le passé. Ça m’intéressait donc dans une certaine mesure d’inverser ce rapport temporel pour interroger, de façon ludique ici, l’autorité que semble permettre la distance historique.
Ce travail allait de pair avec l’une des conventions à l’origine même du genre romanesque, à savoir le manuscrit trouvé, convention qui souvent sert de caution à l’auteur (je pense notamment à Defoe, entre autres) et qui a en outre pour fonction d’asseoir la vraisemblance du récit et de permettre au lecteur d’adhérer librement à ce qu’il va lire. Évidemment, dans le cas de Charøgnards, ce qui m’intéressait c’était aussi la possibilité de renverser cette convention puisque son rôle de caution est d’emblée démenti par la langue dans laquelle la préface est écrite, une langue qui a fait l’objet d’un traitement lui ôtant à la lecture toute transparence et tout naturel, et ce d’autant plus que les « rédicteurs » du journal y expliquent tout le travail auquel ils ont dû se plier pour rendre lisible le texte qui suit. Il s’agissait donc de jouer, au sens plein du terme, avec les conditions d’accès au texte et à sa lecture, qui ici n’est par conséquent pas première.
Quant à la langue, quelle qu’elle soit, il s’agit d’un organisme vivant et, à ce titre, elle évolue, elle change, voire meurt dans certains cas. Il n’y a qu’à lire Rabelais par exemple pour mesurer l’écart entre le français d’aujourd’hui et ce qu’il était il y a quelques siècles. En me projetant dans un avenir lointain et incertain, je me suis dit qu’il était logique et cohérent de faire évoluer la langue, ce qui complétait en outre le travail d’écriture auquel je me livrais dans le journal : après avoir tenté de déconstruire la langue, il fallait donc la réinventer sur de nouvelles bases. En ce sens, le livre est à prendre dans la boucle qu’il dessine, la préface constituant ainsi le point final du mouvement qui a présidé à son écriture. Je vois ça surtout comme une entreprise ludique et facétieuse qui me permettait également de compenser l’apparente noirceur du journal et de réintroduire un peu de légèreté et de couleurs, en offrant au lecteur la possibilité d’un jeu avec le texte…

– Le récit est avant tout, sous forme écrite, un monologue, n’avez-vous pas eu peur d’avoir un problème de rythme et de perdre le lecteur au bout d’un moment ?
Évidemment, Charøgnards est tout sauf un roman réaliste au sens usuel du terme. Pour autant, je considère qu’une fois les règles du jeu établies, l’écrivain que j’essaie d’être doit s’y tenir. Il me fallait donc rester aussi fidèle que possible à la forme même du texte qui s’était imposée à moi plus que je ne l’avais moi-même imposée au récit. Les premières phrases du texte, jetées pêle-mêle avec une certaine urgence lorsque l’idée m’était venue et largement retravaillées par la suite, avaient pris la forme d’un journal. Cette forme m’a séduit à plusieurs égards et quand je me suis mis à proprement parler à l’écriture du roman, je l’ai maintenue. Ça permettait au texte de fonctionner dans une sorte de huis clos avec tous les avantages et inconvénients que cela supposait sur le plan strictement narratif. J’ai essayé de rythmer le récit selon plusieurs temps ou au gré de plusieurs mouvements. Le premier, qui va à mes yeux du début du journal jusqu’à la disparition de C., est assez soutenu en termes de rythme. Mais la disparition de l’épouse du narrateur, que je n’avais pas anticipée, a effectivement cassé la mécanique a priori bien huilée de la narration… Ce qui n’était pas pour me déplaire. Mais j’ai alors perçu, en effet, quelques problèmes de rythme à la relecture du premier jet et je voulais tenter de les résorber, ce d’autant plus que mon premier roman était délibérément construit sur un faux rythme, un peu en trompe-l’œil, et j’avais à cœur, pour Charøgnards, de préserver un certain élan narratif. Mais d’autres problèmes sont venus se greffer entre temps sur celui-ci et une certaine langueur s’est installée au cœur du texte qui me paraissait faire tout autant partie des règles imposées par les prémisses du roman ; j’ai donc tenté de concilier ces deux aspects, en faisant évoluer le texte dans les deux directions opposées où il m’attirait, d’une part vers une fin programmée qui l’aimantait inexorablement, à laquelle pourtant, d’autre part, le narrateur se devait de résister.

– L’univers très Kafkaïen et anxiogène apporte une ambiance , un peu impalpable, mais qui devient très vite le « nerf de la guerre » durant le récit. Paradoxalement vous prenez, enfin le personnage, prend du recul en parlant de série B, des Oiseaux d’Hitchcock etc… Un peu comme pour désamorcer la tension lancinante. Vous ne vouliez par enfermer le récit dans un style particulier ? Ou bien ce sont plus des réflexions propres au personnage ?
Assez bizarrement, le lien avec Les Oiseaux, autant le film d’Hitchcock que la nouvelle de Du Maurier dont il est tiré, ne m’a pas immédiatement sauté aux yeux… C’est une fois que le projet avait commencé à mûrir dans mon imagination que je me suis rendu compte que cette histoire d’une invasion d’oiseaux avait déjà été écrite… Le traitement que je voulais en faire était bien sûr différent et j’attache très peu d’importance à la notion d’originalité. Ça m’était donc égal et plutôt que d’y voir un frein, j’y ai vu de quoi nourrir, si j’ose dire, mon propre texte. Le narrateur est lui-même scénariste et sait à sa façon que le monde autour de lui n’est perceptible ou lisible que parce qu’il est pris dans les récits qu’on se raconte, consciemment ou pas. Toutes ces réflexions sont le siennes mais elles soulignent un rapport ironique à ce qui lui arrive, ce qui était aussi une façon pour moi d’inscrire en creux dans le texte une réflexion sur la notion de genre. La préface est là aussi pour mettre en lumière une forme de distance plus ou moins parodique que le lecteur est libre d’évaluer comme il l’entend. Au-delà de sa noirceur, Charøgnards est donc pour moi un roman très ludique. Le narrateur du journal sait, comme moi, que l’univers apocalyptique dans lequel il évolue n’est pas très original et que, quitte à imaginer la fin du monde, autant imaginer des scénarios plus haletants et spectaculaires, ce que le cinéma fait très bien, qu’une invasion d’oiseaux en rase campagne ! C’est donc, oui, dans une certaine mesure, une volonté d’ouvrir le texte sur un réseau de possibles en le minant par une forme d’ironie, plutôt que de l’enfermer dans un genre précis.

– Comment en êtes-vous venu à l’écriture, à cette envie d’écrire un roman?
Je ne fais pas partie des écrivains qui prétendent avoir toujours voulu écrire. Je suis venu très tardivement à la littérature et lorsqu’elle est venue me trouver (j’étais alors étudiant), je me suis dit qu’un jour j’écrirai à mon tour. C’était plus de l’ordre du fantasme que d’une réelle ambition et je n’ai jamais pris le temps de m’y mettre : j’ai terminé mes études, entamé une carrière universitaire. Je ne déborde pas de confiance en moi et, si l’écriture m’a toujours titillé d’assez loin depuis, je ne pensais pas avoir l’audace ni ce qui pour moi, vu mon peu de confiance, s’apparente à une forme de vanité, pour commencer à écrire. Et puis, sur un coup de tête, vraiment, sans préméditation, je m’y suis mis. Je venais de passer plus d’un an à travailler à l’écriture d’un essai dans le cadre de mon travail universitaire et, à peine le bouquin terminé, je ressentais déjà une sorte de nostalgie. C’est alors que je me suis rendu compte que l’écriture pour moi comptait beaucoup. Le timing était parfait : si je ne me mettais pas à écrire à ce moment-là, pour moi et non plus pour les autres, jamais je ne le ferais. J’ai donc repensé mon emploi du temps quotidien, me suis aménagé des créneaux d’écriture et me suis tenu à une discipline de fer. Dit ainsi, ça peut paraître spartiate comme régime, mais j’y prends beaucoup de plaisir.

– Quel est le concept, l’idée de départ de votre site ? (http://stephanevanderhaeghe.net/)
Le site est encore plus ou moins en construction mais l’idée de départ était dans un premier temps de m’assurer d’une certaine visibilité sur la toile. Je ne vais pas le nier, il sert donc une fonction bassement promotionnelle. Je ne suis pas très doué pour tout ce qui a trait à la « communication », comme on dit, mais j’estime que, par respect aussi et surtout pour le travail que fait mon éditeur, il était important de sacrifier à ce genre de démarche. C’est ce qui explique aussi mon apparition sur les réseaux sociaux, malgré une réticence farouche préalable ! Mais quitte à sacrifier à tout ça, je me suis dit qu’il valait mieux tâcher d’en tirer parti et d’y prendre plaisir. J’ai donc imaginé un site qui puisse en même temps faire office d’« œuvre » — le terme est sans doute prétentieux ; mais l’idée, défendue notamment par quelqu’un comme François Bon, militant en la matière, que le site d’un écrivain puisse aussi être son œuvre, est assez séduisante. Évidemment, Bon et moi ne jouons pas dans la même catégorie et mon approche, très timorée encore, est loin d’être systématique. Néanmoins, je cherche à donner à ce site une certaine cohérence et une esthétique qui puisse lui être propre. Je m’en sers pour faire ce que je ne fais pas par ailleurs, à savoir interroger et réfléchir ma pratique de l’écriture, comme dans une sorte de journal personnel. C’est donc aussi pour moi l’occasion de poursuivre mon travail d’écriture sur un autre registre et de continuer d’expérimenter avec les formes, les conventions, les contraintes. J’utilise par exemple la deuxième personne, ce qui me permet d’introduire de la distance avec ce que je peux être amené à dire ou à penser. J’aurais le plus grand mal, dans ce contexte, à assumer la première personne et le site me permet de faire ce que je ne peux pas faire en interview, par exemple, où pour le coup je n’ai pas le choix : il me faut dire « je » et accepter une part d’autorité qui m’effraie par ailleurs et m’est assez intolérable. Question de vanité, toujours… Court-circuiter ainsi le « je » — celui du blog, bien sûr, mais plus généralement de l’écrivain, de l’auteur, de celui qui sait et qui dit, qui assène et affirme —, c’est aussi pour moi l’opportunité de m’interroger sur ce qui m’apparaît comme cette forme même de vanité qui longtemps m’a empêché d’écrire sans doute. C’est aussi la raison pour laquelle, au-delà du fait qu’il s’agit pour moi d’ausculter ma propre pratique, le site est intitulé À l’intérieur du crâne, en un écho à la pratique picturale de la vanité.

– Quels sont les livres qui vous ont le plus inspiré, qui vous ont donné envie d’écrire ?
Comme je l’ai dit à l’instant, je n’ai jamais été un très grand lecteur. Hormis les lectures scolaires obligatoires et quelques périodes, très circonscrites dans le temps, de boulimie de lectures, des lectures d’ailleurs assez adolescentes, j’ai très peu lu. J’ai appris à lire véritablement dans le cadre de mes études et, à bien des égards, c’est avec la littérature anglophone, notamment américaine, que j’ai appris à lire. Je dois ma passion littéraire et le désir d’écriture à un texte en particulier, indissociable à mes yeux du professeur qui me l’a fait découvrir et qui se reconnaîtra s’il lit ces lignes. C’est un texte qui pour moi m’est apparu comme une révélation et dont l’expérience de lecture a été si forte que, paradoxalement, je ne l’ai jamais relu depuis. Il fait presque figure de texte sacré auquel je n’ose plus toucher ! Mais j’y retournerai un jour. Ce texte, Under the Volcano de Malcolm Lowry, a vraiment déclenché quelque chose ou ouvert une vanne.

– Travaillez-vous sur un nouveau roman ? et si oui pouvez-vous nous en parler un peu ?
Oui, depuis que je me suis mis à écrire à l’été 2011, je me suis laissé prendre au jeu et l’écriture est devenue pour moi une activité complètement addictive. J’ai plusieurs projets de romans, assez je crois pour une bonne dizaine d’années, si ce n’est plus. J’écris tôt le matin mais dans un créneau assez restreint. Je m’efforce donc d’être le plus efficace possible et pour cette raison je m’interdis de papillonner et ne travaille que sur un texte à la fois. Si comme le disait récemment Philippe Annocque, publier un texte sert à arrêter de l’écrire, je continuerai de travailler sur mon tout premier roman tant qu’il ne sera pas publié ; j’ai encore beaucoup de scrupules à le laisser en l’état. Certains points me chiffonnent toujours et ce texte flotte encore dans un coin de mon esprit. Mais pour le moment, je travaille surtout à un troisième roman. Pour la même raison qu’il m’est difficile de parler de Charøgnards, il m’est quasiment impossible de parler du roman en cours, notamment parce que je n’ai pas une approche transitive de l’écriture : je n’ai pas de sujet clairement défini, je ne décide pas d’écrire sur quelque chose, et je découvre l’histoire et ses développements au moment où elle s’écrit, en même temps que les personnages. Tout ce que je peux en dire, à ce stade, c’est que l’idée de départ de ce nouveau texte était la notion de chapitre. Mon premier roman se présente sous la forme d’une série de vignettes assez courtes ; Charøgnards épouse la forme du journal. Je voulais donc travailler sur l’idée de chapitrage, qui m’apparaît comme une convention romanesque qu’on interroge assez peu. C’est donc un roman qui se présentera sous forme de chapitres numérotés dont l’enchaînement est assez problématique, une autre occasion de jouer avec la forme. Une vague histoire de couple dans un centre de vacances, vivant au même moment des expériences différentes et irréconciliables, sur fond nébuleux d’intrigue (faussement) policière…

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Ted
Fondateur, Chroniqueur

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