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Javier Marías – Si rude soit le début

Si rude soit la chronique, pour vous, le meilleur reste à venir, car lire Javier Marías est toujours un plaisir pour ceux qui aime les longues phrases parfois aussi tortueuses que l’esprit des personnages. Avec ce dernier roman l’écrivain continue sa longue et passionnante quête d’une vérité aux contours indistincts et amovibles. Une vérité qui se dissimule entre secrets et mémoire, qui ébranle les limites entre confiance et trahison, qui nourrit amitié, amour et mort… Autant de thèmes universels que l’on retrouve régulièrement dans toute leur complexité sous la plume de Javier Marías.

Comme il l’avait fait avec talent dans Un cœur si blanc et Comme les amours, l’auteur nous entraîne dans les méandres d’une relation amoureuse. Il s’aventure aussi, ici, dans la relation au passé et notamment aux aspects sombres des années franquistes. Sachant que de tout temps, il est difficile de trouver quelqu’un d’irréprochable. Toute âme humaine a son côté obscur et indéchiffrable. Juan de Vere, le narrateur, l’a compris, bon gré malgré, au cours de ses années de service auprès du cinéaste Eduardo Muriel et de sa femme Beatriz Noguera. Il nous narre leur vie (ou la sienne), ses réflexions, ses découvertes, et revient sur l’enquête qu’il a dû mené sur un ami proche de son employeur.

Tout au long du roman, le mystère reste entier. Que doit exactement chercher Juan de Vere dans le passé du docteur Van Vechten ? Lui même ne le sait pas. Sur quel secret inavouable s’est construit le mariage d’Eduardo et Beatriz ? Le jeune secrétaire aimerait bien le découvrir. Mais il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir, car elles sont impossibles à oublier et trop lourdes à porter seul. Des secrets que les coupables comme les victimes préfèrent garder bien cachés et que les autres ne veulent pas entendre. Une fois découvert, il ne nous reste alors plus qu’à le garder pour nous. Tout comme nos doutes et nos questions.

Javier Marías nous livre un roman d’apprentissage, tant sentimental qu’historique, à travers les pièges de l’amour et ceux de la mémoire. On retrouve la liberté et la maîtrise littéraire de l’écrivain espagnol. Les tours et détours de sa prose aussi, à travers lesquels il sonde les troubles qui agitent l’âme humaine. Enfin, dans le cas présent, surtout celle du jeune De Vere qui nous narre son histoire (ou celle de ses employeurs) tel un labyrinthe, où chaque voie sans issue possède un passage secret qui nous ramène au cœur du récit. Un roman énigmatique de bout en bout.

Et si vous voulez l’avis d’une pro c’est par ici.

2017, Gallimard (V.O 2014)
576 pages
traduit de l’espagnol par Marie-Odile Fortier-Masek

Pauline

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Chroniqueuse

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