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La destinée, la mort et moi, comment j’ai conjuré le sort – S.G Browne

« Règle n°1 :
Pas d’ingérence »

 

Surchargé par son travail, Sergio n’est plus loin du burn-out. En effet, il n’arrive plus à remplir les quotas de réussite qui lui sont assignés. Plus les siècles passent, et plus l’humain est difficile à garder sur les rails de son sort. Car c’est cela le poste de Sergio, et depuis la nuit des temps. Il est le Sort. Il a en charge quatre-vingt trois pour cent des humains, ceux dont la vie est faite de routines prédéfinies et d’addictions multiples. Cinq milliards et demi d’individus. Les dix sept pour cent restants sont du ressort de la Destinée et de son chemin dorée vers la réussite. Des Oscars, des Pulitzers, des Nobels, contre des pédophiles, des consommateurs compulsifs, des déprimés et des ratés en tous genres. Ne vous étonnez pas ensuite que la bonne humeur de Destinée lui soit légèrement insupportable.

Lorsqu’il décide, lassé d’assister impuissant à la lente dérive de ses troupes, de provoquer quelques électrochocs dans la vie de ses humains, il se doute que cela ne sera pas bien pris par les instances supérieures. Et lorsqu’il tombe amoureux de sa voisine et la séduit, il sait que rien ne le protégera des foudres de Jerry, Dieu tout- puissant. Pour cette jeune femme promise à un avenir glorieux sur la voie de la Destinée, il mettra en jeu tout ce qui lui est cher: son immortalité, sa capacité d’invisibilité, son travail et pire que tout…l’avenir de leur couple.

Depuis sa création, le monde est administré par une gigantesque armada d’immortels, ayant chacun à charge une vertu, un sentiment ou un concept, charge qui, au fil des ans, va grandement influencer leur personnalité. Ainsi, nous croiserons la Gourmandise, dont l’appétit insatiable souffre malgré tout d’une intolérance au lactose, la Chance, qui est victime de troubles de l’attention, la Mort, qui développe une peur incontrôlable des cadavres…

D’année en année, la plupart de ces immortels se sont retrouvés à habiter ensemble à New York, formant une petite communauté vivant parmi nous, vaquant à leurs occupations divines, protégés des mortels par leur don d’invisibilité. Mais les intrusions inopportunes de Sergio dans la vie de ces humains vont faire voler en éclat les habitudes ancestrales de ces délirants personnages.

Au fil des pages de cette comédie fantastique, S.G Browne s’amuse à dépeindre l’Amérique contemporaine d’une plume acerbe. Prenant prétexte d’un œil extérieur, c’est tous les travers des sociétés modernes qui passeront au crible de son texte.

« Aux Etats-Unis, on dénombre deux fois plus de centres commerciaux que d’écoles, et désormais c’est passé dans les mœurs : au lieu d’aller à la messe, on se rue en masse vers ces temples érigés à la gloire de la consommation. »

A travers son héros iconoclaste, n’hésitant pas une seconde, par amour, à s’opposer à Dieu, Browne assène un message choc à l’Amérique puritaine. Perdant tout ce qu’il lui est possible de perdre, allant jusqu’au dénuement le plus total, Browne attaque la pensée capitaliste. Et par son caractère lâche et défaitiste à l’image de ses humains, Sergio est un antihéros profondément attachant dans son monde divin de perfection.

Travestissant les codes de la mythologie chrétienne dans un grand roman de « Fantasy urbaine » léger et revigorant, Browne crée une œuvre à part dans le paysage fantastique américain. Une voie déjà amorcée avec son diptyque publié aux éditions Mirobole (Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour et Le jour où les zombies ont dévorés le père Noël). Du roman fantastique et fantasque, à notre époque, tendre mais néanmoins extrêmement critique et d’une grande intelligence.

Attendons donc avec avidité le prochain, nommé « Héros secondaires » à paraître, toujours aux excellentes éditions Agullo, le 05 octobre 2017.

La destinée, la mort et moi, comment j’ai conjuré le sort
S.G. Browne
Traduit de l’anglais par Morgane Saysana
401 pages
Agullo Editions

 

À propos Paco

Paco
Chroniqueur

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