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Lumière sur … #3 : Goliarda Sapienza

Goliarda Sapienza a émergé aux yeux du monde littéraire en 2005 avec la traduction française, par Nathalie Castagné, de L’arte della gioia. Pour ma part, c’est d’abord à travers ses récits de vie que je suis allée à sa rencontre. Parce qu’au-delà du roman d’envergure auquel elle a donné naissance, elle est à l’origine d’un important travail autobiographique : «Goliarda Sapienza avait construit sur quarante années un projet littéraire unique qui visait, à partir de sa propre expérience, à libérer l’imaginaire, à s’affranchir de toutes les entraves qu’une société pose sur l’esprit».

Lire Goliarda Sapienza, c’est regarder le monde en biais et avec une certaine distance. C’est remettre en question les croyances et les idéaux qui structurent notre société. C’est apprendre à déjouer les pièges que tend la nature humaine. C’est toucher dgoliarda-sapienza-la-gloire-posthume-d-une-ecrivaine-insoumise,M219312u doigt la liberté, celle qui ne cesse de mettre en contradiction pensées et ressentis, celle qui nous confronte à nous-même, celle qui doute de toutes certitudes. Son œuvre n’a pas de comparaison car elle est à l’image de Goliarda, authentique. Et atypique – comme son prénom, que ce soit en Italie ou ailleurs.

Goliarda Sapienza a laissé derrière elle des textes marquants qui nous invitent irrésistiblement à reconstituer son parcours, ses origines, pas forcément pour tirer le vrai du faux mais pour essayer de comprendre la passion et la détresse qui l’ont habité, tour à tour ou simultanément… Voilà sans doute pourquoi tous ses textes sont agrémentés de photos et de notes, de ses éditeurs (Viviane Hamy puis Le Tripode sous la direction de Frédéric Martin) comme de sa traductrice, qui ont tenté d’expliquer cette vie tourmentée, son œuvre, la femme qu’elle était, son parcours et ses pensées, et de transmettre sa vision du monde et cette force vitale qui l’animait…

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« Une telle formation, entre lecture précoce (…) et rempaillage de chaises puis, plus tard, initiation au théâtre auprès d’un marionnettiste, quand Goliarda, très précocement aussi, se cherche un métier, ne pouvait sans doute que produire un être hors du commun, ainsi que l’étaient ceux qu’elle côtoyait depuis sa naissance : parmi lesquels – comme elle dit – elle était tombée.
Hors du commun – on pourrait dire aussi : hors norme. Ce qu’il est difficile d’être à un enfant. Et, dans la relecture critique de ses premières années que lui imposent la crise qu’elle traverse, l’analyse, sa propre survie, Goliarda expose sans transiger l’aspect négatif d’une éducation admirable à bien des égards, l’effet de la rigueur des dogmes sur une enfant hypersensible, et trop jeune pour réfléchir vraiment sur les principes – les prenant au pied de la lettre au risque d’en tomber malade -, son isolement au sein même de la fratrie, du groupe familial qui l’entourait, son manque de repères quand elle est confrontée au désordre de la vie du dehors, la vraie vie. »
[Extrait de la préface « Archéologie de Modesta » de Nathalie Castagné dans Le fil d’une vie]

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Biographie

Goliarda Sapienza est née le 10 mai 1924.
Petite dernière d’une grande fratrie recomposée, elle a grandit dans un univers familial complexeGoliarda sapienza-parents et une Sicile opprimée par le fascisme. Ses parents, libertaires et farouchement opposés au pouvoir en place, ont joué un rôle important dans les mouvements socialistes révolutionnaires qui ont agité l’Italie dans la première moitié du XXe siècle. Son père, Giuseppe Sapienza, « avocat du peuple » et militant politique, est le second compagnon de Maria Giudice, ardent défenseur de l’émancipation des femmes et du prolétariat, qui a consacré sa vie au parti socialiste au sein duquel elle s’est imposée. Elle a fait de nombreux allers-retours en prison en raison de son engagement politique.

Volontairement éloignée de l’école par ses parents, Goliarda la quitte définitivement à 14 ans, poursuivant son apprentissage aux côtés de ses demi-frères et sœurs, et au gré de ses déambulations dans le quartier populaire de la Civita. Elle bénéficie donc d’une grande liberté d’action ainsi que d’une éducation atypique, mêlant rigueur idéologique et ouverture d’esprit intellectuelle et artistique, qui la confronte très tôt au monde des adultes. Un monde qui repose sur deux piliers : idéologie et indépendance – qu’elle ne cessera de remettre en question tout au long de son existence et de sa construction individuelle, rejetant le premier pour mieux cultiver le second.

À 16 ans, Goliarda obtient une bourse d’étude et quitte la Sicile, avec sa mère, pour intégrer la Regia Accademia d’Arte Drammatica de Rome. Entre 1942 et 1944, elle s’engage dans la résistance, interrompant ses études qu’elle abandonne définitivement par la suite. Cachée dans un couvent pour échapper à la police allemande, elle traverse une période critique, physiquement comme psychologiquement. C’est également à cette période que Maria Giudice est hospitalisée dans un asile psychiatrique, ses troubles mentaux, présent depuis la fin des années trente, s’étant aggravés.

L’après-guerre, Goliarda Sapienza la vit sur scène, en se consacrant au théâtre puis au cinéma. C’est à cette époque qu’elle rencontre Francesco (ou « Citto ») Maselli, le futur réalisateur, encore étudiant au Centro Sperimentale di Cinematografia à ce moment là. Elle vivra à ses côtés jusqu’en 1965.
Progressivement, Goliarda délaisse l’art de la scène au profit de l’écriture, notamment après une importante remise en question idéologique. Vers la fin des années cinquante, elle traverse une période de grande instabilité psychologique, où crises d’angoisse et doutes la submergent. Les années soixante sont quant à elles marquées par deux tentatives de suicide et un long travail introspectif dont sont issus ses deux textes autobiographiques Lettera aperta et Il filo di mezzogiorno.

Entre 1967-1976, elle se plonge dans la rédaction intensive de L’arte della gioia, premier roman – trop libre ? Trop anticonformiste pour son époque ? – longtemps refusé par les éditeurs italiens. Malgré le soutien d’Angelo Maria Pellegrino, son compagnon depuis 1975, avec qui elle travaille sur ses œuvres, Goliarda Sapienza est de nouveau confrontée à une profonde crise existentielle. En 1980, elle est arrêtée pour vol de bijoux et incarcérée dans la prison pour femmes de Rebibbia. Son geste est difficile à interpréter : acte provocateur ? de détresse ? Quel qu’en soit les raisons, sa détention semble l’avoir empêché de sombrer à nouveau dans la dépression, interrompant ainsi la trajectoire en chute libre que prenait sa vie.

Son expérience carcérale donne naissance à deux récits : L’università di Rebibbia, qui rencontre un certain succès lors de sa publication et Le certezze del dubbio. Elle poursuit ainsi son cycle autobiographique commencé vingt ans plus tôt avec Lettera aperta et Il filo di mezzogiorno. Ces textes devaient être rassemblés pour former l’Autobiographie des contradictions, son premier grand projet d’écriture qu’elle a interrompu en se plongeant dans l’écriture de L’arte della gioia.

« Pourquoi écris-tu ? »
« Oh, pour deux raisons seulement! Pour me défoncer – exactement comme pour toi l’héroïne – , cela seul me fait vivre pleinement la vie. Pour moi, ce que nous appelons vie ne prend de la consistance que si j’arrive à la traduire en écriture »
« Je comprends, ça, c’est une réponse, et l’autre ? Tu avais deux raisons. »
« Oh, la seconde est une conséquence de la première : raconter aux autres – je ne crois pas qu’on écrive pour soi-même – les visages, les personnes que j’ai aimées et ainsi, je sais que ça peut paraître sentimental et naïf mais je m’en fous, et ainsi – disais-je – prolonger de quelques instants leur existence et peut-être aussi la mienne. J’aime beaucoup la vie! »
[extrait Les Certitudes du doute]

Vous l’avez compris, écrire était vital pour Goliarda Sapienza. Les refus successifs qu’elle a essuyé pour L’arte della gioia ont donc été pour elle autant de coups portés au cœur. Mais quand on la lit, on ne peut s’empêcher de penser, qu’on fond d’elle-même un espoir persistait ; une certitude intemporelle et sans cesse confrontée aux doutes, mais impossible à déloger, celle que son œuvre finirait par voir le jour, qu’elle serait lu. Et elle avait raison d’y croire – même si c’est à titre posthume et à l’étranger que son œuvre à trouver un écho favorable, il a résonné jusqu’en Italie.

Goliarda meurt en 1996. Ce n’est que deux ans plus tard qu’Angelo Pellegrino parvient à faire publier l’intégralité de L’arte della gioia, qui passe inaperçu mais aussi entre les mains de Nathalie Castagné quelques années après. C’est sans hésiter qu’elle s’attaque à la traduction du roman, lui donnant ainsi un nouveau souffle, une seconde chance (cf. interview).
Il faut donc attendre 2005, l’année de sa publication en France aux éditions Viviane Hamy, pour que l’œuvre de Goliarda Sapienza soit reconnue et sa voix entendue. Chef d’œuvre, roman d’envergure, magistral…, tel est L’Art de la joie, qui rencontre enfin le succès qu’il mérite. En 2006, les éditions italiennes Einaudi se sont engagées à publier l’ensemble de ses écrits, l’a sortant ainsi de l’ombre dans laquelle elle a vécu. En France, ce sont sa traductrice attitrée et Frédéric Martin, directeur des éditions du Tripode, qui se chargent de nous dévoiler son œuvre.

En 2007, la mairie de Gaeta, où est enterrée Goliarda Sapienza, a érigé en son honneur une stèle funéraire sur laquelle est gravé « à la mémoire d’une voix libre ».

À présent ancré dans le paysage littéraire italien, son nom a été donné à un prix récompensant des récits de prison, en hommage à son texte autobiographique L’université de Rebibbia.

 

L’écriture d’une vie

«Elle écrivait toujours sur de banales feuilles de papier extra-strong pliées en deux parce que, disait-elle, ce format réduit lui donnait une idée de mesure – (…) – qu’elle couvrait de son écriture assez petite et fine (…) en se servant d’un simple Bic noir à pointe fine. Elle en consommait des dizaines tout simplement parce qu’elle les disséminait partout et ne les retrouvait plus.» Angelo Maria Pellegrino

Goliarda Sapienza le laisse entendre dans ses récits autobiographiques et on le ressent en la lisant : l’écriture est un besoin pour elle. Un besoin vital. C’est à travers elle que sa vie prend du sens et qu’elle se sent exister.
Son œuvre le proclame, et elle dit clairement dans Lettera aperta, la nécessité de mettre, pas des mots – parce qu’« ils mentent presque tous »– mais du sens dans le chaos de ses pensées, de ses souvenirs parfois nappés d’un épais brouillard. Le besoin d’expulser ce trop plein d’émotion, de tourments, de non-dits, de mensonges et de semi-vérités. Et ainsi de s’en distancier pour mieux les appréhender.

Son écriture est authentique et marquée par autant de liberté que de volonté. Goliarda écrit comme elle est : emplie de doutes et de contradictions, avec empathie, sensibilité et conviction, avec créativité et rationalisme, avec ses colères et ses joies, ses désespoirs et ses passions, son intransigeance et son ouverture d’esprit.

Ses récits autobiographiques comme son roman, donnent le sentiment que Goliarda est habitée par ses personnages et imprégnée des lieux qu’elle a fréquenté : la Sicile, le quartier de la Civita, l’Italie, la prison de Rebibbia, Rome. Tout ce que ses yeux ont vu et ses rétines enregistrés, est gravé en elle, coule dans ses veines, nourrit ses pensées. On a l’impression qu’elle ne vit pas dans le monde extérieur (elle s’en protège, s’en coupe même) mais que lui vit en elle.

goliarda-sapienza

Elle intériorise tout : ressentis, observations, réflexions personnelles, qui la traversent, la travaillent, interagissent, pour atteindre une sorte d’alchimie créative. Ça a dû bouillonner et déborder bien des fois avant de prendre le chemin du papier et du stylo Bic. Il semble donc qu’écrire lui ait permis de poser un regard plus distancié sur elle-même et ce qui l’entoure, d’appréhender sa relation aux autres et à la société avec un certain détachement. Ce qui ne l’a pas empêché de se laisser emporter par ses passions et ses convictions. Et c’est sans aucun doute ce rapport au monde si particulier qui l’a doté d’une lucidité peu commune et qu’elle est parvenue à se libérer de ce qui a profondément marqué sa jeunesse (et qui façonne la société depuis toujours) : la politique, les idéaux, les dogmes, qui sont autant de barrières à l’indépendance du cœur et de l’esprit.

Goliarda est plus une femme de convictions qu’une femme engagée, dans le sens où elle tient à n’être rattachée à aucun mouvement politique et refuse de se laisser embrigader. Elle a des principes, des opinions mais ne tient pas à être prise au piège des idéologies.
Dans Les Certitudes du doute, Roberta la qualifie d’«anarchiste individualiste» ; c’est un peu ça : les règles, les normes ne sont pas pour elle, seulement, elle préfère s’en accommoder plutôt que de s’y opposer frontalement et suivre illusoirement les militants révolutionnaires. Elle se rebelle donc à sa manière : en s’affranchissant de tout conformisme.

D’ailleurs, la politique, comme l’amour, semble la dépasser. Ils existent, elle ne peut les ignorer, mais elle ne tient pas à s’y attacher.
L’histoire de son pays natal a impacté sa vie, sa jeunesse, mais Goliarda ne veut plus rien avoir à faire avec la politique. Disons qu’elle préfère l’observer de loin ; car finalement, Goliarda s’est plus façonnée dans le rejet que dans l’engagement politique.

Quant à l’amour, d’une certaine manière, il est là mais il n’est pas question d’en débattre. Goliarda n’y a « jamais rien compris » : elle dit elle-même ne pas savoir « comment il naît, pourquoi il naît, comment il meurt » [extrait Le fil d’une vie (Lettre ouverte)]. Elle a été amoureuse d’hommes et de femmes, mais il n’y a pas d’explication à chercher, ni à donner. L’amour se vit, il ne se raisonne pas.

« Parler d’amour avec quelqu’un, je n’y pensais même pas. (…) La seule à admettre que l’amour était une chose digne d’être prise en considération était ma mère, mais elle en faisait quelque chose de tellement compliqué (…) [et de] tellement officiel qu’il valait mieux détourner la conversation sur la Grèce Antique, la politique ou la philosophie, car là au moins, même si c’était difficile, en s’appliquant, on arrivait à comprendre… ».
[extrait de Moi, Jean Gabin].

On peut dire que Goliarda Sapienza était en décalage avec son époque. Mais il me semble qu’à toute époque elle aurait été en décalage, parce qu’elle est à la fois entière et circonspecte, elle se méfie de tout : des Hommes et de leurs idéaux, des mots et de leurs sens, de l’amour et de ses malentendus, des lois de la nature comme des règles sociétales.
Son œuvre en témoigne. À travers ses textes, on découvre sa vision singulière du monde, la complexité de sa vie, sa perspicacité, son intelligence émotionnelle mêlée à une certaine immaturité affective, sa force de caractère et sa fragilité psychique. Ses doutes sont à la hauteur de ses certitudes, sa mélancolie à la hauteur de sa joie, son chaos intérieur à la hauteur de ses passions.

Lire Goliarda Sapienza est une expérience en soi. Rien ne vous empêche d’essayer.

 

Bibliographie

«oui, cœur et idées étaient sa seule nourriture littéraire» Angelo Maria Pellegrino

Le Fil d’une vie

Le fil d'une vie Goliarda Sapienza

(2008, éd. Viviane Hamy, 345 pages, trad. Nathalie Castagné)

Lettera aperta (Lettre ouverte) et Il filo di mezzogiorno (Le Fil de Midi), respectivement publiés en 1967 et 1969 en Italie, ont été rassemblés et édités en France sous le titre Le Fil d’une vie aux éditions Viviane Hamy en 2008. Dans la préface, Nathalie Castagné présente ces deux récits précédant L’Art de la joie comme l’« Archéologie de Modesta » ; on y retrouve en effet les racines du roman à venir.

Ces textes ont été écrits pendant sa psychanalyse. Ils sont plus confus, plus morcelés que ses « récits de vie », notamment parce qu’elle tente par le biais de l’écriture de retrouver ses souvenirs perdus, sa mémoire endommagée par les électrochocs qu’elle a subit à la suite de sa première tentative de suicide.
Ce sont sans doutes ses écrits les plus viscéraux mais n’allez pas y chercher une vérité absolue car Goliarda ne fait que « mettre un peu d’ordre dans tous les mensonges de sa vie ».

Dans Lettre ouverte, elle revient sur sa jeunesse à Catane. Elle y aborde les travers cachés de son père et la domination de sa mère. Met en lumière les semi-vérités et les non-dits, les pièges de tout idéal politique, dénonçant notamment la propagande socialiste dans laquelle elle a été élevée et la répression fasciste dans laquelle elle a vécu : l’extrémisme est un travers quel qu’en soit le bord, elle en a appris et entrevu les vices et les vertus. Elle évoque ses déviances face au monde tel qu’il est établi et tout ce qui fait le désordre de sa vie finalement.

Dans Le Fil de Midi, c’est sa psychanalyse qui est au cœur de ses notes. Elle relate les échanges qu’elle a avec son thérapeute, ses réflexions, les espoirs et les angoisses qui la submergent. On y décèle à la fois de l’impuissance et une certaine distance. De la passion et de la détresse. Une grande force de caractère et autant de vulnérabilité. Un besoin de comprendre et un refus de tout devoir expliquer, analyser. Elle est alors âgée d’un peu plus de quarante ans, le temps des premiers bilans d’une vie ?

 

L’Art de la joie

lart-de-la-joie Goliarda Sapienza(2005, éd. Viviane Hamy – 2015, Le Tripode, 601 pages, trad. Nathalie Castagné)

Roman d’une vie, celle de Modesta, et d’une quête, celle de la liberté. Ce roman est issu d’une longue et profonde réflexion existentielle dont la seule contrainte fixée par Goliarda Sapienza était de ne pas s’auto-censurer. C’est le fruit d’une dizaine d’année d’écriture qui a attendu le double avant d’être cueilli et le triple pour être reconnu et savouré. Angelo Pellegrino parvient a éditer la version intégrale en 1998, quatre ans après une publication partielle aux éditions Stampa Alternativa. La traduction française est publiée en 2005 aux éditions Viviane Hamy et a été rééditée en mars 2015 aux éditions du Tripode. Vous pouvez trouver sa chronique ici.

 

Moi, Jean Gabin

Moi, Jean Gabin -Goliardia Sapienza(2012, éd. Le Tripode, 175 pages, trad. Nathalie Castagné)

Récit d’une jeunesse idéalisée dans le quartier sicilien de la Civita, celle de Goliarda, dont le principal précepte est qu’«il ne faut pas laisser la vie détruire le rêve». Ce texte relève peut-être plus de l’autofiction que du récit autobiographique dans le sens où il est structuré par ses souvenirs d’enfance mais nourrit par son imagination. On peut le voir comme une parenthèse dans son œuvre actuellement composée d’un versant autobiographique et d’un autre fictif ; ou comme la jonction entre ces deux versants complémentaires et interdépendants. Sa sortie date de 2010 en Italie et 2012 en France. Vous pouvez trouver sa chronique ici.

 

L’Université de Rebibbia

L-Universite de Rebibbia-Goliardia Sapienza(2013, éd. Le Tripode, 235 pages, trad. Nathalie Castagné)

Ce livre est le récit de son passage dans la prison pour femmes de Rebibbia. L’univers carcéral n’étant que le reflet de la société, Goliarda Sapienza, en perpétuelle décalage avec le monde, détone tout autant parmi les détenues. Sauf que la prison, l’expérience de l’enfermement, vous change inévitablement. Personne n’échappe à cette règle mais chacun en tire des enseignements différents.
Ce texte, bien accueilli lors de sa première publication, a été réédité en 2012 par les éditions Einaudi et publié en 2013 par Le Tripode pour l’édition française. Vous pouvez trouver sa chronique ici.

 

Les Certitudes du doute

Les Certitudes du doute-Goliardia Sapienza(2015, éd. Le Tripode, 239 pages, trad. Nathalie Castagné)

Goliarda Sapienza revient ici sur sa rencontre avec Roberta, une jeune révolutionnaire qu’elle a connu en prison. Elle raconte leur retrouvaille déstabilisante à Rome et le lien fusionnel qui les unissait inextricablement. Un lien indéfinissable nourrit par un mélange d’affection maternelle, de désir amoureux et de complicité intellectuelle.
Ce récit vient clore le cycle autobiographique de Goliarda Sapienza. Réédité en 2013 en Italie, il est sortie au printemps 2015 en France aux éditions du Tripode. Vous pouvez trouver sa chronique ici.

D’autres textes déjà publiés en Italie mais inédits en France sont encore à découvrir tels que Ancestrale (2013) aux éditions La Vita Felize et, aux éditions Einaudi : Destino Coatto (2010) ; Il vizio di parlare a me stessa (2011) ; La mia parte di gioia (2013) ; Appuntamento a Positano (2015). Nathalie Castagné l’évoque plus en détails ici.

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Goliarda Sapienza fait partie des écrivains capables de marquer votre existence.  La singularité de son écriture, tant dans le style que dans le contenu, alimente le potentiel de créativité et de subjectivité qui caractérise la littérature, miroir à multiple facettes à travers lequel la société et la nature humaine se reflètent dans toute leur complexité.
L’œuvre de Goliarda Sapienza est intemporelle. Aujourd’hui, comme il y a trente ou cinquante ans, ses textes portent en eux autant de force que de fragilité et une liberté de ton aussi rare que précieuse. Ses réflexions sont encore, (et surtout ?), en cette année 2015, d’une grande actualité.

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Il y a tant à dire sur Goliarda Sapienza et son œuvre que tout n’a pas forcément été abordé et approfondi ici autant que je l’aurais souhaité mais voici quelques liens parmi d’autres en complément :

À écouter
•  interview de Frédéric Martin sur Libfly – Voir la vidéo

• en podcast sur France inter.fr : L’Heure des rêveurs du 05/06/2015 animé par Zoé Varier – invité : Nathalie Castagné. Écouter

A lire
• 
L’art du paradoxe, article de Virginie Bloch-Lainé sur Libération.fr – Lire

Sources :
Chronologie de ses origines et de sa vie établie par Irène Nanni en fin de chaque ouvrage édité par Le Tripode.

Notes des éditeurs (Viviane Hamy, Le Tripode), de sa traductrice (Nathalie Castagné) et d’Angelo Pellegrino.

Un grand merci à Nathalie Castagné pour sa disponibilité et les précisions apportées lors de nos échanges.

À propos Pauline

Chroniqueuse

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