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Marjane Satrapi- Persepolis, intégrale

Persepolis, c’est tout une histoire. Une histoire de vécu et de mémoire, une histoire marquant un tournant dans l’univers de la bande-dessinée autobiographique et indépendante, l’histoire de Marjane Satrapi (Poulet aux prunes) contée et dessinée par son coeur et par sa main.
Publiée tout d’abord sous la forme de quatre volumes entre 2000 et 2003, Persepolis a la particularité d’être la toute première BD réalisée par une auteure iranienne: en effet, Marjane Satrapi y livre le fil intime de sa vie et de ses réflexions vis-à-vis de celle-ci, de son pays natal, de sa religion, de sa culture.

Elevée par des parents modernes, cultivés et très ouverts dans le Téhéran des années 70, la petite fille est entourée d’une famille aimante et caresse le doux rêve de devenir prophète plus tard. Les années passent et le visage de sa patrie change, bousculé par la révolution citoyenne menant à la déroute du Shah, puis à l’apparition des commissaires de la révolution et l’instauration de la république islamique. Les moeurs changent et la fillette passe des rêves de prophètes à ceux de révolution, dans son esprit les barbes de Dieu et de Karl Marx s’emmêlant quelque peu.
Marjane a 10 ans et assiste à un tournant religieux en Iran: la vie privée est surveillée, le port du voile devient obligatoire, les comportements et les tenues sont contrôlés. Face à cette répression intérieure, ses parents l’envoient alors à l’abris en Autriche, là où la jeune fille pourra laisser libre court à son franc parler et sa soif d’indépendance qui sont une menace pour elle à Téhéran.

Arrivée là bas, elle va vite se rendre compte du fossé existant entre la culture adolescente désabusée et extravertie européenne et la sienne: car si en Iran Marjanne est rebelle, en Autriche elle fait figure de sainte! Elle va découvrir la sexualité, les soirées alcoolisées, les joints et les turpitudes de l’amour et rajoutera à son parcours une révolution adolescente, s’ajoutant à celle plus religieuse qu’elle menait auparavant. Mais malgré le groupe d’amis marginaux auquel elle appartient, elle se sent toujours dans la peau d’une exilée: écartelée entre sa culture natale, son pays qu’elle a du fuir pour pouvoir s’exprimer et grandir sans oppressions  et un pays au premier abord laïque et ouvert mais qui comporte une futilité et une legereté qui l’a déstabilisent, elle est enveloppée dans cet entre deux. Ballotée de préjugés en idées préconçues, elle incarne malgré elle la scission qui s’exerce en Iran. Cisaillée entre une religion écrasante, une révolution politique puis une reconstruction lente, ce pays oscille entre son passé et son avenir, à la manière de la Marjane adolescente qui voit certain de ses acquis fondamentaux bousculés et remis en questions.

Elle retourne à Téhéran après 4 ans de vie autrichienne et dois se réhabituer au port du voile et au décorum où les martyrs sont représentés partout, cadavres d’hommes qui sont mort lors d’une guerre qu’elle avait fuie. Plongeant dans une dépression profonde, elle va tenter de se changer les idées en renouant avec ses amies d’enfance: et là nouveau fossé! Elles sont aussi maquillées et coquettes qu’elle-même se fiche bien de son apparence et de l’état de son épilation. Cependant, lorsque la conversation vient à tourner autour de la sexualité, la balance s’inverse et les avis divergents autour de l’appartenance de son corps et le rapport à l’homme, faisant de Marjane une fille aux moeurs bien trop légères aux yeux de ses amies.
De fuites en cachets, de pensées suicidaires en états seconds, la jeune femme décide alors de se reprendre en main, assume sa féminité, prend soin de son corps et devient même professeur d’aérobic. Elle rencontre alors Réza avec qui elle se marie au grand dam de ses parents, qui lui laisseront tout de même libre arbitre afin qu’elle apprenne elle-même de ses erreurs Cette relation deviendra vite étouffante aux yeux de l’indomptable Satrapi, consciente des attentes de son mari face à son devoir être et devoir penser, s’ajoutant à leur incompatibilité émotive.
A la suite de nombreux mal-êtres et prises de conscience, Marjane Satrapi rejoindra définitivement la France en 1994, faisant la promesse de rester intègre et jurant à sa mère de ne pas revenir dans ce pays natal qui n’est pas fait pour elle.

Persepolis est un roman graphique sous fond d’enfance et de vie, raconté avec humour et franchise rapporte aussi bien des faits horribles que joyeux, des coups durs comme des instants de légèreté faisant de Persepolis une autobiographie réussie jusqu’au bout des ongles. Ne tombant à aucun moment dans le piège facile du nombrilisme, Marjane Satrapi nous raconte un pan de l’Histoire de son pays à travers son propre vécu, ses yeux et son coeur d’enfant, d’adolescente et d’adulte d’une plume à la fois désabusée et toujours tournée vers l’avenir.
Le succès rencontré par Persepolis est plus que mérité, allant jusqu’à être adapté avec brio en long métrage d’animation, et pour cause: les anecdotes macabres, rigolotes, sombres ou jolies vibrent toutes de la même puissance, celle de la vérité et de la sensibilité des belles âmes. On n’y voit aucun jugements, aucune leçon mais beaucoup d’humanisme, ce qui fait de cette bande-dessinée un ouvrage à mettre entre toutes les mains, des plus jeunes aux plus âgées. Ce qui en fait même en ces temps où l’extrémisme religieux est de plus en plus présent dans les médias et les pensées, un ouvrage indispensable.

 

Editions L’Association
Collection Ciboulette
365 pages
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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