Accueil » Littérature Américaine » Michael Winter – Au Nord-Est de tout

Michael Winter – Au Nord-Est de tout

Les errances de Rockwell Kent, le célèbre peintre, tel est le propos du roman de Michael Winter, publié en 2004 au Canada et enfin disponible cette année grâce aux éditions du Sous-sol, avec la superbe traduction d’Emmanuelle et Philippe Aronson en prime !

Rockwell Kent, était un auteur, illustrateur et peintre américain, il a entre autre illustré le Moby Dick de Melville, écrit N by E ou encore fut un activiste politique en prenant position contre la première guerre mondiale et reçu à la fin des années 60 le prix Lénine de la paix. Ça c’était pour la présentation empirique du héros du livre de Michael Winter.

Notre héros, Rockwell Kent, est lassé de la vie New Yorkaise, en quête de plus d’authenticité, de simplicité et d’inspiration, il décide de partir à Brigus (Terre-Neuve) avec sa femme et ses enfants. Un petit village de pêcheur, respirant l’authenticité et la vie rude, totalement dépendant des saisons pour survivre. Ce nouveau lieu où vivre et se réinventer va totalement le fasciner. Sa nouvelle maison, les habitants de Brigus, dont Robert Bartlett, le célèbre explorateur Arctique ou encore l’implacable violence de l’océan et la lutte quasi herculéenne de l’homme avec cette dernière. Mais l’enchantement des lieux va s’émousser face à deux faits. Tout d’abord la fidélité envers sa femme, Kathleen, plus que douteuse et ensuite sa prise de position, lorsque la première guerre mondiale va éclater.

« On croyait que les gros navires étaient éternels, comme une colline. Un homme pouvait tomber par-dessus bord ou se casser la jambe ou geler ou se noyer. Les pêcheurs avaient l’habitude de voir disparaître des doris ou d’autres petites embarcations avec des hommes à bord, voire une goélette, mais un vapeur, même un vapeur avec une coque en bois comme le Southern Cross, promettait en quelque sorte de sillonner à jamais l’océan. Il y avait quelque chose d’urbain dans un vapeur, quelque chose du Nouveau Monde qui esquivait la cruauté des petits engins fonctionnant à l’énergie humaine. »

Les Errances du héros ne sont pas que physique. Suivant le personnage sur plusieurs saisons, nous assistons dans un premier temps à son arrivée, sa découverte et son émerveillement des lieux et de la vie des habitants de Brigus. Son implication dans la vie du village aussi, alternant entre ses phases misanthropiques de peintre cherchant l’inspiration avec celle plus sociable et sa participation à la vie du village le poussant jusqu’à partir pécher avec des locaux. Mais son errance est également mentale. Plongeant le lecteur dans les souvenirs et les digressions du peintre, nous découvrons toute la complexité de l’homme dans ses moindres vices et défauts. Une alternance entre digression et souvenir, qui petit à petit font écho avec le présent.

Michael Winter dans son écriture évoque à la fois Herman Melville et John Fante, un mélange de style tout en subtilité et nuance donnant un rythme et une narration très vivant sans pour autant manquer de profondeur. Se jouant des codes du roman autobiographique, l’auteur questionne, à travers son personnage, sur les choix que nous faisons et ses répercussions dans notre chemin de vie.

Un roman d’apprentissage par le rejet, une quête de sens jusqu’à l’absurde. La finesse d’analyse et la justesse des propos de l’écrivain sont tout simplement bluffant. En espérant que cette première publication de Michael Winter en appelle d’autres.

Editions du Sous-Sol,
Trad. E & P Aronson,
364 pages,

Ted.

À propos Ted

Ted

Fondateur, Chroniqueur

Vous aimerez aussi

Richard Krawiec Vulnérables Tusitala

Richard Krawiec – Vulnérables

« Le personnage principal de Vulnérables, Billy Pike, est de ceux qui sont tombés avant de …

Laisser un commentaire

Powered by keepvid themefull earn money