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Le dictionnaire Khazar

Milorad Pavic – Le dictionnaire Khazar

Le dictionnaire Khazar.

Dictionnaire (subst. masc.) : Recueil des mots d’une langue ou d’un domaine de l’activité humaine, réunis selon une nomenclature d’importance variable et présentés généralement par ordre alphabétique, fournissant sur chaque mot un certain nombre d’informations relatives à son sens et à son emploi et destiné à un public défini.
Khazar (nom propre) : Les Khazars étaient un peuple semi-nomade, mystérieux, qui vécut à l’embouchure de la Volga sur la mer Caspienne. Ils auraient été anéantis par les Russes, au XI siècle. L’étymologie du terme Khazar est obscure et controversée. Selon l’Encyclopedia Judaica, ce nom pourrait venir du turc qazmak qui signifierait errer ou nomadiser ou du mot quz qui signifie versant nord d’une montagne.

La disparition soudaine des Khazar serait rattachée à ce que l’on appelle la polémique Kazhar. Le chef khazar, le khagan, aurait, à la suite d’un rêve, demandé à ce que des savants des trois religions monothéistes principales, judaïsme, islam et chrétienté, viennent interpréter celui-ci. Le plus juste verrait alors la conversion du peuple khazar à son culte. Toutefois, la légende ne dit pas qui l’emporta et comment les khazars disparurent.

Ici, on ne parle pas d’un livre, mais de deux livres, semblables mais distincts. Une version féminine, une version masculine, un ouvrage complet incomplet. Réédité en 2015, le dictionnaire Khazar est un bel objet, de ceux qui intriguent. Un dos cousu carré collé, mais laissé apparent. Une couverture à ouverture. Des cahiers aux papiers distincts. Loin des habitudes de l’édition traditionnelle, loin de l’idée visuelle d’un dictionnaire ou d’un lexique.

Un dictionnaire ? Plutôt un lieu à entrées multiples. Trois dictionnaires et des récits. L’introduction sur une polémique qui aurait mené à la disparition du peuple. L’histoire du livre lui-même, interdit, source de morts atroces. Les versions simultanées de personnages et lieux clefs de l’histoire Khazar. Et trois dictionnaires, l’un de source juive, le deuxième de source musulmane et le dernier de source chrétienne, qui offrent leurs regards sur une même histoire.

Libre au lecteur de choisir sa lecture, son parcours de lecture. De lire intégralement, dans l’ordre des pages. D’entrer par un des lexiques, de négliger les autres – chaque langue de lecture compose d’ailleurs une histoire différente. D’ouvrir l’ouvrage au hasard. De vagabonder. De composer sa propre histoire au sein du texte.

Le dictionnaire, lieu d’objectivation, d’énonciation de la réalité, de catégorisation du monde. Le dictionnaire Khazar, lieu du brouillage de frontière entre rêve et réalité, mythes et histoire, bénédiction et malédiction.

« Le lecteur capable de trouver la signification secrète du livre, en le lisant dans le bon ordre, a quitté depuis longtemps cette terre. » 

Etrange, poétique, mais surtout différent et envoutant, si vous n’avez qu’un livre à lire pour finir cette année, ou même toutes les autres, n’hésitez plus. Chef d’oeuvre de la littérature du XXe, expérience de lecture unique, vous pourrez relire à l’infini ses pages, découvrant à chaque fois une nouvelle histoire. Que vous soyez, comme le montre le lexique des lecteurs associés, bibliomane, spécialiste des jeux de l’esprit ou encore interprète des rêves, ce livre est pour chacun un moment d’évasion, une énigme insensée, une parabole métaphysique. Tout comme Ateh, la princesse Khazar, chacun y voit un livre différent, changeant quotidiennement de forme.

Couverture du Dictionnaire Khazar

Le Nouvel Attila,

288 pages,
traduit du serbe par Maria Bejanovska,

Aurore.

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