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Moka – L’enfant des ombres

L’enfant des ombres n’est pas un livre d’horreur dont le seul but est de donner des frissons. Derrière le surnaturel se cache le pouvoir créatif du mental dans le mal-être et la solitude. Derrière les drames se tapit la vengeance d’un souffre-douleur face à la méchanceté gratuite et au rejet des autres. « C’est la haine, la haine de soi, la haine des autres. C’est la haine qu’il faut tuer ». C’est elle qui noircit l’âme et le cœur, qui enferme et isole, qui voile le soleil et fane les coquelicots.

« C’était comme si elle s’était perdue pendant des années dans des forêts profondes et noires. Et voilà qu’elle retrouvait la prairie. »

*

Morgane est-elle la seule à voir les ombres qui rôdent dans les couloirs et les escaliers, les endroits isolés et sombres du pensionnat ? Est-elle la seule à avoir remarquer les ampoules qui grillent les unes après les autres sans explication et le vent qui rugit de manière menaçante dehors ? Est-elle la seule à ressentir les courants d’air comme des « respirations glacées » ?

Camilia est l’unique personne à qui Morgane en a parler mais ces derniers temps, la jeune fille est rarement seule. Avec Gall, Clément et ses amies, ils se rejoignent secrètement dans le grenier du pensionnat et ne pensent plus qu’à leur prochaine escapade nocturne.

Seule face aux ombres, Morgane, du genre craintive et souffre douleur, change de tactique. Plutôt que de les fuir et de céder à la peur, elle décide de les apprivoiser. Cela semble fonctionner. Depuis qu’elle leur fait des offrandes, les ombres ne s’en prennent plus à elle… mais aux autres.

Dans les dortoirs, la tension est palpable, les émotions négatives prennent le dessus, les mauvaises blagues se transforment en odieuses manigances, les simples querelles d’adolescents tournent aux drames, les mauvais penchants de chacun sont poussés à leurs extrêmes bref, tout prend une ampleur démesurée et glaçante.

Et si l’arrière-grand-père de Clément avait raison ? Et si les phénomènes surnaturelles de 1906 se répétaient ? Et si la succession de malheurs s’abattait à nouveau ?

« Ce n’est pas une tempête normale (…). C’est à cause d’elle que les Ombres sont sorties de la nuit. Jamais auparavant, elles ne s’étaient aventurées aussi tôt dans la soirée. Je vous le dis, moi,il y a quelque chose, ce soir… Quelque chose qui se prépare. Et j’ai peur. »

L’enfant des ombres est sans conteste l’un des meilleurs romans de Moka. L’habileté avec laquelle elle introduit le surnaturel dans le réel donne toute son ampleur au texte. Le mystère et le danger planent tout au long du roman. La tension est palpable et s’amplifie progressivement, s’immisce en nous et se propage, du creux sous le sternum jusqu’à la gorge. Même après l’avoir lu plusieurs fois, l’atmosphère angoissante de ce bouquin est toujours aussi intense et il est impossible de le lâcher avant d’en connaitre l’issue. Si tant est qu’il y en ai une parce que l’histoire semble se répéter au fil des décennies…

N.B : Pensez à reprendre votre souffle entre deux chapitres, si vous avez le temps de les voir défiler.

éd. école des loisirs, 1996
collection Medium
204 pages
Ill. couv. « Ève, l’amour en blanc » huile sur toile d’Istvan Sandorfi, 1992

Pauline

À propos Pauline

Chroniqueuse

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