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Nicolas Richard – Gambetta Beach #04

Mines et contre-mines

Teddy, Teddy, ainsi donc tu viens ! Mais pourtant, déjà il faut changer de cachette. Affrontement, embuscades et escarmouches se succèdent, or tu n’ignores rien de ma tentative de transformer en science le discernement des caractères et tu sais qu’ici la résistance s’organise. Canonnier, quatrième escadron monté d’artillerie de campagne, c’est sous cette identité que je passe mes jours dans les bois de G-Beach, et que je compose mes pièces forestières. Promenades, collations, conversations et jeux tissent le charme de ces journées consacrées à prouver que la temporalité est une construction provisoire de l’esprit humain. Un jour sans doute pas si lointain, qui sait, cette illusion cessera, et nous pourrons, si nous le souhaitons, accomplir nos actes simultanément. En attendant, mon idée est de former sur cette Plage un sous-ordre qui donnera le branle aux affaires. Les rumeurs sont contradictoires, et je n’ignore pas qu’on dit des filles d’ici qu’elles ne sont pas un modèle d’austérité et de vertu ; qu’elles aiment à boire et ne dédaignent pas de fumer la pipe avec les gardes suisses. Toi, Teddy, tu es farceur. Tu préfères l’athée qui se contredit et le croyant qui blasphème au sceptique qui ergote, n’est-ce pas ? Mais si enfin tu obtiens cette charge pour laquelle tu postules, c’est bien. Ho ho ! Avec quel fracas souffle le vent ! Alertement, je fais avancer la machinerie, j’élève les décors, je bâtis l’intrigue. Figure-toi que sur l’emplacement d’un café glorieux, l’Epis-Tête, je construis le Théâtre Histrionique et j’y crée mes œuvres ; bref, je poursuis mes recherches. Sache qu’à l’inauguration le public fera la queue deux jours et deux nuit pour assister à la première. On parie ? (L’en-tête hôtelier ci-dessus indique seulement que je suis passé dans telle taverne et que, pour l’instant, je ne dispose d’aucun papier à lettre qui m’appartienne en propre.) Ne pense pas mines et contre-mines. Tu as raison de voir en ces lieux autre chose qu’un calembour municipal. Tant d’êtres s’y abreuvent de joie. Comme tu le constates, je développe au fur et à mesure mes théories immenses avec un brin audace, je crois, et beaucoup de clarté, et voici mon constat : on éprouve tout d’abord le besoin de s’affranchir de ses chaînes, mais ensuite, il faut encore s’affranchir de cette émancipation, une vraie delicatezza. Au nom du comité de patronage, salut. Mes vœux t’accompagnent.

Texte: Nicolas Richard
Producteur des images : Bilatim Treflon

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