Accueil » La page blanche de ... » Olivier Saison – La Mare

Olivier Saison – La Mare

Elle se réveilla dans la flaque. Elle cracha les gravillons qu’elle avait à l’intérieur de la
bouche, mais ne se releva pas. Elle se dressa un instant sur ses coudes, pour envisager la
surface grise, translucide, qui l’entourait, puis se pelotonna. Repliant lentement les genoux
contre sa poitrine. L’eau fourmillait contre ses flancs, épousant les contours de son corps
comme un étui le violoncelle qu’il protège. Dans la coupe que formaient sa gorge et ses
genoux, la température montait. Elle n’avait pas froid. Se sentait juste un peu courbatue. Elle
demeura ainsi de longues minutes, s’efforçant d’interpréter ses propres pulsations, qui
émergeaient telle une île du silence de la flaque. L’eau coincée entre ses membres serait
bientôt aussi chaude que son corps. Il n’y avait plus qu’elle, dans cette flaque, et le ciel. Ses
lèvres s’entrouvrirent – l’eau avait un goût un peu ferreux -, se refermèrent. Une part infime
de la flaque glissa laborieusement dans son gosier, lui donnant l’impression d’être poreuse.
Elle en avala un peu plus, aspirant par à coups afin d’en accélérer la descente. Le sol, sous
elle, était à la fois ferme et meuble, la soutenait sans la meurtrir.
Elle rouvrit les yeux, observa la matière floue et immobile qui baignait sa joue – et qui
s’arrêtait juste sous son nez -, et qu’assombrissait le manque de perspective. Lorsque enfin
elle se redressa et s’assit, la flaque glissa de son corps avec le soyeux d’un kimono. Elle était
nue, ne portait que des bas noirs, filés à plusieurs endroits. Elle ouvrit les cuisses et regarda.
La motte de poils entre ses cuisses faisait des boucles sombres. Épaissies par l’eau, elles lui
faisaient songer aux cheveux d’un petit noyé. Des gravillons y étaient suspendus à la façon de
mouches dans une toile d’araignée. Mais déjà l’eau refluait de la partie émergée, s’éclatant en
autant de gouttes – elle pouvait presque sentir le picotement des poils qui déjà se remettaient à
gonfler, à reprendre leur place initiale au sein du triangle renaissant.
Elle remua les orteils. D’abord le gros, puis les autres, réduits à des reflets mouvants
dans leur gaine sombre. Sous le tissu, l’eau traçait de fausses rigoles de ténèbres le long de ses
jambes. Qu’elle ouvrit et ferma plusieurs fois, rapidement, comme on agite un éventail. L’eau,
sous son sexe, semblait prise de panique. Éclaboussait l’intérieur de ses cuisses. De plus en
plus bruyante, de plus en plus trouble. Un jeu, songea-t-elle.
Son regard balaya distraitement la surface de la flaque, à la recherche d’un autre reflet.
Mais quand elle l’aperçut, trahi par les mouvements de l’eau, à moins d’un mètre de son pied
droit, elle se contenta de le regarder, s’efforçant de mettre un nom sur les sentiments que sa
vue lui inspirait. C’étaient des sentiments mêlés. Plongeant en elle-même, elle reconnut de la
colère, de la peine, de la résignation. Cet objet, c’était presque une arme, car il imposait son
pouvoir. Mais déjà les sentiments, elle le sentait, se réarrangeaient, bousculés par ce qu’elle
ne pouvait s’empêcher d’identifier à de l’envie. A une pure convoitise.
Elle se mit à genoux et avança laborieusement vers le reflet, qui révélait sa forme et
son chrome à mesure qu’elle se rapprochait. Le simple fait d’être dans cette nouvelle position,
de progresser de cette façon, le corps de nouveau exposé à la morsure de l’air, augmenta la
convoitise et, surtout, la pulsion qui la motivait. Elle prit la chose et se rassit, les fesses dans
l’eau. Elle comprit qu’elle refusait de lui donner un nom (même elle en connaissait plusieurs).
Pour autant, après l’avoir considéré, lui et son « aérodynamisme » abject, elle le rejeta un peu
plus loin dans la flaque – dont il heurta le fond avec un bruit rauque, dans une petite gerbe
d’eau sale, à l’extrême lisière du trou.
A sa grande surprise, la convoitise qui y était attachée coula en même temps. Elle ne
ressentait plus rien, comme à son réveil – plus rien que la conscience de son corps, de la place
qu’il occupait ici, matelas mafflu familier emmitouflant sa conscience. Elle ferma les yeux et
renversa violemment la tête en arrière comme pour proposer son visage à un soleil balnéaire,
strictement touristique. Hésitant à se pelotonner de nouveau, à se rouler en boule. A plonger
dans l’oubli des rêves et de l’engourdissement. Bien qu’au-dehors, désormais, quelque chose
qui n’était plus visible subsistât qui la maintiendrait en surface, en éveil.
L’objet avait beaucoup parlé mais n’avait pas dit son dernier mot.
Au lieu de s’en offusquer, de laisser revenir la colère, l’amertume, la tristesse, elle
décida d’en prendre son parti. Elle ne se pelotonna pas. Ne lui tourna pas le dos. Elle resta
simplement assise, yeux et jambes grand ouverts, et fit front. Elle avait pris la bonne
décision : déjà cette résignation se muait en sérénité. Tout, finalement, ne dépendait que d’elle
et d’elle seule. Depuis le début. C’était précisément ce qu’elle était venue chercher ici. C’était
là le luxe suprême de la flaque.
Donc elle ne fit rien. Se borna à bouger un peu les orteils, à incliner un peu la tête, à
feindre l’incrédulité. Elle sourit, de nouveau maîtresse de son destin. Détentrice active de sa
propre fatalité. Si elle ne pouvait gouverner le désir, elle pouvait au moins lui imposer son
rythme !
Les odeurs de la flaque affluaient, peu vulgaires. À peine distinctes. Le long de ses
narines, en chemin vers ses sinus, les trois éléments universels se combinaient et montraient
qu’ils ne faisaient qu’un. Elle devenait un carrefour, un croisement très prisé honoré de faire
se rencontrer des principes aussi premiers. L’eau. La terre. Le feu…
Sa main gauche, sans qu’elle le voulût vraiment, qu’elle y tînt particulièrement, glissa
depuis son genou à l’intérieur de sa cuisse, c’était cela : une glissade. Qui la ramenait au
centre des choses. Au coeur de son projet.
Elle ôta les gravillons de sa toison. Un à un. Remouilla un peu ses poils. Y étalant les
gouttes. Comme on fait sa toilette. Un autre sentiment naissait de ce geste trivial, prosaïque.
Une joie, un agrément. Elle se lavait. Elle, la richissime, la redoutée pédégère, se lavait à la
main ! L’eau était docile, son corps se laissait faire. Le plaisir qu’elle y prenait, bien sûr (elle
ne s’en cachait pas, pourquoi donc ?), contenait l’horizon qui le définissait. Pour la forme, elle
se mouilla aussi le ventre, les seins, la nuque, moins pour leur donner le change et pour faire
bonne figure que parce que rien, absolument rien, ne l’y interdisait. Puis, de nouveau, elle se
lava le sexe. Abondamment. Gratuitement. À profusion.
Laissant l’eau entrer… L’engourdissement qui avait succédé au réveil s’éloignait. Son
être reprenait conscience, plaisir à être présent. Ici, dans cette flaque, à la toute pointe de la
flèche de l’Instant. Elle s’étira avec impatience, fit rouler, craquer sa nuque, tendit les bras
loin devant elle. Puis, les hissant sous elle, les chargeant de tout son poids, décollant les reins,
levant les fesses, elle passa sur la pointe des pieds, monta très acrobatiquement le bassin, dans
une position absurde et aberrante, les genoux bien écartés pour un meilleur appui – sa toison
échevelée en ligne de mire, à même hauteur que son visage. Les biceps tendus et bandés, de
plus en plus chauds. Elle se dit qu’elle devait ressembler à une araignée, à une grosse araignée
blanche et partiellement nubile, avec toute la flotte qui ruisselait d’elle comme des flancs d’un
sous-marin refaisant surface, d’un porte-avions essuyant une tempête. Elle bascula la tête en
arrière et regarda le monde à l’envers, derrière elle. La plaine boueuse qu’on avait réservée,
privatisée pour elle. Le sang affluait, gonflait ses traits plutôt ternes. Optimisait son réseau
veineux, investissait le moindre vaisseau capillaire. Déjà ses épaules devenaient douloureuses
et elle décida tout à coup de revoir le monde à l’endroit, tel qu’il était. Dans toute sa morne
platitude. Elle ne resta pas longtemps assise. Il n’était plus temps pour l’hébétude.
Ayant choisi la posture suivante, elle s’étendit sur le dos, ramena les genoux contre sa
poitrine, ses omoplates renouant avec le sol spongieux, aspirant, gluant et cette fois poursuivit
le mouvement jusqu’à ce que tout au bout de ses jambes tendues, ses orteils tout écarquillés
en viennent à toucher le sol, loin derrière sa tête. C’était ni plus ni moins qu’une roulade lente,
excessive, incomplète, mais d’y parvenir aussi aisément à son âge l’emplit de fierté.
Elle aurait aimé croire en un dieu pour lui imposer, d’en bas, cette vision hispide, sans
grandeur, inharmonieuse, quasi bestiale, sur une de ses créatures – elle se déplia, ferma les
paupières et, le souffle court, se laissa redescendre lentement dans la flaque, en étoile, bras et
jambes écartés. De son visage, seul le nez dépassait. Plus bas, ses seins faisaient deux îles
rondes et mitoyennes, pas tout à fait identiques, qui montaient et descendaient au rythme de sa
respiration, comme pour narguer les saillies figées et osseuses de ses pieds.
À son tour l’ennui affleura. Qui lui aussi faisait parti du contrat. L’anticipation perdait
son charme, le report de l’échéance de son côté bravache. Soudain inerte, les yeux clos, elle se
représentait à présent en douce enfant qui se lasse, et qui se lasse vite. Et éprouvait le besoin
d’un nouveau jeu, aux règles différentes. L’horizon dans lequel s’était inscrite la joie – liberté
absolue, irresponsabilité totale – qui avait été la sienne quelques secondes plus tôt s’était tout
bonnement rapproché et mis à la narguer, à la titiller. A la défier. Elle se remit sur son séant.
Vexée. La joie avait bel et bien disparu. Les sentiments mitigés de tout à l’heure reprenaient
tranquillement leur place – mais l’avaient-ils jamais quittée ? De nouveau à quatre pattes, les
genoux et les mains dans l’eau, elle reprit avec fermeté la direction de l’objet.
En chemin, bref mouvement d’orgueil, simple caprice, ou nostalgie de la sensation de
maîtrise à laquelle elle avait temporairement goûté la fit s’arrêter, se coucher sur le dos,
reprendre la position dite « de l’araignée ». Mais cette fois, et sans l’avoir nullement planifié,
le monstre qu’elle redevenait s’ébranla, se mit en mouvement, paumes et plantes de pieds bien
enfoncées dans la glaise, visage et ventre offerts au ciel indifférent. La posture, à présent, était
moins agréable, plus physique : avancer de la sorte requérait d’elle des efforts démesurés, une
dépense qui reléguait au second plan le sentiment d’humiliation. De l’abnégation que diable !
C’était sans doute là, se dit-elle, la tête de nouveau renversée en arrière, dévisageant le léger
talus qui lui cachait la flaque, tout l’intérêt de la manoeuvre. Après avoir parcouru quelques
mètres, elle relâcha ses efforts et, à bout de forces, laissa son bassin s’effondrer, remit terre et
ciel à l’endroit. Mais, les fesses trempant dans l’eau, elle continuait d’avancer, sur le dos, en
poussant sur ses jambes. Était-elle pitoyable !
Quand quelque chose de froid roula sous sa cuisse, elle sut qu’elle ne pouvait plus se
mentir, ni rebrousser chemin. Aussi elle manoeuvra de façon à redresser l’objet, avançant et
reculant à tâtons, s’aidant de son coccyx, roulant des hanches, serrant et desserrant les cuisses.
Quand l’objet fut enfin droit – dieu sait pourquoi, elle n’avait nulle envie de le toucher -, elle
s’immobilisa et, de la façon la plus progressive et la plus délicate possible, laissa ses hanches
descendre. Comme par miracle, l’objet vint se caler tout doucement dans l’encoche qu’on lui
présentait. Devenant, dans l’esprit de celle qui l’utilisait, « jouet pour adulte », « olisbos »,
« godemiché »… Ersatz. Était-ce cela qu’elle était venue chercher, pour lequel elle avait
déboursé une petite fortune : non pas l’abandon, mais l’humiliation ?
Aucun frisson ne lui traversa l’échine. Aucun grognement, aucun râle emphatique
n’avait résonné à ses oreilles. Une chose était juste entrée en elle. Le dehors et le dedans ayant
simplement trouvé un terrain d’entente. De même que deux inconnus qui se seraient retrouvés
dans un ascenseur ou dans un local à poubelles, leurs gros sacs à la main, auraient entamé une
conversation. Elle le promena un peu, sans songer à rien de précis, puis, l’incorporant pour de
bon, elle se remit à quatre pattes, entreprit de retourner vers l’endroit qu’elle venait de quitter,
loin au coeur de la flaque, de plus en plus enveloppée de cette gaine immatérielle et nerveuse
qu’elle devait bien associer au plaisir et qui semblait provenir de la petite queue, excroissance,
prothèse chromée et courtaude qui (elle tourna la tête, presque stupéfaite) dépassait derrière et
paraissait capter des ondes de plus en plus puissantes.
Elle avait l’impression que seul son coeur vivait, battait à tout rompre au sein de son
être calme. Elle se sentait aussi plus floue, presque triste. Pas comme si elle avait dû admettre
une défaite quelconque. Plutôt comme si elle s’était montrée trop sage, trop obéissante –
même si, elle en avait la certitude, elle n’avait obéi qu’à elle-même. Ou à la flaque.
Qu’importe. Et, pourtant, tandis que la flaque de nouveau la submergeait, augmentait
sa sale emprise fangeuse autour de son être, elle sentait que ce petit regret, cette réticence se
diluait à son tour. Que ses contours devenaient plus fins, poreux, perméables – son intérieur,
quel qu’il fût, gagnait en netteté. Comme si son corps se mettait à regarder en lui-même, ayant
enfin trouvé en elle quelque chose où porter son attention. Non ce n’était pas érotique, encore
moins pornographique, comme une novice aurait pu s’y attendre, ou un spectateur mâle
l’imaginer ; c’était la flaque.
Et la flaque grandissait, à mesure que l’objet se mettait à l’aise. Sans être encore elle,
il avait de nouveau perdu son nom obscène, sa fonction – il n’était plus qu’une forme agréable
s’accommodant d’une autre, ou dont une autre s’accommodait, la distinction importait peu.
Cependant, elle s’aperçut qu’elle se regardait faire, qu’en elle-même la spectatrice n’était pas
tout à fait morte : elle était à présent couchée sur son flanc gauche, la tempe indolemment
appuyée sur sa paume, sa position de lecture favorite, et son autre main négligente, qui aurait
aussi bien pu ne pas être la sienne ni une main tout court (!), s’affairait lentement entre ses
cuisses, en silence, accomplissant de légères et subtiles rotations. C’était bien la peine d’avoir
reporté la réunion, organisé tout cet anonymat ! Elle éclata de rire, et des sons, dans le désert
gris brun, parurent lui répondre : ceux de grillons, quelques pépiements…
Elle fronça les sourcils : voilà que sa jambe droite, la libre, celle sur laquelle son corps
ne reposait pas, était repliée et pointait vers le ciel un pied indubitablement arqué, extrémité
qui semblait patienter, traversé de légers (mais irrépressibles) tressaillements. La flaque, cette
coquine, avait donc pris le contrôle des opérations ! A un endroit néanmoins un puits se forait,
et s’emplissait de lave.
Le peu de terre qu’elle portait en elle entrait en éruption, paisiblement, engloutissant
sans voracité excessive le reste de son corps s’invaginant, ne laissant autour de l’accès qu’un
brouillard informel, étrange et abstrait. Ses yeux grands ouverts, à travers cette brume opaque,
percevaient des mouvements – tous ceux qu’elle faisait là-bas, au-dehors. A un moment, elle
se surprit à plat ventre dans la flaque, le dos absurdement cambré, le front grêlé de gravillons
dans le seul souci d’agiter la petite queue qui lui avait poussé entre les fesses, mais s’entêtait à
ne pas sortir complètement, malgré tous les efforts qu’elle déployait. C’était bien sûr sa main
qui la retenait, par crainte qu’elle ne tombe et la laisse aussi nue que le jour de sa naissance, à
moins que ce ne fût l’air d’ici qui se soit comprimé et poussa dans l’autre sens…
Elle se masturbait : elle n’était pas idiote… Mais vécu de l’intérieur, le verbe devenait
stérile car le sujet s’était perdu et l’objet s’était oublié avec lui. Ne restait plus maintenant que
la lave, que la fusion. Elle roula convulsivement sur le ventre, puis sur le dos, s’étendit, les
bras et les jambes de nouveau en étoile, aussi écartés les uns des autres que si plus rien ne les
liait.
La torpeur, de nouveau. Les nuages, dans le ciel. Et, tout autour d’elle, le clapotis
invincible de la flaque.
Lorsque le ciel commença de prendre une teinte violette, elle se releva dans une
grimace. Abrutie. Ankylosée par ces deux heures restées à la flaque. Au-delà du talus, elle
apercevait le toit de la résidence. Du plat de la main, elle ôta les gravillons incrustés dans ses
paumes, dans ses genoux, collés sur ses mollets. Retira un à un ceux qu’avait piégés sa toison
– jusqu’à ce que la brise vespérale la fasse frissonner et l’incite à hâter le mouvement. Un bon
créneau, le 17-19. La flaque où elle s’était ébattue semblait petite, minuscule. Si anodine. Elle
ramassa la serviette qu’elle avait abandonnée au pied du talus et se sécha sommairement les
cheveux, sans plus s’occuper des brins d’herbes, gravillons – ça partirait avec le shampoing,
comme à chaque fois. Sans un regard derrière elle, elle gravit le talus herbu et parcourut la
bonne centaine de mètres qui séparait sa flaque de l’opulent complexe hôtelier. À sa gauche, à
peu près à la même distance, une silhouette féminine faisait comme elle : rentrait. N’avait-on
pas réservé la plaine pour elle seule ? Elle se demanda si elle arborait la même démarche que
cette femme, un peu voûtée, un peu lente… Elle se força à se redresser. Quand elle pénétra à
l’intérieur du sas, un employé du site l’attendait avec un peignoir propre. Elle avait choisi
cette compagnie parce qu’ils le faisaient toujours chauffer, et pour ce seul détail : ce n’était
pas la concurrence qui manquait ! Elle la prit, remercia d’un fugace coup de menton l’autre
larbin qui tenait la porte et se dirigea vers les bains, où son vanity et ses affaires l’attendaient,
soigneusement pliées. Elle respira la traditionnelle rose fraîchement cueillie qu’on lui tendit à
la réception. Après la douche, elle enfilerait des sous-vêtements propres, des collants neufs.
Les escarpins à bout ronds. Elle trouvait cette petite musique lounge très agréable… Il faudrait
qu’elle leur demande le nom de l’artiste.
Dans la glace somptueuse qui courait au-dessus des vasques, elle retrouva son reflet.
Son carré brun, qu’elle ne trouvait jamais assez symétrique. Ses dents trop petites. Ses gros
lobes percés, qui ne toléraient plus aucune boucle d’oreille. Elle soupira, boutonna jusqu’en
haut le col de son chemisier, ajusta son collier de perles et, rentrant le ventre, se tourna un peu
pour voir si son profil n’avait pas trop changé après toutes ces péripéties ; dans l’ensemble,
elle se trouvait plutôt bonne mine.

À propos Ted

Ted
Fondateur, Chroniqueur

Vous aimerez aussi

Géraldine Jaujou – Écrivez pour vous!

Note de l’éditeur sur le livre et l’auteure ayant inspiré la réponse de Géraldine Jaujou: …

Laisser un commentaire

Powered by keepvid themefull earn money