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Stéphane Vanderhaeghe – À tous les airs

Il hésite-, se retrouvant face à son article, « dans le silence tenace mais fragile », oser frapper sur ce clavier et vous desservir la présentation et son avis sur « À tous les airs ». Le second mais premier roman de Stéphane Vanderhaeghe. Second mais premier car Charognard était le second, fut écrit après mais publié avant par Quidam, très certainement dans le souci de faire découvrir l’auteur avec un texte plus abordable, plus « linéaire » et encore… l’indicible et l’éparpillement littéraire fourmillent, rendant sa lecture labyrinthique et hypnotique.
Mais voilà, « À tous les airs » est enfin là, ce roman né d’une envie d’écrire, d’un défi de réussir un projet, constituer un livre… Six ans plus tard, il est là.

Il y a un cimetière, puis une dame, d’un certain âge, un rituel quotidien. Il y a un gendarme, curieux et séducteur. Il y a des lettres, d’un mystérieux personnage. Puis une enquête. Il y a du questionnement et de l’obsession. Il y a…des souvenirs et des vies. Comment pouvoir résumer ce livre. Difficilement. Comment expliquer que cette dame, va être votre plus grande obsession durant toute la lecture. Qui est-elle ? Que fait-elle ? Pourquoi chaque jour ?

« Le cimetière ne renie pas ses ironies. Bien sûr, rares sont ceux qui les perçoivent __ Il faut dire que l’ironie est généralement logée dans le regard et les habitués du lieu ont d’ordinaire le leur embué par quelque nostalgie ou appréhension, voire un secret dessein lorsque ce n’est pas une bise ou une lumière cinglantes qui les aveuglent. »

Cette/ces ritournelle-s sont autant de petites séquences, musiques, parenthèses, à première vue décousues, confuses, portant presque chacune un style, un rythme, une mélodie propre. Un univers qui se révèle par fulgurance, par petites touches, le lecteur ne capte pas tout au début, sait qu’il se passe quelque chose, sous ses yeux, mais il sait aussi que le narrateur ne donne pas toutes les clés. Puis un rythme plus global s’installe, une musique d’ensemble petit à petit se révèle à nous.
A l’image de la septième symphonie de Gustav Malher, pendant l’écoute, nous distinguons les cinq mouvements, dissocions chaque partie, pensons même qu’il peut y avoir un manque de cohérence, puis la clé arrive et, nous nous apercevons que le compositeur s’est joué de nous et que ces cinq mouvements forment un tout.

Il y a un tour de magie dans la littérature que j’aime tout particulièrement, quand, à l’image d’un Tom Robbins annonçant en début de roman, son histoire en quelques lignes, voir quelques mots, se payant même l’audace de vous annoncer la fin. Du culot ! Vous lisez le roman, êtes pris et surpris par l’histoire, la narration, la langue, la poésie qui en émane, vous vous faites balader de la première à la dernière ligne, êtes même surpris par une fin à laquelle vous ne vous attendiez pas. Et pourtant, tout avait été dit lors des premières pages. Ce tour de force, Stéphane Vanderhaeghe l’exécute avec brio.

« À tous les airs », est un roman à part, un roman qui exige de l’attention, un texte discret et timide à première vue, mais qui sera se révéler à vous et vous offrira un grand plaisir de lecture. Il faut se laisser tenter, se laisser guider par le rythme et sa musicalité. Cette dame va vous obséder, comme je le disais plus haut, vous balader, et c’est tant mieux. Car après tout quoi de mieux que de se faire promener par un texte de cette qualité. Une réussite, la confirmation d’un grand auteur.

Pour les curieux, vous avez un extrait du roman par ici !

vous pouvez également retrouver l’avis de l’excellent Hugues Robert par là !

Quidam éditions,
206 pages,
Ted

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À propos Ted

Ted

Fondateur, Chroniqueur

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