Accueil » Actualité » Top 5 – 2017 – Alexandre
Churchill Manitoba, Anthony Poiraudeau, Inculte

Top 5 – 2017 – Alexandre

A titre personnel, 2017 fut une année où j’ai lu beaucoup de livres parus il y a des décennies. La règle étant de faire un top 5 des livres parus cette année, ils n’ont pas leur place ici, mais l’envie est beaucoup trop forte de les citer, tout simplement parce qu’il faut les lire (ne vous y trompez pas, ce n’est aucunement un « il faut »autoritaire et péremptoire, disons simplement que ce sont là des livres qui vont certainement me marquer durablement).

Ainsi, voici un premier Top 5, que l’on appellera anachronique : Choléra de Joseph Delteil, L’angoisse du gardien de but au moment du penalty de Peter Handke, Le maître du jugement dernier de Leo Perutz, Délires d’André Baillon, L’île Panorama d’Edogawa Ranpo.

Mais pour rester dans la règle, voici le top 5 de 2017, cinq livres à lire bien au chaud avec un grand verre de vin chaud à la cannelle (celui qui vous fait tant envie lorsque vous traversez le marché de Noël installé dans votre ville). Un top qui a failli être 100% américain, jusqu’à ce que le hasard me mette entre les mains le bijou classé numéro 1 :

Matthew Weiner Heather par dessus tout Gallimard 5 – Heather, par-dessus tout de Matthew Weiner (Gallimard)

Etude au microscope géniale d’une petite famille new-yorkaise à qui tout a toujours réussi et qui, un beau jour, doit faire face au grain de sable qui vient gripper toute l’idyllique machine. Heather est une ravissante fille modèle. Elle fait la fierté de ses parents qui ne savent pas encore qu’ils ne s’aiment plus. Toutes leurs faiblesses et leurs renoncements sont passés au crible, et personne n’est épargné. Quant à Heather, la voici devenue l’objet de fantasme d’un ouvrier un peu dérangé qui vient chaque matin épier ses moindres gestes. On retrouve là la patte de Matthew Weiner, le créateur de la série Mad Men : brillant, juste et précis. Le portrait d’un homme qui tombe.

Callan Wink courir au clair de lune avec un chien volé Albin Michel4 – Courir au clair de lune avec un chien volé de Callan Wink (Albin Michel)

Callan Wink est guide de pêche et a lancé ses hameçons dans les lacs du Montana et du Michigan avec, entre autres, Jim Harrison. Les points communs entre les deux écrivains sont bien plus nombreux que de simples parties de pêche : des nouvelles émouvantes où des hommes dur au mal doivent assumer jusqu’au bout des décisions difficiles à prendre. Ce recueil de neuf nouvelles est une réussite : tantôt bouleversantes, tantôt loufoques, ces nouvelles sont traversées par une humanité profonde qui touche au cœur. Le sommet du genre est atteint avec la nouvelle « Montée des eaux », le récit d’un gars simple qui s’éprend d’une mère de famille plus âgée que lui. Il y aura des drames. Mais, en contrepartie, il y a tant de beauté !

New York Odyssée Kristopher Jansma Rue Fromentin3 – New York Odyssée de Kristopher Jansma (Rue Fromentin)

« Pourquoi nous sommes venus en ville ? » Titre original du livre, titre du prologue, titre du long poème épique de Jacob, le personnage poète du roman. Tout est là. Que cherche exactement cinq jeunes de vingt et quelques années lorsqu’ils arrivent à New York ? Qu’est-ce qui les attire dans la grandeur de la ville ? Comment vont-ils dompter la ville insoumise, la ville insondable, la ville immatérielle ? C’est le roman d’une génération qui n’a pas eu le temps de tout vivre et qui doit déjà laisser la place. C’est beau, c’est tendrement bouleversant, c’est physiquement prenant. C’est lyrique, c’est élégant, c’est mélancolique. On en a encore le cœur qui tremble quand on y repense, plusieurs semaines après la lecture. Et, pour ne rien gâcher, le livre est un objet sublime que l’on doit aussi à la superbe couverture signée Mathieu Persan.

Laura Kasischke Si un inconnu vous aborde Page à page2 – Si un inconnu vous aborde de Laura Kasischke (Editions Page à page)

On ne présente plus Laura Kasischke, l’auteur du dysfonctionnement du quotidien, la seule auteure capable de nous terrifier avec une tempête de neige, et de nous faire ressentir l’insécurité dans la banalité. Son premier recueil de nouvelles n’échappe pas à la règle. Comme dans les meilleures nouvelles de Raymond Carver, il ne se passe pas grand chose car, finalement, ce n’est pas l’action qui nous intéresse, mais les ressorts psychologiques qui poussent à agir ou, plus souvent, à ne rien faire. Ce qui compte, c’est la tension qui nous envahit devant chaque situation, et la peur de faire le mauvais choix. Dans une des meilleures nouvelles du recueil, « Melody », un père au bout du rouleau fait une apparition au goûter d’anniversaire de sa fille. Quelque chose le tracasse. Il ne sait pas si c’est la chaleur étouffante qui écrase le petit lotissement pavillonnaire dans lequel se déroule la fête, ou le bourdonnement continue des lignes à haute tension, ou la discussion qu’il doit avoir avec son ex-femme. C’est un homme agité, comme tous les personnages de Laura Kasischke. Que ce soit un vieil homme qui a perdu le fil de sa mémoire ou une jeune femme qui se demande si elle doit accorder une confiance aveugle à un type croisé dans un aéroport alors que les messages de sécurité se succèdent dans les haut-parleurs. Le fil conducteur du recueil semble être l’inquiétant, le dérangeant, l’ombre improbable que crée une lumière artificielle. C’est excellent.

Churchill Manitoba, Anthony Poiraudeau, Inculte1 – Churchill, Manitoba d’Anthony Poiraudeau (Inculte)

Ça commence par une vibrante déclaration d’amour pour les cartes géographiques qui ont bercé l’auteur dès son enfance, excité son imaginaire et peuplé son esprit de territoires dont il s’est, ensuite, amusé à donner forme et vie. Puis il est question de ce dernier point avant le vide géographique, la ville de Churchill, dans le grand nord canadien. Après l’imaginaire, place au voyage physique. L’auteur pose ses valises dans cette ville qu’il a longtemps fantasmé, retrace son histoire et s’évertue à éviter du mieux possible l’ours polaire, à la fois emblème de la ville et crainte des habitants. Le style d’Anthony Poiraudeau est brillant. Chaque phrase est une invitation à la contemplation, chaque phrase possède une énergie poétique époustouflante, et c’est un plaisir réel de la lire plusieurs fois pour en sentir toutes les subtilités et particularités. Ce livre est un enchantement. Il excite et nourrit l’esprit comme rarement, ces derniers temps, un roman français a pu le faire. S’il ne faut en garder qu’un, en 2017, c’est celui-ci !

Alexandre

À propos Alexandre

Alexandre
Chroniqueur

Vous aimerez aussi

Les saltimbanques ordinaires, McBride

Eimear McBride – Les saltimbanques ordinaires

Londres, 1994. La jeune Eily, 18 ans, débarque de son Irlande natale pour étudier dans …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Powered by keepvid themefull earn money