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Top 5 2017 — Lou

Cette liste n’énumérera pas les meilleurs livres édités en 2017. Elle ne vous sera d’aucune aide et ne sera en aucun cas : représentative exhaustive consensuelle modeste réaliste injonctive impersonnelle.

Cette liste tordra des fils de fer dans le désert. Elle sera souffle, danse, imprécations & corps brûlant. Elle crachera des cailloux. Assassinera le père et brûlera le mari. Modifiera l’espace, explorera les déséquilibres & flouera les frontières. Elle réinventera des mythes.

Cette liste sera poétique. Cette liste voudrait être un attentat.

Animale Machine, Eleni Sikelianos, trad Claro, Actes Sud_couv

Poésie sauvage, brûlure et vision.

Animale Machine, « La Grecque prodige », Eleni Sikelianos.
Traduit de l’anglais par Claro. Actes Sud.

« Pierre, silex, serpent à sonnettes, plexiglas, dans. Allez, danse.
À travers des millénaires de roches érodées en sable. Regardez la femme interpréter le lent massacre, la maint du vent qui pulvérise. […]
Cicatrice-feu, visage-félin, arbre carbonisé à la base. (C’est le corps.) Un bon terrier où se cacher. Laissant derrière elle toutes les pierres cuites. »

Animale Machine est le récit que l’écrivaine et poétesse américaine Eleni Sikelianos consacre à sa grand-mère maternelle, danseuse du ventre, Fille léopard, enfant sauvage, vendeuse de pierres précieuses et de scorpions pris dans la résine, personnage d’une « histoire familiale plus vaste », « un réseau d’offrandes familiales, tissées en noirs filaments lumineux », dont Le livre de Jon (Actes Sud, traduit par Claro) abordait le pan paternel. Le livre se déploie en discontinu dans les blancs, les silences et les marges, pour explorer les détails réels d’un passé parfois réinventé, dans une forme expérimentale non fixée, qui entrecoupe le récit de poèmes, de photographies, de rêves, de lettres, de pans de l’Histoire collective et de souvenirs familiaux.

L’on retrouve ce travail mémoriel, sensitif, onirique, et l’écriture saisissante d’Eleni Sikelianos dans Le tendre inventaire des vivants et des mots (paru cet été aux éditions Joca seria et traduit par Béatrice Trotignon) et dans l’immense Poème Californie (éditions Grèges, traduction Béatrice Trotignon).

La chronique d’Animale Machine (sur mon blog) : http://louetlesfeuillesvolantes.blogspot.fr/2017/01/animale-machine-eleni-sikelianos.html

Vingt minutes de silence - Hélène Bessette - Le Nouvel Attila - Othello - Lou Darsan

Le Gang du Roman Poétique.

Vingt minutes de silence, Hélène Bessette.
Label Othello, éditions Le Nouvel Attila.

Un père millionnaire assassiné ; un fils suspect, une épouse infidèle, une bonne nommée Rose Trémière ; un revolver, une bougie, un bâton à lessive ; une bibliothèque, un grenier, une automobile. On pourrait croire à un cluedo, mais. Atmosphère, Angoisse. Syntaxe rompue, jeux typographiques, sauts de lignes et de pages, phrases courtes, changements de casse, ponctuation libre. Les témoignages sont sujets à caution, les thèses sont rétractées, reformulées, reprécisées, le doute subsiste.

« La victime est vivante. Le coupable est mort. Tout est pour le mieux, Justice est faite. Et pourquoi faut-il à tout prix faire justice ? »

Sous la plume acide d’Hélène Bessette, le roman policier devient un prétexte pour assassiner le convenu, brouiller les limites des genres, dénoncer l’hypocrisie des valeurs bourgeoises et de la société d’après-guerre et subvertir le roman.

Suivi de près par Garance Rose, Vingt minutes de silence inaugure la réédition des œuvres complètes d’Hélène Bessette par le label Othello des éditions Le Nouvel Attila.

La chronique de Vingt Minutes de silence par Aurore, sur UDL : http://www.undernierlivre.net/vingt-minutes-de-silence-helene-bessette/ ; sur mon blog : http://louetlesfeuillesvolantes.blogspot.fr/2017/08/vingt-minutes-de-silence-helene-bessette.html

Où j'apprends à ma mère à donner naissance, Warsan Shire. Traduit de l'anglais par Sika Fakambi. Collection Corpus, éditions Isabelle Sauvage.

Sororité & incendie.

où j’apprends à ma mère à donner naissance, Warsan Shire.
Traduit de l’anglais par Sika Fakambi. Collection Corpus, éditions Isabelle Sauvage.

« Ta fille a pour visage une petite émeute, ses mains sont une guerre civile, un camp de réfugiés derrière chaque oreille, un corps jonché de choses laides. »

Warsan Shire, jeune poétesse somalie et britannique, est éditée en Grande-Bretagne par Nii Ayikwei Parkes chez flipped eye publishing et traduite en français par Sika Fakambi dans sa nouvelle collection Corp/us (éd. Isabelle Sauvage).

où j’apprends à ma mère à donner naissance se nourrit des mots des femmes, des mères, des sœurs, des tantes et des grands-mères, pour invoquer leurs corps, leurs sexes, leurs désirs consumés, leurs peurs, leurs fuites, leurs maladies. Les poèmes courts évoquent avec justesse et sans concession la nostalgie de l’enfance, l’ardeur sexuelle adolescente, le premier baiser, les premières règles, le viol, l’adultère, la violence conjugale, la chair incendiée, l’immigration, la religion, la vieillesse, l’amour, la sororité. La langue concise et précise de Warsan Shire frappe et incendie, voix tendre, sensuelle, sexuelle, crue, violente. Elle remue, et bouleverse.

« Ma sœur aînée se savonne entre les jambes, ses cheveux sont une prière de boucles. (…) Elle sourit, balance son chewing-gum avant de dire les garçons c’est haram, n’oublie jamais ça. (…) Tout ce qui sort de sa bouche ressemble à du sexe. Notre mère lui a interdit de prononcer le nom de Dieu. »

Genove, GE9, Benoît Vincent, Othello, Le Nouvel AttilaL’empreinte du paysage.

GEnove (villes épuisées), Benoît Vincent.
Label Othello, éditions Le Nouvel Attila.

« Tu disais qu’il fallait pratiquer ces marches le plus souvent possible, que la ville, organique, pouvait parfois t’enfermer, mais qu’en la parcourant ainsi, tu la dépliais (…). »

La liste revient sur ses pas, et suit les pointillés qui relient dans l’esprit deux espaces réinventés, deux reflets, deux lieux. Plus haut la Californie d’Eleni Sikelianos, ici la Gênes de Benoît Vincent, qu’il tente de saisir en quatre-vingt-un chapitres : poèmes, cartes postales, essais, listes, itinéraires, botanique, anecdotes, poétique et politique du territoire… — Saisir la ville, le lieu, où plutôt « l’empreinte » de la ville sur soi, la ville non comme elle est vu, mais telle qu’elle est sentie, ce en quoi la ville transforme et ce en quoi la ville est transformée par le regard posé sur elle. Benoît Vincent agrandit Gênes, la complexifie, en une « carte sensible ».

A lire, à relire GEnove (dans l’ordre prescrit de « la trame et de la chaîne », celui que l’on se choisit ou celui de la pagination), l’on trouve de nouvelles dimensions à la ville qui se modifie au fur et à mesure des méandres que l’on emprunte, des strates que l’on explore ou traverse. L’on s’y perd, l’on invente soi-même le livre, l’on rêve — entre les « lieux du texte » et les « laisses de ville », les recoins et les percées, cela chavire. GE9, plurielle, territoire rêvé, immense, qui existe entre l’esprit du lecteur et les pages du livre…

Chômage Monstre d'Antoine Mouton paru aux éditions La Contre Allée

Secousses.

Chômage monstre, Antoine Mouton.
Éditions La Contre Allée.

« il faudrait ouvrir le dialogue ouvrir le feu porter le premier coup il faudrait ouvrir les mots souffler dedans chasser les fantômes qu’ils abritent débarrasser le plancher faire langue rase »

« Le travail est un caillou.
Un caillou est une chose dure.
Une chose dure est une chose qu’on n’a pas envie d’avoir dans la bouche trop longtemps. »

En cinq textes courts qui se suivent et se poursuivent, Antoine Mouton interroge le travail, son intrusion dans la vie, le sommeil, la langue, le corps — et le vide qu’il laisse lorsqu’il se retire (Chômage monstre).

Poème à laisser sur la note au moment de régler l’addition (« […] à vrai dire je ne la gagne pas, ma vie. Je la dépense et l’emprunte, puis la perds invariablement. ») ; Le problème de la division (on se rappellera longtemps de cet incroyable « Le travail est un caillou ») ; Maintenant (« Il faut être à peine un corps entre à peine quatre murs, mais quand même être un corps et quand même garder quatre murs. ») ; Dire/entendre/penser (« personne ne dit ce que je veux entendre personne n’entend ce que je dis toujours échoue ») ; Après quoi (« j’étais du temps on m’a découpé en tranches fines on m’a roulé dans la farine on m’a recouvert de papier je ne pouvais pas me périmer pas m’avarier j’étais salarié j’avais un sale air de pauvre »). — Gradation accélération montée en puissance plus de mots plus vite plus fort (il frappe) : forme libre, poétique, secousse. Corps & langues dépossédés se libèrent de toutes contraintes grâce à un travail sur le rythme, les sonorités et le sens, aux jeux de mots, au détournement et à l’humour qui portent un propos intelligent, subversif et subtil. Chômage monstre touche juste et durablement.

La chronique d’Hédia : http://www.undernierlivre.net/un-ete-hors-des-sentiers-battus/

Souffle.

Les Métamorphoses, Ovide.
Traduit (latin) par Marie Cosnay. Editions de l’Ogre.

La liste est sans fin et triche : elle inclut un livre qui n’a pas encore été lu. Ce sera le seul crime qu’elle commettra.

« Les membres gisent un peu partout. Fleuve de l’Hèbre, tu reçois la tête et la lyre. Et miracle, elle glisse au milieu du fleuve, pleure je ne sais quoi de triste, la lyre quoi de triste la langue, qui sans vie murmure et les rives répondent je ne sais quoi de triste. »

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Lou.

 

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