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Top 5 2017 – SARAH

C’est l’heure des bilans…! Et pour clôturer cette année de découvertes, des textes très différents les uns des autres pour ce top 5 mais des textes nécessaires, aux voix fortes et singulières, poétiques et agissant sur les consciences. Des textes qui m’ont remuée et profondément touchée. Belles lectures !

Cookie Mueller, Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noire, Finitude

Pour débuter, quinze nouvelles autobiographiques renversantes et désopilantes par Cookie Mueller, icône oubliée de la contre-culture américaine. A travers sa gouaille inénarrable, Cookie esquisse l’Amérique des décennies soixante à quatre-vingt et l’histoire de la dernière avant-garde new-yorkaise. Mais ce qui rend inoubliable la lecture de ce recueil est ce vent de folie et de spontanéité qui bat la mesure de ses histoires et la description de cette vie dans les marges, nous instillant malicieusement un puissant concentré d’indépendance.

« Trop tôt pour se lever, mais j’ai décidé qu’il était hors de question que je partage une minute de plus le lit de ce mec qui m’avait pourtant bien plu la veille : on avait fauché deux T-Bones dans les rayons d’un Safeway pour les cuisiner et s’empiffrer, au grand dégoût de mes végétariens de colocs. Après les steaks, on s’était sifflé un cubi de gros rouge de Napa Sonoma, et on avait pris du LSD. Sauf que maintenant, il transpirait tout ce qu’il pouvait dans le lit et tachait mon seul et unique drap en gaspillant le précieux acide qui suintait par tous ses pores. En gros, il était incapable de tenir l’alcool ou la dope. Ça me rendait tellement folle que le mieux était que je foute le camp. »

Article à lire ici : http://www.undernierlivre.net/cookie-mueller-traversee-en-eau-claire-dans-une-piscine-peinte-en-noir/

Kossi Efoui, Cantique de l’acacia, Seuil

Dans ce roman poétique, où les femmes s’adonnent à l’art de rêver les enfants qui ne sont pas encore au monde sur l’île aux Acacias, à la saison des floraisons, Kossi Efoui raconte une généalogie de battantes qui va conquérir sa liberté dans l’Afrique d’aujourd’hui. Un conte splendide sur le destin. Et une langue de feu.

« La vérité, dit Grace, il faut se mettre à trois pour faire un enfant : le mâle, la femelle et l’Invisible – dont les traces sont partout cachées dans le paysage, dans les eaux où les femmes vont tremper leur sexe, dans les troncs d’arbre contre lesquels elles vont se frotter nues, ou bien là-bas-, cet îlot dont on apercevait la crête par la fenêtre du deuxième étage : l’île aux Acacias où les femmes, il n’y avait pas si longtemps, allaient enfouir le placenta des nouveaux-nés avant d’y planter un acacia. »

Léo Barthe, Histoire de la bergère, Le Tripode

Au gré de ses envies, un bouvier offre ses services journaliers de ferme en ferme. Un beau jour, il croise une bergère emportée par l’ardeur de ses sens. Sous le nom de Léo Barthe, Jacques Abeille, signe un roman poétique et érotique, aux accents naturalistes, presque primitifs, célébrant l’amour, le désir, la transgression et la liberté chevillée aux corps. Un grand texte.

« Mon cœur a fait un saut et s’est partagé quand j’ai vu jaillir son cul, son cul si pâle qu’elle tendait par mégarde à portée de ma main. J’aurais voulu la prévenir que sa peau dans son intimité la plus tendre risquait d’être brûlée par les orties. En même temps je désirais que cette cruauté acérée crispe sa chair. Comme si mon désir était contagieux, je l’ai vu reculer, se tendre sur ses cuisses tremblantes dans la direction des feuilles urticantes qu’elle ne pouvait voir. A n’en pas douter, elle cherchait à se faire griffer par la pointe des feuilles. Elle s’est relâchée pour se soulager… Une courte brise a passé sur la pointe des hautes herbes. Les orties ont cambré leur tige et de la tête ont balayé les fesses ouvertes. La bergère a laissé échapper un gémissement rauque. »

Ilka Oliva Corado, Histoire d’une sans-papiers : Traversée du désert de Sonora-Arizona, Nzoi
Ce court et trépidant texte autobiographique relate le périple qui a mené l’auteure du Guatemala jusqu’aux États-Unis. Si on croit parfois tout savoir sur ces traversées de l’horreur que sont les récits de migrants, celui-ci dépasse à tous points de vue ce qu’on avait pu lire auparavant. Un texte d’une poésie et d’un souffle extraordinaires déniché par les minuscules éditions Nzoi.
 Écrivaine et poétesse, Ilka Oliva Corado est née à Comapa, dans le département de Jutiapa (Guatemala) et vit désormais aux États-Unis. Elle a publié 11 livres. Un nuage de passage qui s’est penché à son chevet l’a baptisée « migrante sans-papiers diplômée en discrimination et racisme ».
« Le réveil sonne. Il est cinq heures du matin, ce 27 octobre de l’année 2003. Je dois m’arracher à la douce chaleur des draps et prendre l’eau froide au tuyau d’arrosage; l’exil m’attend, je ne dois pas le faire attendre. Je n’ai pas fermé l’œil, j’ai passé la nuit à compter les secondes, à écouter le vent froid qui souffle par les fentes de la fenêtre, je me suis retournée des centaines de fois sur le matelas à même le sol, à m’étirer et calmer ma peine, à tenter de feindre qu’il n’est pas douloureux de partir, à tenter de dominer ma peur de l’inconnu, essayant de garder en mémoire chaque recoin de la maison : les photos encadrées aux murs, les livres achetés à grand-peine, le chemin qui conduit jusqu’à Ciudad Peronia, les tiges des asphodèles du jardin, ma tasse préférée, les fleurs de feu des couchers du soleil d’octobre , l’œillet rouge qui fleurit chez Maman Juana. »
Orhan Veli, Va jusqu’où tu pourras, Bleu autour
Je triche un peu pour ce dernier car il s’agit d’une réédition mais il aurait été trop dommage de pas parler  de ce recueil que j’aime beaucoup. Introducteur du vers libre dans la poésie turque avec Nâzim Hikmet, Orhan Veli est très connu en Turquie. En laissant tomber la prosodie, il sort dans la rue et rend la modernité accessible au point de devenir un poète populaire. De son humour tendre et piquant, il dépeint ses déboires amoureux et les petites gens d’Istanbul.

 

« Tel est exactement mon boulot,

Chaque matin je peins le ciel,

Pendant que tous vous dormez.

Au réveil, vous le trouvez bleu.

Parfois la mer se déchire,

Vous ignorez qui la recoud;

C’est moi. »

 

« Moi qui tous les soirs dans mon lit

Pense à elle,

Tant que je l’aimerai

J’aimerai aussi mon lit. »

 

Et comme j’aime jouer, 5 chouettes parutions à venir et à surveiller de près : Né un mardi d’Elnathan John (Métailié), Une ville à cœur ouvert de Zanna Sloniowska (Delcourt), Douces déroutes de Yannick Lahens (Sabine Wespieser), Un océan, deux mers, trois continents de Wilfried N’Sondé (Actes Sud) et Écoute la ville tomber de Kate Tempest (Rivages).

À propos Sarah

Chroniqueuse

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