Accueil » Comics/BD/Manga » Zep- The End
Zep the end

Zep- The End

Zep continue de se réinventer à travers des bandes-dessinées aux antipodes de l’humour léger et du dessin jeté et candide de Titeuf. On avait déjà pu assister à ce changement radical de style dans Un bruit étrange et beau, également paru aux éditions Rue de Sèvres, où il nous dévoilait ce trait fin et hyper-réaliste et ces planches aux différentes nuances bichromiques douces et envoutantes. Dans The End, il continue d’exploiter cette nouvelle ramification de son art en nous contant sa version propre de la fin du monde.

Zep the end

Au coeur de Pyrénées espagnole, les habitants d’un petit village isolé ainsi que des randonneurs meurent d’une manière synchronisée aussi brusque qu’inexplicable. A l’autre bout de l’Europe Théodore Atem rejoint en temps que stagiaire une équipe de chercheurs étudiant l’ADN des arbres ainsi que leur manière de communiquer avec l’espèce humaine. Il fait la rencontre de la jolie Moon ainsi que du Professeur Frawley, grand fan des Doors dont il écoute le premier album de manière compulsive et acharnée, en boucle encore et encore. La mélodie de The End flotte à travers les pièces, se mêlant aux paroles quasi prophétiques de Break on through (to be other side), et au dehors la forêt fait entendre le bruissement mystique et sans âge de ses feuilles. Grâce à la magie de ces quelques éléments graphiques qui prennent une réelle dimension sonore à leur lecture, Zep dresse un décor parfait pour la trame de son thriller botanique à la poésie ensorcelante.

Tout en prenant ses marques, Théodore apprend que les arbres sont capables de modifier leur composition chimique afin de s’adapter aux dangers extérieurs, tout cela en quelques instants seulement. Souvent considérés comme vulnérables de par leur immobilité, ils ont compensé cela en développant une faculté d’adaptation étonnante.Zep the end

Au fil des jours, les chercheurs remarquent l’apparition d’étranges champignons aux pieds des troncs que Théodore relie à la grosse usine Pharmacop implantée non loin de là, donc le système infrastructurel est reconnu pour leurs dégâts écologiques et la pollution qu’il rejette. Seul le jeune homme semble réellement se soucier de cette nouvelle flore ainsi que des dysfonctionnements étranges qui semblent s’opérer dans la nature: les animaux ne semblent plus apeurés par les humains, les oiseaux tombent morts et ces champignons qui continuent de proliférer… 

Seul avec ses soupçons, il essaye de démontrer les attitudes inhabituels de ces arbres qui tentent par tous les moyens de cacher la mémoire de la Terre elle-même… Surtout lorsqu’il apprend que le Professeur Frawley a pour hypothèse que ce sont eux qui ont régulé la faune en étant à l’origine des extinctions de masse qui se sont produites sur le globe, notamment celle des dinosaures.
Mais son message ne sera malheureusement pas entendu, les arbres étant doués pour cacher leurs secrets.Zep the end

Dans ce récit au fort accent écologique, Zep apporte un nouveau souffle à l’univers apocalyptique très prisé dans la bande-dessinée, le cinéma et la littérature notamment. Sa fin du monde n’est pas décadente dans l’extinction de l’espèce humaine, il ne fait pas appel aux zombies, invasion extraterrestres ou autre soulèvements climatiques monstrueux et spectaculaires, mais se plonge au contraire dans le silence et la douceur des arbres, dans leur secret et leur sagesse. S’étant alimenté de documentations botaniques et scientifiques, il crée alors une fiction comportant beaucoup d’éléments réels et reconnus, faisant de The End un ouvrage sensible porteur d’un message profond et surtout d’un questionnement alarmant et revendicateur sur notre rapport à la nature, à la manière que nous avons de tenter à la dominer en tout point.

Zep remet en place l’équilibre naturel, sa hiérarchisation première, en bouleversant la classification du monde vivant établie par l’Homme. En plongeant dans le langage complexe et encore trop peu connu des arbres, il décrit sa propre vision de la dislocation de la civilisation humaine; ensorcelante et mystique, entre frémissement des feuilles et mélodie de la voix de Jim Morrison.

Zep the end

Editions Rue de Sèvres
92 pages
Caroline

À propos Caroline

Caroline
Chroniqueuse

Vous aimerez aussi

Ed Brubaker & Sean Phillips – Fondu au noir

Ed Brubaker fait figure de scénariste de génie dans le milieu des comics U.S  avec …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Powered by keepvid themefull earn money