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Radiohead 2+2=5 inspiré de 1984 de Georges Orwell

Georges Orwell – 1984

Grand classique des romans d’anticipation, dystopie extraordinairement célèbre, 1984 de Georges Orwell est un texte fondateur de toute une série d’œuvres artistiques, qu’elles soient littéraires, cinématographiques, ou graphiques, qui dénonce les systèmes totalitaires et les États policiers.

Classé parmi les 100 plus grands livres de la langue anglaise par le Time, Un dernier livre ne pouvait pas ne pas revenir sur cette œuvre majeure du 20ème siècle.

Dans l’univers de 1984, la planète est divisée en trois grands États : l’Océania, l’Estasia et l’Eurasia, perpétuellement en guerre les uns contre les autres. Les États se disputent la possession d’un quatrième territoire, composé d’esclaves. De ce monde nous ne verrons que l’Océania, à travers les yeux du héros.

Divisés en trois classes : le Parti Intérieur, le Parti Extérieur et les prolétaires, dominés par un gouvernant omniprésent et omnipotent, le fameux Big Brother, les hommes d’Océania vivent sous surveillance permanente. Obligés de suivre en tout point les lois du Parti, l’Angsoc, ils doivent respecter l’autorité de quatre ministères : le ministère de la Vérité, chargé de falsifier l’histoire, le ministère de l’Abondance qui crée des pénuries programmées, le ministère la Paix, qui s’occupe de la guerre et enfin le ministère de l’Amour, qui renferme la terrifiante Police de la Pensée.

En 1984, Winston Smith, membre du Parti Extérieur d’Océania, qui travaille au ministère de la Vérité, décide, contre toutes les lois qui gouvernent son pays,de commencer à écrire un journal intime. Cette volonté de mettre des mots sur une révolte intérieure confuse, ressentie par un homme intellectuellement en marge, est le point de départ du roman.

Publié en 1949, le roman décrit une société vivant sous un régime dictatorial. Prenant appui sur les idéologies des gouvernements fascistes, Orwell anticipe jusqu’au paroxysme les moyens d’oppression qu’un État pourrait utiliser contre ses concitoyens.

L’idéal fixé par le Parti était quelque chose d’énorme […] une nation de guerriers et de fanatiques qui marchaient avec un ensemble parfait, pensaient les mêmes pensées, clamaient les mêmes slogans, qui perpétuellement travaillaient, luttaient, triomphaient et persécutaient, c’étaient trois cents millions d’être aux visages semblables.

Fondé sur trois slogans :

La guerre c’est la paix

La liberté c’est l’esclavage

L’ignorance c’est la force

 

l’Angsoc (comprendre Socialisme Anglais), idéologie du Parti, prône l’abandon de toute forme d’individualité, d’intimité entre les gens, de libre-arbitre et de libre pensée au profit d’un travail et d’une dévotion permanente pour le Parti grâce au système de la doublepensée.

Le principe de la doublepensée, c’est à dire la capacité intellectuelle d’accepter simultanément comme vraies deux idées contradictoires, permet à chaque membre du Parti de proférer délibérément un mensonge tout en le considérant comme une vérité, ce qui à terme annihile tout  esprit critique.

En évacuant ainsi toute remise en cause intellectuelle, l’Angsoc utilise la surveillance permanente de ses membres, la délation, le contrôle de chaque moment de la vie des citoyens, de leur naissance à leur mort, et façonne à sa guise les humains, à l’image du personnage de Parsons, voisin de Winston et décrit en ces termes :

C’était un homme grassouillet mais actif, d’une stupidité paralysante, un monceau d’enthousiasmes imbéciles, un de ces esclaves dévots qui ne mettent rien en question et sur qui, plus que sur la Police de la Pensée, reposait la stabilité du parti.

Le lecteur suit donc tout au long du roman l’évolution de Winston, pris au piège d’une société dans laquelle toutes les libertés individuelles sont supprimées.

De ce livre, le monde entier a particulièrement retenu la figure allégorique de Big Brother, qui symbolise encore aujourd’hui, dans notre langage quotidien, les différents systèmes de surveillance mis en place par les gouvernements à l’encontre des citoyens.

Dans le roman, Orwell a imaginé les télécrans, des télévisions présentes dans toutes les maisons des membres du Parti. Impossibles à éteindre chez ceux qui appartiennent au Parti Extérieur (comme Winston), ces télécrans diffusent en permanence des slogans, musiques patriotiques, messages de propagandes, mais permettent également de transmettre en vidéosurveillance tout ce qui se passe dans la pièce, y compris les sons.

Toujours ces yeux qui vous observaient, cette voix qui vous enveloppait. Dans le sommeil ou la veille, au travail ou à table, au-dedans ou au-dehors, au bain ou au lit, pas d’évasion. Vous ne possédiez rien, en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne.

La vidéosurveillance est le moyen le plus efficace de répression dans l’univers d’Orwell puisqu’elle empêche toute forme d’intimité, de solitude, de secret. Ce n’est que grâce à une particularité architecturale de son appartement que Winston peut se soustraire aux caméras afin d’écrire dans son journal.

Le télécran est surveillance, mais il est aussi propagande et montre comment le Parti maintient les hommes dans une ignorance crasse, en leur offrant des divertissements de groupe, des activités contrôlées, un défoulement quotidien (les deux minutes de la Haine) et permet un abrutissement total des masses.

De nos jours, il est important de lire 1984 pour comprendre avec quel cynisme les téléréalités des dernières années utilisent le nom même de Big Brother pour vendre des programmes à la fois parfaitement débilitants mais surtout fondés sur un détournement de l’idée même qu’Orwell dénonçait avec tant de clairvoyance. Voir des humains accepter volontairement, pour un prétendu divertissement, ce qui dans le roman est la base du régime totalitaire le plus injuste et le plus violent donne toujours à réfléchir.

Mais la surveillance n’est pas le seul levier sur lequel s’appuie le Parti dans le roman. Deux méthodes associées toutes deux à la doublepensée, permettent de maintenir les humains dans une prison idéologique permanente : effacer la mémoire et détruire la langue.

Winston se rend compte que le Parti réécrit constamment le passé, au point que personne n’est capable de connaître l’histoire avant la Révolution (la prise du pouvoir par l’Angsoc), ni même de connaître, ou de s’intéresser aux changements des dernières années. En changeant systématiquement tous les livres, tous les articles, tous les documents écrits en fonction de ses besoins, le Parti supprime toute possibilité de se baser sur des connaissances historiques ou de comparer le passé au présent, et ainsi de juger la situation de l’Océania :

Le mensonge passait dans l’histoire et devenait vérité. “Celui qui a le contrôle du passé, disait le slogan du Parti, a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé.”

A ce contrôle systématique de l’histoire, le Parti travaille également sur le langage. Il crée la novlangue (newspeak en anglais) qui a pour but de simplifier la langue en épurant le vocabulaire au maximum. Ainsi, un philologue, convaincu du bien-fondé de ses recherches explique à Winston :

C’est une belle chose la destruction des mots.[…] Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. […] La Révolution sera complète quand le langage sera parfait.

La destruction du langage initie et accompagne forcément une destruction de la pensée. Les mots étant réduits au plus strict minimum, et selon le principe de la doublepensée, ils peuvent contenir deux sens contradictoires et changer en fonction de s’ils s’appliquent à un membre du Parti ou à un ennemi. Il devient dès lors impossible de remettre verbalement en cause l’idéologie du Parti puisque l’idée elle-même ne peut pas être formulée.

Face à ces manipulations intellectuelles profondes, la résistance de Winston s’appuie sur ce qu’il sait être la réalité, une réalité mathématique : deux et deux font quatre.

La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit.

Cependant, il prend conscience que le Parti peut amener à modifier cette réalité et à faire accepter si bon lui semble l’idée totalement fausse et absurde que deux et deux font cinq. Le contrôle du Parti sur l’esprit humain est tel qu’il peut aller jusqu’à changer la réalité.

Orwell montre donc dans cette anticipation que le langage et l’histoire doivent être protégés. On peut, sans crier au conspirationnisme, en ouvrant simplement les yeux sur notre monde, constater chaque jour à quel point l’anticipation d’Orwell était dans le vrai. Quand on veut imposer une idéologie c’est bien souvent à l’histoire ou au langage qu’on s’attaque. La surveillance (faut-il le rappeler ?) est un sujet régulièrement abordé par les médias. Certains programmes (dont le fameux Big Brother) visent clairement à l’abrutissement des gens.

Nous ne sommes actuellement pas dans un monde totalitaire à la 1984, pour autant, nous avons le devoir de continuer à ouvrir nos esprits et à prendre conscience, comme le dit Orwell que :

Les meilleurs livres sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà.

 

 Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti

Éditions folio

448 pages

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2 Commentaires

  1. bonjour!a soixante dix huit ans, je decouvre ,grace au point,george orwell,que de temps perdu!

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