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Agata Tomažič Ce que l'on ne peut confier à sa coiffeuse couverture

Agata Tomažič- Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse

 «  Dans la vie, il ne faut jamais faire subir des choses que l’on ne peut confier à sa coiffeuse. Et si ce genre de choses venait à arriver, il faut tirer la sonnette d’alarme. » 

Ces propos, ce sont ceux d’une des héroïnes de l’ouvrage Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse, recueil de treize nouvelles écrites par Agata Tomažič. Déjà, le titre laisse imaginer que bien des secrets se cachent entre ses pages : ceux bien gardés de gens bien sous tout rapport, en surface du moins. Homme d’affaire gourmand de la bonne chaire comme des gros comptes bancaire, jeune femme en couple avec un mordu de botanique ou encore vieille dame aspirant simplement à un quotidien que rien ne vient chambouler… Au premier regard, ces personnages, aussi hétéroclites soient-ils, semblent être banals et sans histoire, et pourtant…

«  Une seule chose demeurerait sur le nénuphar d’où la grenouille venait de bondir pour s’élancer vers sa nouvelle existence : une dent en or. Elle brillait sur la feuille, doucement caressée par les rayons du soleil de fin d’après-midi, quand une grand-mère et sa petite fille apparurent sur le sentier.
[…] – Mamie, il y a quelque chose qui brille sur la feuille, c’est une petite couronne, celle du roi grenouille ! Dit la gamine en continuant à  avancer dans l’eau. » 

Sous le vernis de quotidiens ordinaires se cachent des hommes et des femmes adultères, acariâtres, manipulateurs. Mais aussi un prince grenouille et une jeune fille capable de comprendre le langage des oiseaux. Car l’autrice s’amuse, avec beaucoup d’humour et d’ironie, à illustrer la petitesse des esprits à travers des histoires rocambolesques et souvent métaphoriques. Elle s’empare en effet de vies ordinaires, gratte un peu et en fait de courts et merveilleux récits, en saisissant des instants de bascule, parfois imperceptibles mais toujours impitoyables.

À travers cette galerie de portrait embrassant tous les milieux sociaux, sexes et tranches d’âge, Agata Tomažič ébranle les quotidiens, en extrait l’imprévisible et le singulier sur un ton singulier. Ses personnages sont souvent perdus, se raccrochent à ce qu’ils peuvent, quelques branches issus de leurs routines, ignorants volontairement les épines qu’elles comportent. Parfois, ils sont aussi mauvais et méchants et le sort qu’il leur est réservé est tout autant cocasse que délicieux !

Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse porte un regard sur les choix de vies, les routes empruntées et les chemins qui se dérobent sous les pas. Décalée et imprévisible, l’écriture légère de l’autrice ainsi que son humour acérée font de ce livre une comédie noire frôlant le fantastique. Une très belle lecture !

« Jamais je n’oublierai ses yeux à cet instant-là : comme si c’était arrêté le mécanisme d’un robot à figure humaine, il n’y avait plus d’éclat ni de mouvement de paupière, seulement un large vide, une pâle cornée dans laquelle s’imprimait une pure terreur.Je pense qu’après cette mise au point, le rapport de force entre nous c’est modifié. Ce n’était pas le faite d’avoir empiéter sur son domaine, ce qui le tracassait était tout autre : il s’était rendu compte que ce lézard, c’était lui. »

Agata Tomažič Ce que l'on ne peut confier à sa coiffeuse

Traduit du slovène par Stéphane Baldeck
Belleville Éditions
168 pages
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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