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Un regard en arrière – Edward Bellamy

Julian West est un jeune américain. Bien né, il a la chance d’évoluer dans la partie agréable de la société bostonienne du XIXème siècle. Même si tout n’est pas rose, notamment ces grèves ouvrières qui ralentissent la construction de sa maison et repousse donc d’autant son mariage avec sa chère Edith, Julian West reste un nanti et peut profiter de la douceur de la vie, entouré par la misère, la pauvreté et la violence crasse qui va de paire avec l’opulence et la soie.
Un soir, en mal de sommeil, Julian convoque son charlatan préféré pour passer une nuit reposante. Elle le sera puisque le pauvre homme se réveillera une bonne centaine d’année plus tard, toujours à Boston, mais en l’an 2000. Sonné, atterré, il sera pris en charge par la famille qui l’a découvert, le Dr Leete, sa femme et sa fille, la bien-nommée Edith, Mais une fois le choc temporel passé, ce sont nombre d’autres surprises qui attendent Julian. En effet, en cent ans le monde a changé comme jamais l’on aura cru cela possible. La violence capitaliste, la pauvreté, l’inégalité et les guerres, qui faisaient le quotidien du XIXème siècle ont disparu, laissant place à une société on ne peut plus pacifique, où chaque industrie, chaque tâche est géré par l’état. Où chaque citoyen se voit attribuer un travail, selon ses capacités et les besoins de la nation. C’est tout une armée industrielle qui œuvre au bien-être et au développement du pays. Et si l’on va encore plus loin ! La pauvreté n’existe plus, car tous sont égaux, et l’argent lui-même n’existe plus !
Ébahi, Julian va se familiariser avec ce nouveau monde et découvrir, par la narration du Dr et de sa fille, toutes les évolutions sociétales et toutes les différences avec son XIXème siècle natal.

Ce devait être une lecture fort passionnante au XIXème siècle, lors de sa publication, c’est aujourd’hui, en plus, une lecture extrêmement intéressante. L’an 2000 loin derrière nous, on ne peut que jeter un regard en arrière pour constater combien nous sommes loin de l’utopie égalitaire imaginé par Edward Bellamy. Mais c’est également une chance, car cela nous permet d’avoir le regard plus critique et moins acéré que le Dr Leete, qui rabaisse et ne voit que peut, si ce n’est rien, à sauver du XIXème siècle. Si l’on ne peut guère lui en vouloir et juste constater que le capitalisme a défait sa bride, que le fossé entre riches et pauvres est bien loin de se combler et que les guerres, si elles sont différentes de celles de l’époque n’en n’ont pas pour autant disparu, nous pouvons néanmoins relever que les individus ont su ériger des systèmes de défense et continuent de lutter comme ils peuvent pour que la machine « capital » ne les avalent pas tout rond.
Le recul (ou l’avancée, au choix) nous permet également de voir autrement cette utopie qui semble si magnifique, si respectueuse et idéale. Si les idées font bien évidemment rêver (un monde sans riches ni pauvres, sans argent, égalitaire et bien rodé), on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est quand même un poil impersonnel et mécanique, et si la liberté, l’égalité et la fraternité sont de mises dans tous les domaines, on cherche parfois quelle forme a cette liberté.

Les thèmes mis en avant par Edward Bellamy sont on ne peut plus intéressants et l’on finit ce livre en voulant en savoir plus sur l’homme et son influence, sa place notamment dans les milieux ouvriers, socialistes, féministes, car il va sans dire que certaines de ses idées semblent bien en avance et précurseures pour l’époque.

Avec cela le livre se lit tout seul et, comme Julian, on se laisse porter par tous ces changements initiés par les sociétés, stupéfaits de voir qu’en si peu de temps, finalement, il pourrait être possible d’améliorer un peu le sort de tous !

un regard en arrière376 pages
Aux Forges de Vulcain

Marcelline

À propos Marcelline

Chroniqueuse/Co-Fondatrice

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