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Anna Haifisch Schappi couverture

Anna Haifisch – Schappi

C’est bien connu, les publicités ne disent que la stricte vérité. On sait que manger une simple salade rend les femmes heureuse, qu’acheter un parfum de marque fera de nous quelqu’un de hautement canon ou encore que nos vies n’ont pas de sens si l’on ne possède pas un smartphone dernier cri. Côté bouffe pour animaux de compagnie, c’est la même chose : des croquettes haut de gamme garantissent un chat aux poils lustrés, de la pâtée de luxe un chien aux gencives solides comme jamais…
Tout le monde est également d’accord pour affirmer notre société atteinte des sommets de perfections. Que l’on sait parler entre gens civilisés, que l’on est/ nés tous égaux.

Bref, c’est le meilleur des mondes, et Anna Haifisch l’a bien compris. La couverture même de Schappi en est la preuve : détournement de la marque de nourriture pour chiens allemande Chappie, on y voit un cabot au regard triste enserré une gamelle peu ragoûtante de ses pattes faméliques, et laper un jus douteux affublé d’une collerette vétérinaire (aka le collier de la honte).

Les cinq nouvelles animalières regroupées dans Schappi dépeignent très bien notre monde actuel, à la manière de Fables de La Fontaine 2.0. Ici, c’est pareil qu’ailleurs : il y a ceux que l’on écoute et ceux qu’on ignore, des échelles sociales à gravir pour atteindre le soleil et des inégalités bien moches. Les animaux ont beau faire de la politique et tenter de maintenir la paix intraespèces ou encore être des sportifs de haut niveau, le rapport de force entre proie et prédateur demeure toujours. Pire, à la loi de la jungle vient s’ajouter le bourbier sans fin des problèmes humains ! 

Mais on trouve aussi de la beauté et des amitiés qui fleurissent de-ci de-là. Celle d’un vieux lièvre en pleine rédemption avec un poulpe veuf et un coq convalescent.

image Anna Haifisch Schappi Anna Haifisch Schappi image

L’autrice use de l’anthropomorphisme et façonne un livre où l’absurde côtoie la détresse, le comique de situation la poésie. Chaque image est accompagnée d’un texte en bas de page, à la manière des annotations des vieux films muets ou des anciens livres pour enfants (cela m’a rappelé L’histoire de Babar et les vignettes vintages de Benjamin Rabier notamment). Cette construction graphique permet de profiter au mieux des illustrations réalisées d’aplats trichromiques (à l’exception d’une seule, possédant un rythme différent mis en exergue par sa monochromie) et croquées d’un trait un peu tremblotant. Image et texte forment ambiance positivement improbable, tour grinçante et sensible.

Dans Schappi, Anna Haifisch compose avec les animaux pour traiter de la fatalité, de politique, de repenti et fragilité. Quand ils ne sont pas l’incarnation même de la cupidité ou du nombrilisme, ils sont inadaptés et timides. Ses personnages sont souvent chétifs et cabossés (à l’image du chien sur la couverture), victimes de leur passé ou de leurs émotions.  Et c’est ainsi que la plupart galèrent en tentant de se détourner de leurs instincts ou en s’agrippant à la vie moderne de leurs petites pattes griffues. 

Absolument poétique et sans aucun doute satyrique, Schappi est tout simplement un coup de cœur graphique, nimbé d’empathie et saupoudré de cruauté. Un album qui parodie avec justesse notre société, en en capturant les drames merveilleux. 

Anna Haifisch Schappi couverture

Misma
96 pages
Caroline

À propos Caroline

Chroniqueuse

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