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Bruce Bégout – Le ParK

LeParKApprochez, approchez! Vous voulez de l’extrême, de l’ultime, de l’interdit? Alors venez, le Park vous attend…

Qui n’aime pas les parcs ? Je ne parle pas uniquement de ces grands parcs d’attraction dans lesquels des souris géantes vous poursuivent à longueur de journée; il y en a tant d’autres… les Lunapark, bonnes vieilles fêtes foraines, ou encore les parcs animaliers, les parcs naturels, les parcs automobiles, technologiques ou commerciaux. On peut parquer des voitures, des objets, des animaux, des gens. Dans des parcs immobiliers, dans des centres de détention, de rétention (au choix), de protection (aussi). Chaque pays a ses particularités, ses traditions de parcage. On ne parque pas de la même manière que l’on soit russe ou américain, urbain ou campagnard.

Intrigués? Alors suivez les mots de Bruce Bégout. Philosophe, l’homme travaille notamment sur la ville et les espaces de vies. Il nous raconte ici la visite de cet étrange, terrifiant et si attirant parc appelé le ParK. Pour la modique somme de 15 000 dollars (uniquement pour le ticket d’entrée), vous ferez partie des 100 visiteurs par jour autorisés à parcourir l’immense île privée qui accueille la folie visionnaire de Kalt. Vous pourrez commencer par une exposition sur les origines du parcage et ses grands maîtres, vous promener dans les allées du ParK en assistant à un combat à mort entre des réfugiés échappés de leur camp d’internement, participer (virtuellement bien sûr) à la mise au point d’un attentat ou créer une révolution dans un pays pauvre. Peut-être préféreriez-vous découvrir Le Quartier des Solitaires, tentative urbaine unique au monde où chaque être humain est isolé des autres et vit en autarcie totale. Ou encore GTO, attraction inspirée de la fameuse prison pour terroristes islamistes qui pratique la torture assistée par ordinateur.
Quelque chose vous terrifie? Une idée de l’impensable, de l’abject, du glauque, de l’absurde? N’y pensez plus et amusez-vous en, le ParK en a déjà fait une attraction. Vous croiserez des majorettes et des magiciens doublés par un Sonderkommando, vous dormirez et jouerez au craps dans l’hôtel-casino Todeskamp 1. Vous aimez les parades? Celle du ParK vaut le détour: enfants estropiés, bagnards, déportés, drag-queens et Einsatzgruppen se donnent la main en musique.
Mais surtout, surtout, vous aimerez ce que vous verrez et vous ne quitterez pas votre groupe: touristes, mais aussi employés, chercheurs et prisonniers cohabitent ensemble dans cet espace, il serait dommage que l’on vous confonde…

Récit ethnographique, Le ParK donne à penser non seulement sur les enfermements les plus célèbres et les plus évidents qui ont eu lieu au cours de l’histoire, mais aussi et surtout sur tous ceux que l’on ignore, ou dont on ne veut pas avoir conscience, ainsi que leurs conséquences, leurs répercussions sur nos comportements. Terrifié par le tout qui l’entoure, l’être humain a besoin de le délimiter, de le fermer, de s’enfermer « le parcage est la solution pratique à la crainte paralysante de l’Illimité », et le Park répond à cette attente de contrôle en faisant la synthèse de ces parcs, en les mêlant les uns aux autres, floutant les barrières du réel et de l’attraction pour que les visiteurs laissent libre cours à leur fantasmes les plus indicibles, ouvrant une nouvelle voie à l’amusement.
C’est également sur les conséquences pour les constructions sociales que Bégout attire notre attention. Car en transformant tous ces symboles, du plus historique (Auschwitz) au plus banal (centre commercial, environnement de travail) c’est l’interaction quotidienne qui est biaisée, brisée. Cette destruction du quotidien, de rapports normaux entre les gens, au privilège du spectacle, de l’exhibition (malsaine) rajoute encore une barrière à l’enfermement physique/géographique déjà crée par le ParK. De là à évoquer une possible déconstruction de l’humanité… (attendez donc de passer par la boutique souvenirs pour vous faire un avis…)

Le plus terrifiant restant cette sensation, après la dernière page, qui vous fait vous demander jusqu’à quel point ce livre est un roman…

« Les ténèbres de notre âme ne sont que l’ombre portée de la lumière flamboyante du ParK »
Éditions Allia
Marcelline

À propos Marcelline

Chroniqueuse/Co-Fondatrice

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