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Catel & Boquet- Joséphine Baker

Grand retour pour le duo Catel et Boquet, réputé pour leurs excellents albums biographiques sur les existences de femmes ayant marquées leurs époques. Cette fois, c’est autour de la mythique et sauvage Joséphine Baker qu’ils ont crée ce recueil explorant avec une minutie scénaristique et un coup de crayon expressif  la vie pleine de rebondissements de la légendaire célébrité métisse, nous plongeant tête la première dans l’effervescence des années folles, au son endiablé du charleston qui résonne au travers des pages.

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C’est en 1906, le 3 Juin plus précisément, à Saint Louis dans le Missouri que tout commence. Naissance de Freda Joséphine McDonald qui est immédiatement surnommée Tumpie par sa mère à cause de sa ressemblance avec le personnage populaire Humpty Dumpty et de sa frimousse déjà très expressive. Dés le berceau, le bébé sera emmené par ses parents danseurs sur scène, faisant parti du show faute d’être gardé par une nourrice. Le couple se sépare rapidement à la naissance du deuxième rejeton et Carrie, la mère épouse un autre homme à qui elle donnera deux filles.
L’enfance et le quotidien de Tumpie et de sa famille sont rythmés par l’impécuniosité, le fossé social relevant de l’incompréhension inter-raciale menée par les Blancs mais aussi par la danse et la musique, seuls échappatoires ludiques et passionnants accessibles dans les quartiers pauvres de Saint Louis.

Très vite, notre héroïne se démarque par sa force de caractère, ses pitreries incessantes et son besoin de danser à toute heure de la journée. Car elle a ça dans le sang, elle le sait et ne tente pas de le cacher malgré les remontrances sévères de sa mère, de son institutrice totalement désemparée ou encore de son employeuse acariâtre et tyrannique.
Continuant à n’en faire qu’à sa tête, Joséphine se marie à 13 ans, croyant avoir trouvé l’homme de sa vie. Mais très vite la romance tourne au vinaigre et malgré sa célèbre chanson J’ai Deux Amours, elle sera une croqueuse aussi bien d’hommes que de femmes, éternelle amoureuse, femme libre qui ne tolérera pas de prison dorée et encore moins les coups portés sur elle ou sur les autres.
En 1921, elle monte pour la toute première fois sur scène, jouant le rôle d’un cupidon dans un mélodrame (rôle on ne peut plus taillé sur mesure pour elle, lorsque l’on sait à quel point elle a visé-touché le coeur des gens qui croisaient sa route) . De rencontres en rencontres, elle fera parti d’un grand nombre de compagnie et de revues , changeant au rythme des opportunités qui s’offrent à elle. Et des opportunités, elle n’en manque pas, car ses grimaces atypiques et son déhanché sauvage ne passe pas inaperçu auprès des impresarios et des directeurs artistiques.

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Mais la vie de Joséphine Baker n’est pas riche que de la danse et du chant. En effet, la petite Tumpie n’a jamais oublié d’où elle venait ni les conditions précaires de la plupart des gens autour du globe. Grâce à ses spectacles, elle fera le tour du monde (Colombie, France, Japon, Etats-Unis…) et elle sera également reconnue pour ses actions humanitaires auprès des orphelins mais aussi de sa participation d’agent de la résistance lors de la Seconde Guerre Mondiale. Elle en aura eu des rôles importants, profitant de sa célébrité pour lutter contre le racisme, porte-parole de l’émancipation des Noirs, tout en gardant son statut de meneuse de revue et d’actrice quoiqu’il arrive!
Dans sa célèbre demeure des Milandes où elle construit, avec l’aide de Pepito son bras droit, un véritable village autour de la solidarité et de l’égalité des peuples et des moeurs, elle adopte une dizaine d’enfants venus de tous les continents, grandissants dans l’amour, le respect de leurs croyances respectives et dans une ouverture d’esprit que seule Joséphine Baker avait le courage culotté d’affirmer en cette époque. Sa « Famille Arc-en-Ciel » sera le blason d’un éclectisme qui lui est cher, l’incarnation de son rêve de fraternité universelle.

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Le travail fourni par les deux auteurs est gigantesque et mis en page avec une légèreté qui permet de découvrir avec plaisir l’existence tumultueuse de cette personnalité pétillante. Les dessins de Catel, incroyablement expressifs et résolument dans l’esprit de la bande-dessinée franco-belge sont à la hauteur du dynamisme qu’exige l’écriture de la vie de Madame Baker. C’est toute une personnalité qui est mise en mouvement, un charisme charmeur et ensorceleur croqué à l’encre de chine, une existence colorée imagée avec des aplats de noir et de blanc percutants.
Tout le souffle de liberté des années folles, des années 30, du charleston et des Arts Déco, la créativité artistique qui régnait partout et qui explosait bien plus fort que les bombes de la Seconde Guerre Mondiale, tout cela est ici, sous cette jaquette sobre et veloutée, et défile sous nos yeux subjugués. Toute cette force, aussi bien issue des différents contestes sociétales que du caractère de Joséphine Baker, est une véritable leçon morale dont la lecture nous enrichie.
C’est tout bonnement incroyable de voir défiler les célébrités de tout bords qui ont jalonnés sa vie: Grace Kelly, Le Corbusier, Fidel Castro, Colette, Charles de Gaule, Picasso ou encore Martin Luther King… Catel et Boquet n’oublient personne, retranscrivent des bouts d’histoires dérobées, des passages marquants et des anecdotes savoureuses dans cette biographie si complète qu’on en a la tête qui tourne. De plus, le livre s’achève sur une chronologie détaillée de Joséphine Baker mais aussi sur une fiche qui présente chaque personnalités, afin d’aller encore plus loin dans l’étendue du réseau artistique, politique ou philosophique qui s’étendait à cette époque.

Voilà un brillant hommage à cette femme, qui n’est pas juste une danseuse farfelue vêtue d’un pagne de bananes, mais une force de la nature qui s’est donnée corps et âme dans ses passions. Electrique et survoltée jusqu’à la fin, elle n’a jamais fait faux bond à son public, à sa famille ou à ses amis, mettant le feu partout où elle passait, marquant de l’éclat de son sourire chaque esprit.
Un grand bravo à Catel et Boquet, pour leur travail titanesque plein d’émotions fortes et de moments impactants, de leur cran à s’être lancés dans cette biographie osée et fourmillante et surtout au talent avec lequel ils ont su le faire partager.
Aux côtés de la grande Joséphine Baker, on voyage, on danse, on chante jusqu’à notre dernier souffle, on croque la vie à pleine dents sans jamais céder à la peur ou au désespoir même dans les situations les plus difficiles. C’est une belle attrapade à bras le coeur .

 

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Casterman Ecritures
569 pages
Caroline

À propos Caroline

Caroline
Chroniqueuse

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