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Confiteor – Jaume Cabré

confiteor,M118831Il y a des fois des miracles, des fois cela va au-delà. Vous vous promenez tranquillement entre les rayons d’une librairie, quand soudain, au coin d’une table, vous croisez du regarde la tranche d’un livre. Vous sentez comme des fourmis dans le dos, qui remontent le long de votre colonne vertébrale jusqu’à la nuque. Vous vous approchez, entre timidité et impatience, voir l’objet de ce désir soudain et incompréhensible. Une bibliothèque, un jeune garçon qui attrape un vieux livre, en short, les cheveux gominés, les souliers vernis. Confiteor est entré dans votre vie.

Ce chef d’œuvre (oui je commence fort, mais j’assume, on va essayer d’aller crescendo!) commence en Espagne dans les années cinquante. Il commence en Italie au XVIIème siècle. Il commence à Auschwitz, à Rome, dans l’Espagne inquisitrice de Nicolas Eymerich.
Adrià Ardèvol grandit dans une famille aisée et érudite. Son père, propriétaire d’un magasin d’antiquités à Barcelone, collectionne avec une froide ferveur les objets et manuscrits anciens, et n’attend de son fils qu’une chose, qu’il soit brillant.
Cinquante ans et une vie plus tard, Adrià, polyglotte, professeur d’université, chercheur, se découvre atteint d’Alzheimer. Il décide de raconter son histoire, celle de sa famille, à travers l’histoire d’un violon improbable, d’une médaille sainte protégeant les bûcherons, et d’un bout de tissu, usé jusqu’à la corde. Sa propre vie et celle de ses parents, la création et le trajet de ce sublime violon, l’origine révoltante de la fortune familiale, Nicolas Eymerich, Rudolph Höss.

Roman-fleuve, roman-monstre, tour de force… on a pu lire tous ces qualificatifs à la sortie de cette merveille qu’est Confiteor. Roman qui avoisine les 800 pages, il est sûr qu’il en impose. Mais il ne faut pas croire pour autant que son épaisseur et son ambition en font un livre difficile d’accès. Confiteor est passionnant. On le commence en le dévorant, et on ralentit sur la fin, pour ne pas le refermer trop vite (enfin ralentir autant que faire ce peut!).
Jaume Cabré s’empare de l’Histoire, en tire quelques fils épars et les tissent entre eux, tant dans la narration que dans la langue.
Adrià Ardèvol écrit dans l’urgence, avant de perdre sa lucidité et ses connaissances par millier. Passant du ”je” au ”il” au fil des phrases, construisant son identité en remontant et redescendant le fil du temps, nous transportant d’une époque à l’autre en un espace, Adrià plonge à la découverte des origines, des racines de sa vie, bravant la violence de certaines révélations. L’abject et l’indicible finissent pourtant toujours par prendre le dessus, l’histoire humaine est ainsi faite qu’il est impossible de parcourir cinquante ans sans croiser l’horreur.
Mais en érudit, Adrià ponctue son récit de ses passions artistiques, de la folie de collection des manuscrits qui le prend d’un coup, de la beauté des tableaux, de la profondeur et de l’esthétique de la littérature, de sa passion amoureuse, à qui il semble adresser son texte.
Et bien sûr, la musique. Les sonorités tirées de ce Storioni à l’histoire tumultueuse, de ce violon qui n’appartient à personne, mais qui accompagne un temps un musicien, avant de partir ailleurs.

Sous le regard protecteur du shérif Carson et d’Aigle-Noir, le valeureux chef arapaho, Adrià se confesse, tente d’avoir, avant de perdre tout contact avec la réalité, une emprise sur sa vie, et de comprendre comment tant de beauté et de merveilles peuvent côtoyer, être issu de tant d’horreur.

Prenez le temps, choisissez votre jour pour ouvrir Confiteor, pour le savourer, cela ne durera malheureusement pas, les pages tournent et finissent par s’arrêter, et on ne croise pas souvent un livre pareil. Confiteor est un trésor, et c’est encore trop peu dire.

Actes Sud
767 pages

Marcelline

À propos Marcelline

Chroniqueuse/Co-Fondatrice

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