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Il faudrait pour grandir oublier la frontière – Sébastien Juillard

Les toutes jeunes et participatives éditions Scylla ont donné vie cette année à deux titres Celui qui nous intéresse aujourd’hui est le premier d’une collection au principe pour le moins intéressant et qui lui donne son nom : 111 111. Il s’agit ni plus ni moins de novellas dont le nombre de signes, de la première lettre du titre au point final doit être de 111 111.
Pour inaugurer cet exercice ardu, nous avons la chance de découvrir un texte dont la beauté arrive dès le titre. Il faudrait pour grandir oublier la frontière…

Keren Natanel est un lieutenant de Tsahal, détachée auprès de l’ONU pour enseigner l’hébreu aux femmes gazaouies. Malgré la paix établie depuis quelque temps, le climat entre Palestine et Israël semble des plus fragiles, et les tensions latentes.
Jawad, ingénieur palestinien, fabrique, répare et installe des prothèses électroniques pour les victimes des bombes et autres roquettes, en espérant pouvoir un jour, revoir sa petite fille, morte dans un attentat.
Marwan a trouvé la paix et la rédemption en prison, et œuvre maintenant entre diverses entreprises de biomécanique et la politique, en homme de raison qui veut que cessent les attaques du Djihad et qu’enfin une véritable paix s’installe entre Israël et Palestine.
Bassem a voué son existence au Djihad et vit grâce à la colère et la haine qui alimentent son cœur.
Ces quatre personnages se connaissent, se croisent et s’affrontent, symbole à leur échelle de la multiplicité et de la complexité du conflit israelo-palestinien.

Dans un futur plutôt proche, Sébastien Juillard nous fait une description bien plausible de l’évolution probable au Moyen-Orient. Dans cet affrontement si ancien qu’il est devenu une partie de noter quotidien, de loin, il ne prend pas partie, ne juge pas, mais met en avant des personnages qui ont chacun leur vécu et leurs raisons d’être là où ils sont, de faire ce qu’ils font. Ni manichéisme ni facilité, Sébastien Juillard soulève la complexité du conflit, aussi divers que le sont ceux qui y participent et qui amènent avec eux leurs traditions, leurs religions, leur histoire et leur trouve une place dans la bataille. Il met en avant plus que les causes et les nations les individus et leurs propres motivations, leurs visions et leurs convictions.

« Diviser le monde en catégories, tracer des griller, aimer mieux la carte que le territoire, Jawad, voilà comment pensent les types de son espèce. Ceux qui nous dirigent, les vrais cons du Likoud ».

Au-delà d’un exercice de style très impressionnant (rappelez-vous, 111 111 signes de la première lettre du titre au point final !) c’est un très beau récit humaniste mais loin d’être naïf, car la violence reste plus ou moins latente, et l’espoir est toujours à mettre en suspens dès lors que les humains sont aux commandes, et surtout écrit dans une langue d’une poésie et d’une précision qui donne envie de relire des passage pour le plaisir de voir les mots et les syllabes danser et s’entremêler. Un auteur à suivre donc !

il faudrait pour grandir oublier la frontièreÉditions Scylla
61 pages

Marcelline

À propos Marcelline

Marcelline
Chroniqueuse/Co-Fondatrice

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2 Commentaires

  1. Très en retard (mes quelques étagères neuronales croulent sous des projets de lecture) comme toujours, c’est totalement crispés que mes doigts subjectivement riffaudés ont pu refermer en me laissant estomaqué la quatrième de couverture de cette novella acquise en crowdfounding – et donc dédicacée avec la signature de l’auteur – et vraiment, c’est peu dire que la page 61 vient avec panache (empreinte du coeur dans l’une des paumes, au droit de l’autre main le livre au sol : à pulser fort et clair, longtemps la novella intitulée Il faudrait pour grandir oublier la frontière a heurté une réflexion vagabondant dans ses grilles de lecture), et je confirme que c’est une écriture très sensible, jusqu’à ce point conclusif – lambeaux de juvénile chair brûlée ravie aux divers brimborions de synapses calcinées mêlés au Coran – qui étonnamment ouvre à l’extériorité d’un livre petit par le format, grand (ainsi qu’Allah l’est) par le contenu.

    Pour plus de commentaires : http://le-fataliste.fr/justine/?p=6235

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