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Interview éditeur : Le Peuple de Mu.fr

 

Toute jeune maison d’édition lyonnaise, Le peuple de Mu.fr est une maison spécialisée dans la science-fiction, l’anticipation et l’improbable! Avec des auteurs confirmés comme Alfred Boudry ou Sonia Quemener et de jeunes pousses comme Nicolas Cartelet et J-L Detcherry, Le peuple de Mu annonce un catalogue à suivre! Très dynamique et motivé, Davy Athuil, le fondateur du Peuple, a bien voulu répondre à nos questions sur cette maison jeune et novatrice, qui met en avant le numérique.

 

1/ Qu’est-ce qui vous a décidé à sauter le pas et a créer votre maison d’édition ?

L’envie et l’âge.

Pendant presque dix ans, mon regard s’est posé sur le monde de l’édition et l’envie d’y ajouter une nouvelle pierre. J’ai tout d’abord été attiré par des expériences comme celle du livre numérique et l’idée d’une littérature de qualité à moindres frais. J’ai commencé ma carrière (avant de devenir un RH spécialisé en relations sociales en entreprise) dans un Centre d’Art où j’ai appris que l’apprentissage artistique ne pouvait se faire avec des droits d’entrée élevés. Cette idée, dont j’ai vu les résultats positifs, est extrêmement contemporaine et nous souhaitons la développer tout en permettant aux auteurs de vivre de leur travail.

Pour ce qui est de l’âge, le presque quadragénaire que je suis a préféré vivre avec des remords que des regrets et a donc choisi de se lancer dans une aventure à laquelle il croit et avec des textes qu’il souhaite défendre.

2/ Quelle est votre politique/ligne éditoriale ? Pourquoi avoir choisi de travailler dans ce domaine ?

De la science-fiction, du fantastique, de l’uchronie, de l’anticipation ! À part cela, nos choix se portent sur des œuvres que nous jugeons de qualité (de la littérature pour adolescents à celle pour adultes plus avertis). Dans notre partie réservée à la soumission des manuscrits sur le site, nous indiquons ceci : « Et souvenez-vous : ce que nous aimons, c’est qu’on nous raconte des histoires… ^_^ » Il s’agit du résumé parfait de notre ligne éditoriale !

Quant au(x) domaine(s), c’est tout simplement parce que notre culture personnelle nous a poussés à proposer des textes que nous étions en capacité de juger dans leurs approches créatives et littéraires. À ce jour, par exemple, nous ne proposons pas d’Heroic Fantasy car ce genre, bien qu’apprécié par notre équipe, ne nous est pas familier au point de prétendre en éditer.

3/ Vous avez débuté avec le numérique, pourquoi ce choix ? Comment en êtes-vous venu à proposer un double catalogue numérique/papier ?

Au moment de nous lancer, nous avons choisi un média qui nous parlait car représentatif de notre culture générationnelle (fin du X et début du Y). Toutefois, nous avons toujours pensé que le papier et le numérique ne pouvait pas aller l’un sans l’autre mais… il fallait bien commencer et le numérique a donc eu notre préférence. Par la suite, nous avons contacté quelques lecteurs et entrepris des discussions avec l’ARALD (Agence Rhône-Alpes pour le Livre et la Documentation) sur le sujet du papier et du numérique. Les lecteurs nous ont appris que le numérique les intéressait pour leurs déplacements mais que rien ne valait un bon bouquin assis dans son fauteuil à la maison.

Le raisonnement était plus qu’entendable et nous avons alors décidé de nous lancer dans le papier avec l’idée que nous devions réduire notre empreinte écologique (fabrication, stock pilon, tout cela a un coût qui va bien au-delà de la fabrication d’une liseuse dans laquelle vous pouvez stocker de nombreux ouvrages). Nous nous sommes alors tournés, comme dans de nombreux pays déjà, vers des solutions de fabrication des livres à la demande (POD).

Mais si je commence à en parler, l’interview va durer des heures…

4/ Quelle est la place de l’édition numérique aujourd’hui selon vous ? Quelle pourrait être son évolution ?

La place du numérique aujourd’hui est limitée (sauf pour les œuvres gratuites qui, elles, cartonnent au téléchargement). Tant que l’édition ne comprendra pas et n’analysera pas les erreurs commises par l’industrie du cinéma et de la musique, le livre numérique aura peu de chance de trouver sa place. Pendant des années, les petites maisons d’édition ont pu travailler sereinement en étant « embarquées » dans le sillage des éditeurs plus importants. Aujourd’hui, la politique du prix élevé du livre numérique faite par ces derniers, les retards de la SOFIA quant à la gestion, et donc la présence, des livres numériques en bibliothèques, la guerre officieuse entre les tenants d’un tout papier et d’un tout numérique, etc. bloquent le développement de solutions littéraires multiplateformes adaptées à l’évolution des habitudes de lectures. Il n’y a pas d’un côté les modernes et de l’autre les solutions du passé. Ces notions caricaturales empêchent de réfléchir aux complémentarités et, pour une petite part, aggravent la crise du secteur du livre. Je n’ai sans doute pas le temps de développer aussi les solutions pour que les librairies ne soient pas exclues des solutions numériques. Celles-ci doivent y trouver une place que nous, éditeurs, distributeurs et diffuseurs, devons leur donner…

5/ Sentez-vous encore une frilosité des lecteurs envers le numérique ? Des auteurs qui préféreraient être publiés en papier ?

À titre personnel, je ne sens aucune frilosité de la part des lecteurs mais il est vrai qu’il n’en va pas de même pour certains auteurs. Les lecteurs ont compris l’utilité de la liseuse (je ne parle pas des tablettes… je vais être encore trop long) et les possibilités qu’elles avaient : modification de la taille des polices, dictionnaire intégré, nombre important de livres en mémoire etc.

Les auteurs, et cela peut se comprendre, sont, pour certains d’entre eux, dans une approche autre du livre. Je peux me tromper mais je crois que le livre physique reste un objet d’accomplissement créatif rendant hommage à leur travail. Dès lors, l’immatérialité peut être ressentie comme n’étant que du vent.

6/ Le numérique et le papier peuvent-ils cohabiter ?

Évidemment ! Il y a les adeptes du numérique, les adeptes du papier et ceux qui aiment les deux pour les raisons susmentionnées. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui ont le plus de mal à se retrouver dans le marché du livre aujourd’hui. En effet, bien qu’ils achètent la même œuvre, ils sont obligés de la payer deux fois pour l’avoir en papier et en numérique (et je ne parle pas des autres solutions qui existent). L’une des clefs du développement serait de proposer aux lecteurs une solution innovante qui permettent de respecter le prix unique du livre et de garantir des droits d’auteurs suffisants (et forcément différents entre le papier et le numérique) et nous pensons, à tort peut-être, qu’elle est assez simple : un livre papier+numérique (avec toutes les solutions possibles de codes de téléchargement) à un prix unique et la possibilité de ne vendre que la version numérique si cette dernière représente le tiers du prix de sa version papier+numérique.

7/ Pourquoi avoir choisi de mettre dans votre catalogue numérique des classiques comme 20.000 lieues sous les mers, Le portrait de Dorian Gray ou Belphégor ?

Et bientôt (même si nous sommes très en retard), Histoires Extraordinaires d’Edgar Allan Poe. Ces livres numériques gratuits s’inscrivent dans une logique de promotion de la culture de l’imaginaire « libre de droits ». L’idée est de permettre l’accès à ce répertoire classique et donner l’envie d’en découvrir plus. Cette action entre dans une logique plus large et citoyenne. En effet, nous organisons avec Alfred Boudry des ateliers d’écriture dont les textes, chaque année, sont réunis dans un recueil mis en vente la première quinzaine de décembre au profit d’une association. L’année dernière avec Ukronium1828, pour le Secours Populaire, et cette année, en lien avec l’organisation des Intergalactiques de Lyon, nous avons choisi Emmaüs comme bénéficiaire.

8/ Pensez-vous vous ouvrir vers des auteurs étrangers à l’avenir ?

Notre premier travail est de promouvoir les auteurs francophones de l’imaginaire. Dès lors, nos projets se tournent plutôt vers la traduction de leurs œuvres dans une autre langue. Ce que nous espérons pouvoir proposer fin 2015.

En revanche, nous ne sommes pas sectaires au point de refuser tout ce qui n’aurait pas été écrit et pensé dans la langue de Rostand (oui, je le préfère à Molière). Il s’agit juste aujourd’hui de se concentrer sur nos auteurs, notre ligne éditoriale, tout en restant ouverts à de nouvelles idées.

9/ Comment choisissez-vous les textes, les auteurs avec lesquels vous allez travailler ?

Nous choisissons d’abord les textes qui nous racontent des histoires (on a de la suite dans les idées), qui nous transportent et/ou nous font réfléchir. Vient ensuite, si le texte est sélectionné, le contact avec l’auteur et, généralement, une longue discussion sur son travail. Nous présentons plus largement également la maison d’édition ainsi que le contrat qui est décortiqué avec l’écrivain afin que toutes ses questions trouvent une réponse avant qu’il y appose sa signature. Si tout est en règle et que le courant passe avec l’auteur, alors nous nous engageons dans l’aventure éditoriale de son travail.

10/ Comment se passe le travail avec l’auteur depuis la sélection de l’ouvrage jusqu’à sa sortie ?

C’est le principe de concertation qui prévaut pour l’ensemble de la chaîne de création du livre et de sa communication. De la couverture, au corps du roman (et ses nécessaires corrections) en passant par les communiqués de presse, tout est discuté et validé par l’auteur, partie prenante du travail éditorial qui est réalisé autour de son œuvre. Nous essayons d’être présents à chaque instant aux côtés de nos écrivains (même si, dans les faits, il n’y a qu’eux pour vous dire si nous y arrivons).

11/ Un coup de projecteur sur une sortie plus ou moins proche ?

L’illusion du contrôle, nouvelles implausibles de Sonia Quémener ! Ce recueil de nouvelles présenté en avant-première aux Intergalactiques de Lyon sortira le 15 novembre prochain. Co-traductrice de H.P. Lovecraft pour Bragelonne (Cthulhu, le mythe – 17 février 2012), Sonia Quémener a également collaboré au magazine Fiction. L’illusion du contrôle, nouvelles implausibles est son deuxième recueil de nouvelles (le premier, Paysages d’après, est paru aux éditions Lacour-Ollé en 2013) et un coup de maître plongeant le lecteur dans des histoires burlesques, oniriques ou encore épiques mais où, toujours, il sera amené à redéfinir sa place sur Terre, dans le système solaire ou dans notre univers connu…

La couverture du recueil a été confiée à deux grands artistes de l’âge d’or du Comics en France (les années 70/80) : Bill Reinhold (Batman, The Punisher et plus récemment, chez Soleil, Van Helsing contre Jack l’éventreur – tome II) et Linda Lessmann Reinhold (Fantastic Four, Spider-Man, Silver Surfer) dont le travail a fait l’objet d’une rétrospective lors du festival LyonBD 2014.

Et pour vous donner encore plus envie de le lire, voici le texte de la quatrième de couverture :

« L’humanité est née le 31 décembre à 23 heures, 59 minutes et 46 secondes sur le grand calendrier de l’univers. Quatorze secondes d’existence. Qu’avons-nous fait de ce quart de minute ? Qu’avons-nous réalisé en regard de la progression du cosmos ? Face aux retombées du Big Bang, notre conscience ne pèse pas lourd et se perd dans une multitude d’évolutions possibles. Qui sommes-nous ? Pourquoi sommes-nous là ? Et où allons-nous ? D’une Terre médiévale burlesque à l’autre bout de la galaxie, des inquiétudes rongeant la matière noire à la satisfaction pré-mortem d’un insignifiant rouage, Sonia Quémener nous emmène sur les chemins de nos réponses subjectives, personnelles… et inutiles à la marche infinie des choses. Tout ce que nous contrôlons finit par nous échapper, indubitablement. — Ah, parce qu’on aurait à un moment contrôlé quelque chose ? »

12/ Quel(s) texte(s) auriez-vous aimé publier ?

L’intégrale de Stefan Wull ! Mais je crois que nous avons été pris de vitesse par nos confrères de Bragelonne.

13/ Quel(s) texte(s) êtes-vous fier d’avoir porté ?

À l’heure où je vous parle, à la vue de notre catalogue, nous sommes fiers de l’ensemble des textes que nous avons porté. De l’anticipation (FURY), en passant par un Space Opera homérique (Néagè), du fantastique historique (Le Sang de Robespierre), ou encore de la science-fiction (Exploration Totale) et aujourd’hui un recueil de nouvelles aux allures de Métal Hurlant (L’illusion du contrôle, nouvelles implausibles), nous sommes heureux de les avoir édités.

Nous sommes également fiers d’avoir des auteurs francophones de qualité comme Alfred Boudry, Nicolas Cartelet, JL Detcherry ou Sonia Quémener, et surtout d’en avoir d’autres qui arrivent en 2015… mais chut, nous vous en gardons pour la prochaine interview.

 

Le peuple de Mu.fr

À propos Marcelline

Marcelline
Chroniqueuse/Co-Fondatrice

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