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J.C Amberchele – Tout perdre

Tout perdre, c’est des bribes de vie, des morceaux d’existence, éparses et sans liens apparents, comme les pièces d’un puzzle avant de le commencer. C’est l’histoire de Mel qui croise le chemin de Hank, mais aussi d’Alex ; l’histoire de Jarrold, qui lâche sa vie urbaine pour les montagnes du Colorado, mais aussi celle de Toni ; sans oublier Dwight, qui lui, ne cesse d’en raconter, des histoires.

Tous ont vécu un traumatisme dans l’enfance ou à l’adolescence. Tous, d’une manière ou d’une autre, sont en rupture avec leur passé et ont pris un nouveau départ. Sauf qu’on ne peut jamais totalement couper les ponts avec le passé, qu’il est ancré en nous qu’on le veuille ou non ; et la rédemption, le pardon, le mensonge, l’amour ou la colère n’y changeront rien. Les évènements du passé font partie intégrante de celui ou celle que l’on devient. Et ça, Mel l’a bien compris. Quand à l’âge de dix-huit ans elle se retrouve une arme pointée sur la tête, le corps de son père gisant à ses côtés, son destin, en même temps que celui d’Alex, a déjà basculé.

Il n’est pas question de bien ou de mal, seulement de situations que personne ne maîtrise totalement, d’évènements qui n’arrivent pas qu’aux autres.
Il n’est pas question de victimes ou de coupables, seulement d’existences humaines qui s’entrecroisent, se répercutant les unes sur les autres.
Il est question de rencontres, d’apprivoisement mutuel, de liens qui se tissent bon gré, malgré. Surtout malgré, parce que chacun des personnages traine derrière lui un passé difficile à partager.

De la Pennsylvanie au Colorado, du Colorado au Mexique en passant par le Nouveau Mexique, l’auteur entrelace les trajectoires des uns et des autres, nous laissant le soin d’assembler les pièces de son puzzle narratif. On traverse les lieux et les époques, suivant les personnages de près ou de loin, dans leur parcours, leur questionnement, en quête d’eux-même et de leur avenir.

J.C Amberchele, condamné à la prison à perpétuité, semble avoir écrit ce livre l’esprit apaisé, libéré des tourments qui ont pu l’habiter. Ce texte porte en lui l’idée que de tout malheur nait un nouvel espoir mais aussi que c’est en acceptant le passé et ses erreurs qu’on s’en libère.

Publié en 2002 aux États-Unis, alors que l’auteur avait la soixantaine passé, ce roman est paru une première fois en France sous le titre Le prix à payer. Cependant, une réédition n’est pas de trop pour faire émerger Tout perdre à la surface du flot de la rentrée littéraire et (re)découvrir une écriture solide, équilibrée et empreinte d’une certaine pudeur. Un premier roman qui n’a l’air de rien mais qui laisse dans son sillage une douce (mais forte) tranquillité d’esprit.

Tout perdre Ambercheleéd. La manufacture de livres, 2015
240 pages
trad. Philippe Aronson

Pauline

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Chroniqueuse

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