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James McBride – Miracle à Santa Anna

En 1983, Hector, un afro-américain employé des postes, sans histoire, menant une vie parfaitement normale, abat de sang froid, avec un vieux 38. datant de la Seconde Guerre Mondiale, un homme venu acheter un timbre. Dans l’appartement d’Hector est retrouvée la tête d’une statue visiblement d’origine italienne.
Hector, qui dans une autre vie, du moins dans sa jeunesse, fit partie d’une escouade de quatre soldats, perdus quelque part en Italie, des soldats, afro-américains qui tombèrent en décembre 1944 sur un enfant qui ne parlait pas, puis sur un village, Santa Anna, qui semblait n’attendre qu’un miracle.

Roman qui fut adapté au cinéma par Spike Lee et que la France, pour une obscure raison, refusa de diffuser dans les salles de cinéma, revient sur l’histoire des troupes afro-américaines qui étaient en Italie pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’auteur s’intéresse à leurs conditions, leurs traitements par leurs supérieurs blancs. Il met en avant également la perception du conflit par ces soldats noirs ou encore cette interrogation quant à l’accueil de ces soldats afro-américains par les italiens qui souvent fut plus chaleureux que par leurs confrères blancs américains. Le traitement complet de toute une période de l’histoire qui marqua beaucoup d’esprits mais que les livres d’Histoire n’ont pas ou peu retenu.

« La campagne au sol menée par les américains dans le centre de l’Italie en décembre 1944 ne fut en rien comparable aux autres batailles qui se déroulèrent en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale. La France avait ses collines vallonnées, ses beaux villages, ses vastes paysages où il était facile de repérer l’ennemi, et ses romantiques combattants de la Résistance ralliés aux américains du général Marshall. L’Allemagne avait sa neige et ses noires forêts, sa large étendue de toundra déserte où le général Patton, à la tête de ses tanks et de ses troupes faisait l’admiration des correspondants de guerre qui le suivaient, A.J.Liebling et Ernie Pyle. Dans le centre de l’Italie, en revanche, les combats avaient lieu loin du regard du public, dans la nuit, dans l’hiver et le froid, dans la noirceur chaotique. »

Ce livre est né des souvenirs de l’auteur, des souvenirs des histoires racontées par son oncle qui avait prit part au conflit. Des histoires qu’il racontait souvent le soir et que le jeune James McBride ne retenait pas, ça ne signifiait pas grand-chose pour lui à l’époque. Mais outre ses vagues souvenirs d’histoires, l’auteur fut surtout marqué par la fierté de son oncle, cette nostalgie qui se dégageait de lui à l’évocation de ce qu’il avait fait là-bas et de l’amitié et de l’entente qu’il avait pu avoir avec les européens. Ces quatre soldats sont la matérialisation de ses souvenirs, et l’enfant l’espoir d’un avenir plus radieux pour tous. Un texte poignant, drôle et haletant qui mêle avec brio le roman de guerre, d’aventure et les thèmes universels que sont la fraternité et la bonté.

« L’oiseau du bon dieu » est indéniablement un grand roman américain, mais “Miracle à Santa Anna” confirme que James McBride est un immense conteur et un incroyable auteur. Un écrivain qui apporte de nouveaux horizons à la grande littérature américaine, qui sait pousser vers le firmament sa qualité d’écriture et la tension narrative qui parcourt ses textes.

poche og1Gallmeister,
Collection Totem,
Trad.Viviane Mikhalkov,
325 pages.
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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