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Jason Shiga- Demon

Voici ma première plongée avec Demon dans l’univers de Jason Shiga, auteur de bande-dessinée totalement barré à l’humour bien noir et aux scénarios d’une inventivité folle comme je les aime. Mise en apnée aux premières pages, puis reprise de mon souffle en m’écriant “mais ce bouquin est génial”, voilà en quelques mots l’effet qu’a produit la lecture de cet album sur mon humble personne, c’est vous dire.
Tout d’abord accessible sous le format web-série, Demon est actuellement publiée simultanément par les Editons Cambourakis et First Secondes depuis Octobre et promet quatre volumes haletants et fous.

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On y trouve Jimmy Yee, personnage récurent dans le travail de Jason Shiga; comptable à la vie monocorde, ayant perdu femme et fille dans un accident de voiture, il est un poil déprimé dans sa chambre de motel pouilleuse. Plus qu’un poil même, puisqu’il décide tout bonnement de mettre fin à ses jours en utilisant le noeud coulant. Mais voilà qu’il se réveille quelque temps plus tard dans cette même chambre… toujours en vie.
Pareil au fameux mythe de Sisyphe, Jason Shiga se la joue Camus des temps moderne avec un personnage faisant face à l’absurdité cyclique de l’existence mais aussi et surtout de la mort. Mort qui n’apparaît pas ici comme une finalité en sois mais comme un réveil avec la pâteuse. Pas démotivé pour autant, Jimmy Yee re-tente de se tuer, sans plus de sucés; balle dans le crâne, lame de rasoir, overdose de médicaments, il varie les plaisirs pour en finir une bonne fois pour toute, jusqu’à ce qu’il décide de carrément se jeter sous les roues d’un énorme camion.
Pas de chance pour lui, le suicidaire chronique se réveille dans un lit d’hôpital avec une légère commotion, auprès d’une jeune femme prétextant être sa fille alors qu’il ne l’a connait ni d’Eve ni d’Adam. Le mystère s’épaissie mais Jimmy ne se laisse pas engluer pour autant, bien décider à trouver ce qui cloche avec ses résurrections impromptues et pourquoi on lui attribut une identité qui n’est absolument pas la sienne.

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Les actions s’enchainent, et voilà qu’il se retrouve assis à l’arrière d’une voiture de police et accusé de complicité justement avec Jimmy Yee, qui après avoir braquée une banque s’est pendu dans une chambre de motel. Et là, c’est le flash: il comprend qu’en plus d’être complice avec lui-même (encore heureux) il n’est rien de moins qu’un démon. Ce genre de petit démon qui squatte dans le corps des gens et s’accapare leur enveloppe charnelle sans demander l’avis de personne. Ainsi, Jimmy récupère le corps-vaisseau de la personne qui se situe le plus proche de lui lorsqu’il meurt, tout en conservant ses souvenirs et sa mémoires propres. Bientôt, il va être recherché par les services secrets puis enfermé dans une prison hautement sécurisée avec visiblement plus aucune chance de filer entre les doigts de quiconque…

Jason Shiga mixe avec un humour grinçant délicieusement piquant polar-exorcisme et casse-tête-logique dans ce premier volume de Demon, avec ce personnage désabusé et à la morale louche qui n’hésite devant rien pour arriver à ses fins. Fin stratège, il trouve toujours une solution pour se foutre en l’air, quitte à se fabriquer un couteau avec un bout de papier-toilette et du sperme séché.
Pas besoin de style ampoulée pour le dire, cette série est une pure tuerie dans tous les sens du terme. C’est ingénieux et tortueux, intelligent et bien huilé, osé et original. Polar-possession, Demon est un puzzle complexe où chaque pièce prend sa place avec une aisance narrative maitrisée. Sous des allures de cartoons, Jason Shiga réinvente la bande-dessinée avec un style simple et efficace: s’inspirant de la pop-culture et ne reculant pas devant les bonnes moeurs, il se lâche et ça fait tout simplement plaisir à lire.

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Editions Cambourakis
176 pages
Caroline

À propos Caroline

Caroline
Chroniqueuse

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