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Linnea Sterte In-Humus

Linnea Sterte: In-Humus

Imaginez un instant que les univers de Moebius, de Nausicaä de la vallée du vent d’Hayao Miyazaki et d’Amer Béton de Taiyou Matsumoto se rencontrent, ne forment qu’un seul et unique tout, une seule histoire. C’est cet ensemble à l’onirisme délicat et fragile que l’artiste suédoise Linnea Sterte est parvenu à crée dans sa toute première bande-dessinée au nom organique révélateur: In-Humus, qui lui a même valu une nomination aux prestigieux Eisner Awards (prix de la Bande-Dessinée décerné aux Etats-Unis).

La lente chute du corps inerte d’une baleine blanche, qui tombe des cieux pour venir s’échouer sur les abysses d’une terre, est le point de départ de l’histoire. Autour de cette carcasse s’actionnent différentes strates et cultures qui vont chacune l’exploiter selon leurs coutumes et besoins. Il y aura les Carnasiers qui découperont directement dans les chairs afin de se nourrir, les Tailleurs d’Os qui sculpteront des objets délicats et mystiques dans son squelette, les Barbares qui viendront s’armer de ses restes pour conquérir une terre paisible, et enfin l’Entomologiste qui prélèvera des échantillons de tout cet écosystème, allant puiser jusqu’à la source même de la vie.

Linnea Sterte décrit une diversité foisonnante végétale et animale, venant s’activer autour du cadavre, dont la mort permet de créer et de sauvegarder la vie. A la manière de l’humus, issu de la décomposition de la matière organique et venant créer la couche supérieure de la terre, ce cétacé céleste devient la ressource première des bactéries, animaux, humains et végétaux qui vont s’en nourrir ou bien y puiser leur survie physique et mémorielle. 

C’est tout le cycle de la vie qui est représenté de manière quasiment muette à travers ces quelques 150 pages où les planches aux aplats pastels tendres viennent souvent s’étendre en illustrations pleine page. L’immersion est totale, silencieuse, à la fois aquatique et céleste. L’auteure distille un écosystème complet, vulnérable tout en étant sauvage, avec son mode de fonctionnement propre. Elle illustre des concepts tels que la religion, l’art, la chimie, la guerre et la survie, tout une véritable philosophie d’existence s’actionnant autour d’un monde imaginaire nébuleux.

L’Entomologiste tentera de comprendre tout cet environnement en replaçant, à la manière de l’Homme contemporain, les merveilles qu’il a prélevées et arrachées de leurs habitats afin de les exposer entre les murs froids d’un musée, sous les yeux curieux des visiteurs. Mais le vrai secret leur restera caché, le pourquoi de l’origine de toute chose ne saura être révélé aux yeux de ces hommes trop détachés de leurs racines.

Sur cette planète aux codes, à la faune et à la flore faisant écho à notre propre Terre, Linnea Sterte fait flotter les orques aux côtés de colibris, les hippocampes auprès des perroquets. C’est comme si l’eau et l’air n’était qu’un seul élément, défiant la gravité qui cloue les hommes au sol. La fécondité et le renouveau à travers la mort forment une boucle sans fin, la vie des étoiles et la poésie de l’univers sont dessinés entre les pages d’In-Humus.

Editions de la Cerise
148 pages
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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