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Ned Vizzini – Tout plutôt qu’être moi

Tout plutôt qu’être moi ou It’s kind of a funny story (titre original du roman sous lequel il a été adapté au cinéma) traite du délicat sujet qu’est la dépression adolescente. Ned Vizzini en parle en connaissance de cause, à travers Craig, un ado pour qui le quotidien est devenu une épreuve. Avec un certain recul et non sans ironie, il nous raconte comment ce que l’on fait d’ordinaire sans réfléchir devient un lutte permanente contre soi-même. Oui, ce sujet pourrait fort bien être plombant mais Ned Vizzini a su mettre une certaine légèreté et des notes d’humour dans cette partition aux allures dramatiques.

Hé, qu’est-ce qui te tracasse, soldat ?
Je suis incapable de dormir ou de manger, chef !
Et si je te trouais la peau, soldat, ça te motiverait un peu ?
Difficile à dire, chef ! Je ne pense pas que ça m’aiderait à manger ou dormir, je serais simplement lesté par le plomb (…)

“La vie n’a rien à voir avec le fait de se sentir mieux ; il s’agit seulement de faire face.”

Ça, c’est le genre de petite voix intérieure qui intervient dans les pensées de Craig quand il tente de remettre les choses à leur place. Une sorte de prise de conscience mêlée d’impuissance.

Disons-le, Craig – lui-même le sait – n’a jamais été un tombeur, et n’est pas connu pour son aisance et sa popularité auprès de ses camarades. Mais avant, Craig vivait sans trop se poser de questions. Son seul objectif était de réussir l’examen pour intégrer un des lycées les plus cotés de New-York : l’Executive Pre-professional. Et il a réussi avec brio.

Sauf que voilà, il s’est laissé dépasser par les évènements. Depuis qu’il fait partie des “futurs leaders”, il est constamment sous pression et son existence est devenu un enfer. “C’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à qualifier de tentacules certaines choses à accomplir. Et il y en avait beaucoup. J’aurais dû en couper. Mais je n’y arrivais pas, ils étaient bien trop forts et j’étais comme prisonnier de leur étreinte étouffante.”

Craig est sans cesse malmené par ce mélange étrange d’ambition et d’apathie. Il se raccroche à ses petites habitudes, ça le rassure, mais il a de plus en plus de mal à gérer le monde extérieur. Il ne mange plus, ne dort plus, est obnubilé par ses études et Nia, la copine de son meilleur pote. Il avance avec une chape de plomb sur les épaules, un bloc de ciment dans l’estomac et un vélo qui ne cesse de tourner dans sa tête.

Persuader que tout son avenir se joue ici et maintenant, il se laisse envahir par la peur d’échouer et se retrouve très vite dans l’incapacité de faire face à la situation. Il se fait alors admettre à l’hôpital Argenon, où il atterrit, pour des raisons psychiatriques, certes, mais également logistiques, dans un service normalement réservé aux adultes pour des séjours de courte durée : l’unité Nord Six.

Et c’est là qu’on se laisse définitivement embarquer aux côtés de Craig, dans des situations aussi tragiques que comiques.

C’est là aussi qu’il va faire la rencontre de Noelle, une des rares ados du service, d’Humble, qui parle et débat à tous sujets, de Bobby et Johnny, anciens toxicos, de Muqtada, avec qui il partage sa chambre, de Jimmy et son sempiternel “ça t’tombe dessus !”, d’Armelio, surnommé “le Président”… et bien d’autres adultes à “la vie déglinguée depuis longtemps”. Tous sont aussi attachants que perturbés et la plupart, bien qu’en décalage avec la société, sont assez lucides sur leur propre compte. C’est donc parmi eux que Craig va tenter de reprendre sa vie en main…

Ned Vizzini nous raconte ainsi la “drôle d’histoire” d’un adolescent qui pensait prendre le chemin idéal pour assurer son avenir mais qui se retrouve submergé par des objectifs qui ne sont pas les siens mais ceux d’une société aveuglée par la réussite économique. Si certains passages peuvent laisser un peu sceptique, il ne faut pas s’y arrêter ; Tout plutôt qu’être moi reste un bon roman sur l’adolescence et la difficulté de grandir.

Son adaptation cinématographique par Anna Boden et Ryan Fleck vaut également le coup d’œil !

Tout plutôt qu'être moi - Ned Vizziniéd. La belle colère, 2016
397 pages
trad. Fanny Ladd et Christel Gaillard-Paris

Pauline

À propos Pauline

Chroniqueuse

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