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R.J Ellory

Cinq livres importants – Par R. J. Ellory

Pour moi, la chose la plus importante dans un roman c’est l’émotion qu’il suscite. La raison pour laquelle j’écris ce sur quoi j’écris est tout simplement l’opportunité de pouvoir écrire sur de réelles personnes et la façon dont elles gèrent les situations réelles. Il n’y a rien de plus intéressant dans la vie que les gens, et une des choses les plus intéressantes chez eux est leur habilité à affronter une difficulté et survivre. Je pense que j’écris des « Drames Humains », et dans ces drames je sens que j’ai une toile assez grande pour peindre la totalité du spectre émotionnel de l’homme, c’est ce qui attire mon attention. J’ai entendu une fois que les récits non-fictifs ont pour but de transmettre des informations, alors que la fiction a pour but de susciter une émotion chez le lecteur. J’aime les écrivains qui me font ressentir quelque chose – une émotion, quelle qu’elle soit – mais je veux ressentir quelque chose en lisant le livre. Il y a des millions de bons livres édités, tous très bien écrits, mais ils sont mécanisés dans leurs développement et dans leurs style. Trois semaines après les avoir lu vous ne vous rappelez plus rien d’eux. Les livres qui m’ont vraiment touché sont ceux dont je me rappelle des mois plus tard. Je ne pourrais pas me rappeler des noms des personnages ou des subtilités de l’intrigue, mais je me rappelle des émotions qu’ils m’ont procurés. Pour moi, c’est le plus important. La connexion émotionnelle. Bien sûr, choisir cinq livres n’est pas chose aisée – en fait c’est presque impossible – et donc je dois commencer avec cette émotion « directrice ». Cet aspect – le pouvoir que l’écriture possède à faire ressentir des choses qu’on n’aurait pas ressenties ailleurs- est peut être la raison la plus vitale à la fois pour la lecture et l’écriture. Donc, pour choisir cinq livres, j’ai dû prendre un moment et réfléchir aux livres dont je me rappelle la lecture, et spécialement ceux qui m’ont fait ressentir quelque chose – même maintenant, même des années plus tard – je m’en souviens clairement. Les voici :

Shining – Stephen King :

J’avais treize ans. J’étais malade, j’avais la varicelle à l’internat. Pour éviter de contaminer les autres j’étais en quarantaine. La pièce où j’étais avait douze lits, et j’étais seul. La porte était fermée. A travers le hublot rond de la porte je voyais un long couloir carrelé d’un damier noir et blanc. Chaque fois que j’entendais des pas j’allais voir à la fenêtre, mais quand je regardais il n’y avait personne. Je n’ai pas bien compris une partie du livre. Par contre, la moitié que j’ai comprise m’a glacé le sang. Peut-être que c’était vraiment la première fois que je me rendais compte du pouvoir de la fiction et la réponse émotionnelle du lecteur provoquée par celle-ci. J’ai relu le livre récemment et non seulement c’est un bon livre, mais il me rappelle les émotions que j’ai ressenti quand j’avais treize ans.

A propos de courage – Tim O’Brien :

Une collection magistrale de courtes histoires sur le vécu de jeunes hommes dans la guerre du Vietnam écrit par un jeune homme qui était en poste au Vietnam pendant la guerre. Un vrai tour d’horizon de ce que ça a été. Imaginez que vous êtes un adolescent, d’à peine dix-huit ans, et votre ordre d’incorporation arrive. Vous passez un certain nombre de semaines à vous entrainer, et subitement vous vous retrouvez de l’autre côté de la planète. La jungle, la chaleur, les moustiques, la mousson, de la nourriture que vous n’avez jamais mangé avant, tandis que tout ces gens qui parlent une langue que vous ne comprenez pas essayent de vous tuer. Mais O’Brien apporte un tel niveau de réalité à ses récits. Il parle de sa maison, sa petite amie, ses souvenirs d’école – d’autre sujets – et tout cela sert à vous rappeler qu’il était juste un enfant normal avec une vie normal avant que la guerre l’appel. A couper le souffle, puissant, touchant, une collection vraiment brillante.

Nœuds et dénouements –E.Annie Proulx :

Si je considère les romans d’un point de vue très simple, il n’y en a que trois types. En premier il y a les romans de « gare » ou œuvre « alimentaire » pour l’auteur. Ils sont des milliers, très bien écrits, très intelligents, Mais ce ne sont pas des romans que vous avez lu pour la qualité et la subtilité de la prose. Si on vous interroge trois semaines plus tard sur ce que vous vous rappelez concernant ce livre, vous n’en aurez qu’un vague souvenir. Deuxièmement, il y a la « Fiction Littéraire ». Il y a beaucoup de clichés et de snobisme sur ces livres, et ils ne devraient pas. Un bon livre est un bon livre. Une telle chose est tellement subjective qu’il serait presque impossible pour tout le monde d’être d’accord. Cependant, ils ont cette classification « Fiction Littéraire ». C’est le genre de livre qui est souvent critiqué car le style prend le pas sur le fond de l’histoire, mais ils sont magnifiquement écrits. C’est le genre de livre que vous lisez pour la qualité de la prose. Le troisième genre de livre est celui qui arrive à faire les deux. Vous racontez une grande histoire, mais racontez d’une telle manière que cela la rend vraiment unique. Il y a actuellement deux livre d’Annie Proulx – « Les pieds dans la boue », un recueil de ses nouvelles, et celui-ci, « Nœuds et dénouements » – c’est vraiment cela pour moi une prose exceptionnelle avec une grande histoire. J’aime ce livre. Vraiment. Je l’ai lu deux ou trois fois. Je le lirai encore à l’avenir. Je vais le savourer comme je l’ai savouré les autres fois.

De sang-froid– Truman Capote :

Que puis-je dire sur ce livre ? Je l’ai lu quatre fois. Je le relirai encore. Du génie, du génie absolu. J’ai un attachement fort pour ce livre. Ce fut presque un cas classique d’« un homme a un livre comme but dans sa vie », et puis une fois que le livre a été écrit, il n’a jamais plus publié un mot et il s’est mis à boire à mort. Pendant de nombreuses années – simple conséquence de ce livre – Capote était considéré comme étant l’un des plus importants et éminent écrivain américain du vingtième siècle. Je pense que rien ne pourra lui enlever cela. Et puis il y a le « twist » Harper Lee. Lisez l’essai de Norman Mailer sur la relation entre Lee et Capote (amie d’enfance, Lee est l’auteur de « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, le seul livre qu’elle a écrit, et remporté le prix Pullitzer, gagné un Oscar pour l’adaptation au cinéma de son livre ; Capote auteur de « De sang-froid », un livre feuilleton qui a vendu plus d’exemplaire du New Yoker que n’importe qu’elle autre chose dans l’histoire, a généré quatre films, dont deux adaptations du livre et deux biopics sur cette période de sa vie), Et voyez ce que vous en pensez. Un livre étonnant – comme le disait William Shawn «  je pense que ce livre va changer la manière de lire des gens … mais il peut même changer la manière dont les gens écrivent… » Superbe, poignant, magnifique.

Le grand sommeil – Raymond Chandler :

Je me dois d’inclure Chandler. Aucune liste de Grands Livres ne peut être complète sans Chandler. Qu’est ce qui peut être dit ? Un énorme talent. Un maître des mots. Entre Chandler et Hammett la totalité des polars a été révolutionnée. Tous ceux qui écrivent des polars ont une dette envers Chandler. Il a rendu les histoires de détective privé possibles. Et puis il faisait des blagues comme personne. Un génie.

Traduction : Ted

 

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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