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Regeneration – Pat Barker

 

 

 

 

 

 

Regeneration est un roman de Pat Barker publié en 1991.

Le roman traite des soldats anglais traumatisés par les horrors de la Première Guerre mondiale et des médecins qui s’occupent d’eux.

Votre humble narratrice sait ce que vous allez dire : ”Encore un roman sur les Guerres mondiales !” C’est également le reproche que de nombreuses critiques ont adressé à l’auteur à la sortie du livre. Cependant, ce roman n’est pas ”encore un roman sur les Guerres mondiales”. Loin de là.

Pour commencer, il nous présente un tout nouveau regard sur la Première Guerre mondiale. En effet, l’intrigue est centrée sur les patients de l’hôpital Craiglockhart en Ecosse. Les seuls moments où le champ de bataille est évoqué sont dans les souvenirs des patients. Un roman sur la Première Guerre mondiale sans bataille ! Première originalité.

Donc, de quoi traite ce roman sur la guerre sans guerres ? Il met en lumière ces parties de la Guerre qui ne sont traités comme ”dommages collatéraux”. Ces détails relégués dans l’ombre parce qu’ils n’étaient pas assez glorieux pour l’opinion publique. C’est-à-dire, les soldats souffrant de ”shell-shock” (traduit par ”obusite” en français… restons à l’expression anglaise) suite aux expériences traumatiques subies sur le champ de bataille. En 1914, personne ne pouvait vraiment expliquer à ces soldats qui, soudainement, n’arrivent plus à parler ou même à marcher alors qu’ils ne sont pas blessés. Beaucoup les traitent de lâches et les accusent de mentir pour quitter le Front. Les autorités les rapatrient discrètement jusqu’aux hôpitaux spécialisés pour ces patients problématiques.

Cependant, ne vous attendez pas à un exposé sur les troubles traumatiques des soldats pendant la Première Guerre mondiale. Regeneration reste un roman et un roman passionnant ! Tellement passionnant que votre humble narratrice vous conseille de ne pas le lire dans les transports parce qu’il vous fera rater votre arrêt plusieurs fois…

L’histoire commence par la déclaration de Siegfried Sassoon d’arrêter de se battre. Siegfried est pourtant un soldat anglais décoré pour bravoure mais il déclare que la Guerre n’est désormais plus qu’une boucherie qui pourrait être arrêtée et ne l’est pas. La déclaration est émise en 1917, l’année de nombreuses mutineries mais la révolte de ce soldat décoré et respecté par ses hommes inquiète les autorités qui décident d’envoyer Siegfried à Craiglockhart pour qu’il révise ses positions.

Entre Rivers, le docteur chargé de l’hôpital et de soigner ces patients si particuliers. Rivers est un homme dévoué qui fait son mieux pour soigner les hommes placés sous sa tutelle. C’est un des personnages les plus captivants du roman. Rivers ne s’occupe pas seulement pas seulement de Siegfried Sassoon. Il se charge de tous les patients, les rencontre une heure par jour, presque tous les jours et tente de découvrir l’origine de leur maladie ainsi qu’un moyen de les soigner. Chacun des patients montre une facette du ”shell-shock” : certains ne peuvent plus parler, d’autres ne peuvent plus bouger, d’autres ne peuvent plus manger. Tous ont des cauchemars plus ou moins symboliques liés à la Guerre.

Votre humble narratrice profite du dramatis personae pour vous faire part de son coup de coeur personnel : David Burns. Il s’agit d’un des seuls personnages inventé de toutes pièces par l’auteur. Il est également l’un des plus symboliques. Chacune de ses scènes est imprégnée de poésie sombre et désespérée conduisant à une apothéose à la Orphée et Eurydice qui est le plus beau passage du roman.

Ce qui est passionnant dans Regeneration est l’habileté avec laquelle Pat Barker réussit à allier Histoire et fiction. Si vous connaissez vos poètes anglais, Siegfried Sassoon est loin d’être un inconnu, Wilfried Owen non plus. Les deux poètes se sont réellement rencontrés à Craiglockhart, qui a vraiment existé, et de nombreux manuscrits du célèbre poème d’Owen ”Anthem for Doomed Youth” (Anathème pour une jeunesse condamnée, si je peux oser une traduction) ont été retrouvés avec les annotations de Siegfried Sassoon. Plusieurs pages sont destinées au processus de création et de révision du poème que l’on connait déjà dans sa version finale. La première page même du roman commence avec un document historique, la déclaration de Siegfried Sassoon. Avec le personnage, encore une fois historique, de Rivers, le lecteur peut observer le conflit entre la méthode d’analyse freudienne et la méthode ”autogenesis”, préférée par Rivers. Le docteur fait également face à d’autres médecins moins enclins à la patience et à l’empathie envers ses patients.

Un des thèmes les plus intéressants est la place des femmes dans la Guerre. L’un des personnages principaux est une munitionette, c’est-à-dire, une femme qui travaille dans une usine de munitions. Cette position lui donne une meilleure position dans la société : elle gagne plus à l’usine que lorsqu’elle était servante dans le château d’un Lord. Cette libération n’est pas non plus sans prix : le travail à l’usine est fatiguant et répétitif et a de nombreuses conséquences physiques sur sa peau et même sur les dents de son amie (petit clin d’oeil à T.S Eliot et à son poème ”The Wasteland”) La Guerre est également vue de son point de vue : elle voit les hommes défigurés et amputés baisser les yeux devant elle, par honte d’être vus dans un tel état par une jolie fille qu’ils ne pourront plus jamais plaire, elle reçoit la nouvelle que son fiancé a été tué au Front à cause du gaz qui provenait de l’usine où elle travaillait, elle voit le soldat Prior se débattre avec son traumatisme… Encore une fois, c’est un point de vue sur la Guerre assez rare pour être captivant.

Le roman est sans cesse déchiré entre le désespoir, vu le contexte de la Guerre et du traumatisme qui pousse les hommes jusqu’au bout de leurs forces, mais comme le titre l’indique, l’espoir d’un rétablissement persiste, pour quelques personnages seulement, pour un temps seulement.

Il y aurait beaucoup plus à dire sur ce sublime roman. Assez pour remplir un semestre de cours de littérature britannique. Votre humble narratrice ne peut qu’égratigner la surface et vous recommander de tout son coeur : lisez Regeneration.

Regeneration

 256 pages

Penguin Fiction

Anne-Victoire

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Anne-Victoire
Chroniqueuse

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