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Régis Loisel- Mickey Mouse: Café “Zombo”

Périple osé lancé par les éditions Glénat, “Mickey vu par” comporte aujourd’hui quatre volumes des aventures de la célèbre souris (qui fête bientôt ses 90 ans tout de même!) remises au goût du jour par des auteurs français. Après des pointures de la bande-dessinée telles que Tebo, Cosey, Trondheim et Kéramidas, c’est au tour de Loisel de se  prêter au jeu avec Mickey Mouse- Café “Zombo”.

Tout d’abord, penchons-nous sur le packaging attrayant de ce café bien fort: format à l’italienne qui reprend l’esprit des strips de 4 à 5 cases et couleurs évoquant les dessins issus des journaux des années 30-40… Le côté vintage est résolument présent. Et pour cause, Loisel a souhaité rendre hommage à Floyd Gottfredson, célèbre auteur américain de bande-dessinée, reconnu pour ses péripéties Mousiesques au même titre que Carl Barks pour ses histoires Duckiesques.
Mais cette dédicace toute spéciale à ce grand monsieur du 9ème Art ne se contente pas d’être une pâle copie de style. En effet, même si Loisel s’inspire du format horizontal et du graphisme de F.Gottfredson, il remanie le tout à sa sauce, rajoutant notamment cet encrage et ce dynamisme si particuliers que l’on retrouve dans ses oeuvres telles que Peter Pan ou La quête de l’oiseau du temps.

 

 

Mickey et Horace tentent leur chance tous les jours auprès du bureau d’embauche de leur bourgade, s’ajoutant à la longue file de la masse populaire en quête d’emploi. Et comme à l’habitude, ils essuient un refus de la part de l’employeur, sans raison apparente. Bien énervés et agacés par tant d’injustice, ils décident d’embarquer leurs petites femmes pour prendre un grand bol d’air bien mérité auprès de leur pote Donald. Les jours passent, plein de rires et de maladresses rocambolesques et voilà que Mickey, Minie, Horace, Clarabelle et le fidèle Plutot retournent chez eux.
Et là, quel triste spectacle les attends: leur quartier chéri est racheté, maison par maison, par un banquier aussi filou que véreux du nom de Rock Füller qui souhaite tout détruire pour y construire un terrain de golf. Totalement tourneboulés, ils filent chez Dingo afin d’éclaircir ce bazar fort de café, et là, horrible! Leur cher acolyte est littéralement zombifié!
Terrifiés par l’épée de Damocles pesant sur leurs maisonnettes et par l’état inquiétant de Dingo, Mickey et Horace se doutent que quelque chose cloche au delà des apparences. Leurs soupçons sont certifiés lorsqu’ils se rendent compte que l’intégralité de leurs amis et voisins, embauchés pour détruire le quartier et construire le terrain de golf, ont également un comportement bien flippant. Tous sont zombifiés, bavant dans les rues armés d’un moulin un café dont il ne cessent de moudre les grains. Ils se rendent à leur travail ingrat, besognent et repartent chez eux dans cet état second. A la manière du grain qu’ils écrasent, ce sont leurs cerveaux qui semblent moulus!
Bien vite, Mickey et Horace se rendent compte qu’en plus du fiel Rock Füller, c’est leur ennemi de toujours, le vil Pat Hibulaire qui tire également les ficelles de ce complot! Grâce à leur ruse légendaire et leurs petits poings musclés, nos deux héros sauront tirer d’affaire leur quartier et ses habitants, tout en bottant les fesses de Pat Hibulaire et de Rock Füller au passage.

Métaphore de l’aliénation de la classe ouvrière à travers des ouvriers zombifés et démunis, allégorie du trop-plein de pouvoir accordé aux plus riches et vicieux, autant de parabole sont visibles dans ce Café Zombo où Loisel reprend les codes d’un Monsieur Mouse et cie débrouillard pour le plonger dans une société moderne bien réelle.

 

Il ne se contente pas de faire une énième histoire autour du Mickey détective un peu lisse que l’on connait mais y rajoute un véritable contexte sociétal: celui de la Grande Dépression. Le chômage, la pollution, les masses ouvrières manoeuvrées par les plus puissants et le déclin du capitalisme servent de scène à un Mickey plongé dans un monde réel et palpable.
L’univers rural choisit par Loisel, fourmillant de palissades et de bicoques coquettes malgré les déchets, ainsi que le vocabulaire gentiment désuet nous plonge dans cette Amérique laissée pour compte des années 30. Ici, M.Mouse, H.Horsecollar, Mesdemoiselles M.Mouse et C.Cow sont bagarreurs, têtus, débrouillards, un peu maladroits mais surtout terriblement attachants car à travers leurs caractères exacerbés cartoonesques, ils ont réellement quelque chose d'”humain”.
Alors que les plus jeunes vont y voir un Mickey qui se castagne contre les méchants, les adultes y trouvent une critique plus engagée de la société  et de l’aliénation des plus démunis au profit des plus riches,sous fond d’aventure rocambolesque et d’humour potache.

Ce Café Zombo est corsé et nostalgique à la fois. Quelque soit notre âge, il nous replonge dans l’univers des bandes-dessinées Disney avec des personnages iconiques et d’autres hélas souvent mis de coté tels que Clarabelle et Horace. Une bouffée d’air frais se dégage de cette lecture savoureuse: on y retrouve avec plaisir un Loisel aussi bien présent au dessin qu’au scénario, une dynamique rebondissante, un contexte historique assumé et humain, et surtout, surtout des amis d’enfance.

 

 

 

 

 

 

 

Editions Glénat
72 pages
Caroline

À propos Caroline

Chroniqueuse

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