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Rohan O’Grady- Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle

C’est en 1963, au Canada, que Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle a été publié pour la toute première fois. Troisième roman sur les cinq écrits par June O’Grady, mère au foyer qui a préféré se faire passer pour un auteur plutôt qu’une actrice en empruntant le prénom de son mari pour signer ses livres. C’est ainsi que Rohan O’Grady devient son pseudonyme.

Malgré le succès que connaît le livre à sa sortie et son adaptation cinématographique par William Castle, le producteur de Rosemary’s baby, il tombe ensuite dans un oubli quasi-totale pendant plus de trente ans. Aujourd’hui la ligne éditoriale jeunesse des Editions Monsieur Toussaint Louverture (Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris, Tous les hommes du roi de Robert Penn Warren) le replace dans la lumière avec cette mise en page soignée et pointue qui la définit, offrant ainsi une lecture qui séduira aussi bien un public jeunesse qu’adulte tant l’histoire est prenante et extrêmement bien ficelée.

Deux enfants débarquent sur la petite île de Benares, en Colombie Britanique, pour y passer l’été. Christie, petite fille au teint blafard et à l’air pincé est envoyée par sa mère chez la dame aux chèvres pour se remplumer et profiter du grand air. Barnaby, le petit orphelin millionnaire quand à lui vient séjourner chez son oncle Sylvester Murchinson-Gaunt pendant les vacances, lorsque le pensionnat dans lequel il vit habituellement est fermé. Ils n’ont pas encore posé le pied sur la terre ferme que déjà les chamailleries et les bêtises en tout genre fusent de toutes part, promettant de quelque peu chambouler la routine si calme des insulaires. Il faut dire que ceux-ci n’ont pas vu d’enfants depuis des années, leur chère progéniture ayant été emportée par la terrible guerre. Seul le Sergent Coulter en est revenu sain et sauf après avoir été fait prisonnier, sort qu’il considère plus comme un fardeau que comme une bénédiction.

Barnaby est recueilli pendant quelques temps par le gentil vieux couple des Brooks, épiciers vivant dans le musée des souvenirs de leur défunt Dickie et plus que ravis de pouvoir s’occuper de cet enfant, aussi polisson qu’il soit. Christie va donc chez la dame aux chèvres, femme au caractère aussi doux qu’inflexible, bien déterminée à nourrir correctement ces deux gosses de la ville tout maigrichons et ronchons.

Les bagarres, les insultes et les sottises fusent de toute part: vitres cassées, perruche kidnappée, taureau peinturluré, les deux mioches ne manquent pas d’idée et semblent inaltérables.
Mais petit à petit les deux terreurs deviennent inséparables et oublient les pitreries pour s’adonner à des activités plus calmes et sereines. En apparence seulement. en effet, Barnaby dévoile très vite à sa nouvelle amie le terrible secret qui pèse sur sa vie. Son oncle veut le tuer, lui faire la peau comme il l’a fait avec ses parents, afin de récupérer son immense fortune. Et comme il semble avoir un gros faible à tuer à tout de bras les êtres faibles et sans défense, Christie va y passer aussi.

Il lui décrit un personnage horrible, un véritable croque-mitaine qui prend un malin plaisir à le torturer mentalement, à jouer avec ses nerfs et à le manipuler en forçant à être toujours sot sous peine de connaître un destin terrible. Le pire dans tout cela c’est qu’aucun adulte ne le croit quand il tente de dénoncer cette horrible personne; car tous le considère comme extrêmement poli, doux, prévenant et cultivé malgré cette habitude loufoque de toujours se cacher derrière des lunettes de soleil. Même leur Sergent Coulter adoré est plus que sceptique et explique ces histoires par une imagination débordante et un besoin d’attention, bien que l’oncle est la paume des mains étrangement velue…

Ils n’ont pas le choix, ils doivent le trucider avant que ce ne soit lui qui leur fasse la peau. Les plans à la fois naïfs et géniaux s’enchaînent, dans lesquels ils ne reculent devant rien; toutes les solutions sont bonnes à prendre, que ce soit le coup de fusil faussement accidentel ou encore l’hydravion innocemment saboté. Vol, mensonge, chantage et dénonciation sont bons à prendre pour fausser les plans de l’oncle sadique.
Commence alors un duel à mort entre un assassin aguerri et des enfants ignorants tout du crime. Christie et Barnaby sont deux personnages d’enfants se retrouvant propulsés dans une situation d’adulte, avec une absence totale d’expérience qui peut aussi bien être un terrible poids qu’un atout inattendu.

« Pas plus de trois générations plus tôt, les Indiens régnaient donc en maitres à l’endroit exact où, à présent, Barnaby et Christie jouaient. Deux enfants innocents ignorant tout de l’humanité, de son passé, son présent. Deux enfants qui se réjouissaient de trouver des agates, de minuscules coquilles roses, des étoiles de mer mauves et des couteaux jaillissant de leurs trous telles des fées souterraine malicieuse. Deux enfants qui flânaient, heureux, bronzés, occupés à manigancé un meurtre avec une insouciance qui aurait fait pâlir leurs féroces prédécesseurs. »

Rohan O’Grady signe un roman où la mort est omniprésente, plane à chaque page et où l’humour n’est pas en reste. Tout repose sur une subtile frontière entre l’innocence et la brutalité, des personnages aux situations mêmes. Les deux gosses passent leurs journées à débroussailler un vieux cimetière, prennent leur goûter sur le monument aux morts. Le terrible et légendaire cougar Une-Oreille, qui a échappé à une traque terrible après avoir mangé un petit Indien, se voit décoré de colliers de fleurs et inondé de caresses collantes. Car les enfants se persuadent du lien spécial qui les unis au gros félin sanguinaire, et sont bien décidés à lui faire suivre un régime aussi pacifique que drastique de roulés à la cannelle.

Roman oubli puis retrouvé, Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle plaira à tous, jeunes ou moins jeunes, tant il est écrit avec intelligence. Précurseur de la saga des Orphelins Beaudelaires, on y trouve ce côté morbide ironique et cet humour noir à hauteur d’enfants.
Les personnages sont attachants, atypiques et bien construits, tous ont leurs particularités et leurs petits ou trop gros secrets, et tentent de trouver la paix sur cette île isolée et bloquée dans son passé.
Les descriptions de la végétation luxuriante et exotique de la forêt interdite, du rivage torturé et hurlant de la Plage de la Mort mais aussi des animaux sauvages ou de compagnies, des intérieurs cosy et des repas savoureux de la Dame aux chèvres nous plonge tout droit dans une ambiance accrocheuse et envoûtante. 

Ce conte de Rohan O’Grady n’a pas pris une ride, et provoque une vraie addiction: vous êtes prévenu, une fois commencé il est dur de le lâcher avant de l’avoir dévoré jusqu’à la dernière miette!

« Ce devait être un bon sort que celui  jeté par le grand goéland gris qui battait des ailes depuis les eaux phosphorescentes et avait lâché un cri d’angoisse. L’oiseau s’était envolé vers le lointain, peut-être pour toujours, non sans laisser son cri rauque retentir au creux de leurs oreilles et un souvenir gravé à vie : la beauté nonchalante de ses amples ailes flottant dans la chaleur d’une brume d’été, la beauté des algues et du clair de lune et des vents salés et des morceaux de bois projetés çà et là par la tempête. »

Image Rohan O’Grady Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Editions Monsieur Toussaint Louverture
Collection Monsieur Toussaint Laventure
Traduit de l’anglais (Canada) par Morgane
299 pages

Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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