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Romain Lucazeau – La nuit du faune

Romain Lucazeau est de retour. Après avoir fait parler de lui en 2016 avec son colossal premier roman en deux parties, à savoir Latium, qui lui valut le prix Futuriales ainsi que le Grand Prix de l’Imaginaire, cet ancien élève de l’ École normale supérieure de la rue d’Ulm est de retour avec un petit roman au titre énigmatique « La nuit du Faune ».

De son propre aveu, la nuit du Faune devait être initialement un long poème épique, une forme de poésie mélancolique ayant pour thème le cosmos. En empruntant les codes du voyage, il invitait à travers ce long texte, les lecteurs à partir de la Terre et voyager jusqu’au confins du Cosmos. Mais très vite, l’idée que ce long poème devait, finalement, devenir un roman empruntant beaucoup à la forme du conte s’est imposé et La Nuit du Faune fini par prendre pour forme finale un récit de voyage abordant énormément de thèmes, presque un par page, sans jamais perdre le lecteur.

Nous suivons Astrée, une petite fille vivant au sommet d’une montagne, ainsi qu’un mystérieux Faune, Polémas, venu à la rencontre de cette dernière. Le Faune ayant soif de connaissance désir plus que tout comprendre le monde et le destin des civilisations pour porter le savoir à son peuple par la suite. Astrée, ayant une éternité d’ennui derrière elle, étant immortel, prend en sympathie ce jeune Faune insouciant, et décide de se lancer dans ce long périple avec lui pour retrouver cette petite fille qui vivait en elle, retrouver un peu de joie. Dès lors, le tout jeune tandem se lance dans une quête spatiale qui les mèneras à la rencontre de civilisations et de formes de vie inimaginables dans notre très cher galaxie, la voie lactée.

En utilisant la figure du Faune, comme « décodeur » pour le lecteur, et permettant ainsi d’expliquer certains concept ici développé, l’auteur ne cesse de questionner le parcours de chaque civilisations et cette inévitable obscurité dans laquelle les civilisations finissent invariablement par s’enfoncer. Ce qui fait que dans un ensemble de possibles compactés dans un petit récit, Romain Lucazeau use de ce qui fit le succès de Le Guin avec l’Ekumen, à savoir créer une expérience de pensée par lieu. Mais le génie de l’auteur ne s’arrête pas là, car plutôt que de rebondir de lieu en lieu, il se permet par la même occasion de pousser son expérience de pensée plus loin, chapitre après chapitre.

Des questionnements qui en sous-texte finissent aussi par faire écho à une grande question récurrente dans la science-fiction, à savoir « Est-ce que la connaissance est une malédiction ?». Par la figure d’Astrée, l’auteur, aborde cette grande thématique en soulignant le fait que la science peut effacer la poésie en éclairant de sa torche les recoins les plus mystérieux de nos ignorances.

Ce qui devient d’autant plus habile, grâce au personnage du Faune, Romain Lucazeau se permet d’aborder des concepts de science et de philosophie sans jamais égarer le lecteur. Ce qui a même pour effet de valoriser le lecteur en lui proposant une récit fourmillant et riche de savoirs et de concepts.

Cet agrégé de philosophie n’en n’oublie pas pour autant la nécessité du récit ainsi que la poésie. D’une écriture belle et soignée, l’auteur sait imposer un rythme emprunt d’une douce mélancolie et offrant au récit de « voyage » ses plus belles lettres. Rarement un récit de science-fiction se sera permis d’aller aussi loin dans le style pour servir une histoire aussi riche et foisonnante.

Après avoir marqué de son empreinte le Space Opera à la Française, Romain Lucazeau revient avec La Nuit du Faune et se permet un mélange des genres, et de nombreux clin d’œils à ses pairs dans un conte philosophique et initiatique passionnant et intelligent. D’une écriture magnifique, son récit est une invitation au rêve et au voyage, qu’il soit physique ou symbolique. 

La sortie la plus démesurément géniale de cette rentrée, certainement le livre de cette année, tout genre confondu.

Albin Michel,
Collection Imaginaire,
250 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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