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Thomas Pynchon – Vente à la criée du lot 49

Trois ans après son premier roman, l’iconique « V », Thomas Pynchon revient avec un second texte, “Crying of lot 49”. Un second roman devenu objet de culte dans le milieu littéraire, et se retrouvant même dans les « TIME 100 Best English-Language Novels from 1923 to 2005 ». Bien que de l’aveu de l’auteur, il jugera avec le recul son roman trop « serré/court », il n’en demeure pas moins, que son impact sur la pop culture fut indéniable. Le livre se retrouvant cité dans des morceaux de Radiohead ou Yo La Tengo, des références apparaissant également dans des films, dans la série les Simpson, chez d’autres auteurs comme William Gibson, ou même dans la littérature jeunesse, notamment dans l’oeuvre phare de Limony Snicket, les désastreuses aventures des orphelins Beaudelaire.

Pilier de la pop culture, représentant tout désignée d’une littérature post-moderne imposant, tout comme Nabokov avec Lolita et le Feu Pale, une certaine idée de ce que le roman peut-être et doit échouer à être pour se renouveler, « Vente à la criée du lot 49 » est souvent précédé par sa réputation, imposant de nombreux fantasmes comme première approche.

Richard Poirier, du Times, ira jusqu’à dire : “Pynchon’s technical virtuosity, his adaptations of the apocalyptic-satiric modes of Melville, Conrad, and Joyce, of Faulkner, Nathanael West, and Nabokov, the saturnalian inventiveness he shares with contemporaries like John Barth and Joseph Heller, his security with philosophical and psychological concepts, his anthropological intimacy with the off-beat – these evidences of extraordinary talent in the first novel continue to display themselves in the second”.

En VF approximative : “ La virtuosité technique de Pynchon, ses adaptations des modes apocalyptiques-satiriques de Melville, Conrad et Joyce, de Faulkner, Nathanael West et Nabokov, l’inventivité saturnienne qu’il partage avec des contemporains comme John Barth et Joseph Heller, sa sécurité avec les concepts philosophiques et psychologiques, son intimité anthropologique avec le contretemps – ces preuves d’un talent extraordinaire dans le premier roman continuent de se montrer dans le second”.

Dans « Vente à la criée du lot 49 », nous découvrons Oedipa Maas, qui en rentrant d’une soirée trop arrosée, se retrouve éxecutrice testamentaire de Pierce Inverarity, son ex milliardaire. Ce qui aurait dû se présenter comme une formalité, notamment en étant épaulée par son avocat Metzger, va se transformer en une intrigue prenant une tournure inédite lorsque surgit une bien étrange collection de timbres, semblant faux, mystérieusement intrigant, développant un univers codé, presque vernaculaire pour notre jeune héroïne.

Commence alors un parcours atypique, l’emmenant à voir une pièce de théâtre plutôt surréaliste et la confrontant au non moins intrigant mot « Tristero » jusqu’à se perdre dans des dédales d’une San Narcisso aussi cryptique que désabusé, où se mêle mysticisme, conspiration et insouciance. Une quête ayant pour finalité un mystérieux Lot 49.

Après la publication de « V », Thomas Pynchon annonça à son éditeur, Candida Donadio, avoir une crise créative passagère et travailler sur quatre roman à la fois. Il alla même jusqu’à refuser un poste d’enseignant en littérature au college Benington, faisant sciemment le choix de tenter de faire quelque chose de cette crise créative. Ce qui sortira par la suite fut donc, en toute logique, “Vente à la criée du lot 49”. Est-ce un des quatre romans ? Ou bien une synthèse des quatre ? Ou un projet tout autre ? Nous ne le saurons probablement jamais. Mais ce qui est sûr, Bien que s’inscrivant comme une suite logique au style « Pynchon » qui fut clairement identifiable avec son premier roman, “Vente à la criée du lot 49”, tranche sur quelques points avec son prédécesseur.

Dans sa forme le roman se veut beaucoup plus recentré ( Tight?) sur l’intrigue principale et sur Oedipa Maas. Ainsi nous n’avons que très peu de bons dans le temps, ou d’ellipse, le roman se veut très linéaire. Mais le plus marquant, là où nous avions plus de cent cinquante personnages dans “V”, est le fait  de ne croiser plus qu’une petite dizaine de personnages. En revanche, nous retrouvons bel et bien ses codes et son style.

Car « Vente à la criée du lot 49 » tout comme « V » est un récit du secret et de la conspiration, un roman qui se veut comme un récit alternatif au narratif officiel de l’Histoire. Tout en développant son intrigue au travers des errances d’Oedipa, Thomas Pynchon nous confronte à un monde secret qui au travers de l’Histoire et des sociétés tenta dans transformer notre monde pour en faire autre chose, une forme de nouvelle société répondant à d’autres codes. Ici, nous le découvrons par le biais de la fascinante histoire des distributeurs de courrier, par une pièce élisabéthaine ou encore par un bouquiniste. Car Pynchon, au travers de son style et son œuvre aime venir titiller les imaginaires qui dérivent des réels et des possibles que notre société contemporaine nous laisse entrevoir dans ses marges et ses bordures.

Ce qui donne un roman bien plus abordable que « V », et peut-être encore à ce jour, la meilleure entrée possible pour découvrir l’univers de l’auteur. Mais sans pour autant négliger la signature stylistique de l’auteur, ce foisonnement, bien qu’ici plus discret, en fait un roman fascinant à lire pour tout ce qu’il ne dit pas et nous laisse seulement entrevoir.

Car chez Pynchon, la résolution est la fin de tout possible en uniformisant et laissant mourir les vérités alternatives, pour ne devenir plus qu’un fait établi. Et tout comme dans « V », l’auteur ne s’intéresse pas à la conclusion, ce qui le fait vibrer en tant qu’auteur et conteur, c’est le chemin à parcourir pour y arriver, ce sont les égarements, les accumulations, les doutes, les possibles les plus farfelus, les interactions les plus inattendues, et cette frénésie d’ensemble qui s’en dégage.

C’est ce qui fait de son second roman, un texte passionnant et incontournable, qui se lit et se relit avec un regard différent à chaque fois. Un livre qui parle de son époque, mais aussi du devenir au travers d’une analyse d’un passé. Un roman qui s’inscrit comme un tout à la temporalité circulaire, ou tout est écho, ou le futur résonne du passé, et le présent est la somme des deux qui entre en vibration.

Éditions du Seuil, Point
Trad. Michel Doury,
250 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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