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Yannis Tsirbas – Victoria n’existe pas

Deux inconnus, mais tous les deux grecs, se rencontrent dans un train. Le premier silencieux et attentif, le second bavard et par moment belliqueux. La conversation, quasi à sens unique s’engage, et le second lance le premier sur « Victoria » ce quartier dont l’évocation le rend tout à la fois nostalgique et en colère. Nostalgique de ce que Victoria a pu être pendant sa jeunesse, mais agacé et énervé quand il constate ce qu’il est devenu, ce que les étrangers qui se sont implantés ont pu faire de son cher Victoria. Mais son histoire n’offre pas que le constat d’un échec programmé de Victoria, le second passager a également une solution quant au problème des immigrés qui détruisent Victoria.
Son histoire, son quasi monologue est entrecoupé par d’autre monologues, des histoires, d’autres personnes vivant là-bas ou aillant vécu là-bas.

« Ils t’ont battu. Beaucoup. Ils t’ont gardé deux jours au poste de la rue Thiras, à te rouer de coups. Quinze ans, et ils t’ont démoli. Finalement, ton père a fait jouer une connaissance et ils t’ont relâché. T’étais mineur, ça a aidé. Ton père, nationaliste, du bon bord, et puis ton entraîneur de boxe, lui aussi il est venu leur dire un mot. »

« Victoria n’existe pas » est un texte court, dense, fort en symbolique et aux propos beaucoup plus percutants qu’une simple histoire. Il, le texte, est une formidable source de réflexion quant au devenir d’un peuple et surtout au devenir de la population grecque. Malgré l’apparente légèreté du dialogue, les monologues qui entrecoupent ce dernier ainsi que certains propos d’un des deux personnages sont des plus percutants et renvoient indéniablement à une actualité contemporaine de ces derniers mois.

« –La place Victoria, enfin, Victoria-City ! Personne ne venait nous chercher. Et maintenant, même pour en faire le tour, tu réfléchis à deux fois. Ils bloquent les rues et se foutent sur la gueule. Entre eux, race contre race. L’autre jour ils tenaient des types à terre, ils les savataient sur le bitume. La circulation était stoppée. Du sang sur le trottoir, sérieux ! »

Yannis Tsirbas, est d’Athènes, vit encore à Athènes, et « Victoria n’existe pas » ( qui est son premier texte/Novela), transmet aux lecteurs curieux une carte postale désenchantée mais très vivante d’Athènes et à travers la symbolique de Victoria l’image d’une Grèce qui se cherche et balbutie entre modernité et ses origines. Un texte court et puissant !

victoria couvQuidam éditions,
Trad. Nicolas Pallier,
65 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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