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Festival Les intergalactiques

La Science-fiction politique : Les intergalactiques de Lyon 6e édition

La science-fiction, genre protéiforme, est souvent un genre politique et militant. Par l’anticipation, c’est une littérature qui invente le futur, l’utopie ou ses tentatives, et par là réfléchit sur notre présent. Avec l’uchronie, elle réécrit le passé ou le décale subtilement pour en montrer une nouvelle vision.
C’est un genre sans limites, car qui sait de quoi sera fait demain.

De l’utilisation des sciences tout autant que de la sociologie et de la philosophie, elle apporte si ce n’est des éléments de réponses, tout au moins des propositions pour un avenir…radieux.

Un dernier livre avant la fin du monde s’associe ici avec le festival de cinéma et de littérature de science-fiction de Lyon , Les Intergalactiques, pour faire un dossier thématique autour du thème de l’édition 2017: La politique.
Voici donc une sélection, purement subjective, d’œuvres d’auteurs présents sur le festival. Des romans qui questionnent, inventent et dénoncent, et ce toujours avec brio.

Jean Pierre AndrevonC’est un peu la paix, c’est un peu la guerre

« Ma fille, je suis lucide : c’est l’apocalypse. Mais nous avons des armes, du courage, et ce n’est pas les zombies qui vont nous empêcher de profiter des bonnes choses ! Faire l’amour, rigoler, bouffer… C’est ça, la vie ! »

C’est un peu la paix, c’est un peu la guerre, quel titre évocateur pour parler de notre société. Dans ce recueil composé de courts textes écrits entre 1960 et 2010, Andrevon nous brosse un portrait intimiste du monde. Quarante-cinq petits instants de vie sans ambitions et pourtant pourvus d’une puissance gigantesque. Engagé tout au long de sa carrière, l’auteur de Gandahar revient au fil des nouvelles sur ses thèmes de prédilection : l’antimilitarisme, le respect et la défense de la nature et le goût pour une vie de simplicité. Avec un humour grinçant et un regard sans pitié sur ses contemporains, Andrevon dévoile progressivement une pensée désabusée et pessimiste. Et pourtant, chansonnier et poète avant tout, c’est par sa sensibilité et sa douceur qu’il touche le lecteur. Oui, l’avenir sera sombre, mais les hommes peuvent s’aimer et vivre comme le préconisait Giono « dans une joie paisible, habituelle et tranquille ». Un ouvrage de toute beauté pour découvrir l’œuvre de ce gigantesque écrivain français qu’est Jean-Pierre Andrevon.

Editions de la clef d’argent
Collection KholekTh
192 pages

Jean Pierre Andrevon sera présent le dimanche 30 avril à 15h30 pour la table ronde « Dystopie et politique : Focus sur la collection Les Dyschroniques au passager clandestin »

Fred Guichen – Pigeon, Canard et Patinette

« Le bonheur ne dépendait pas du temps qu’il leur restait à vivre, mais de l’usage qu’ils en faisaient. Il suffisait de se conformer le plus possible aux règles simples […] : douceur, bonté, partage. Alors, tout devenait plus facile. »

En 1979, dans sa nouvelle  Les retombées  Jean-Pierre Andrevon imagine un coin de France, le jour d’Après. Dans un concours organisé par les éditions du Passager Clandestin pour poursuivre la nouvelle d’Andrevon, le lauréat Fred Guichen nous propose sa vision de l’Après. L’après Catastrophe, l’après Humani, fera naître, selon lui, le pouvoir de la fragilité.

En 70 pages, nous découvrons une petite communauté oubliée de tous, vivant sur les lieux d’un gigantesque accident nucléaire. Parmi eux, Pigeon, Canard et Patinette, trois joyeux amis malformés et rendus débiles par les radiations. Un petit village composé d’une trentaine d’individus, vivant en harmonie au milieu du désastre. Jusqu’au jour où le gouvernement français se souvient de leur existence.

Dans cette fable post-apocalyptique, Fred Guichen nous rappelle la puissance de l’amitié et du vivre ensemble, capable de surmonter même une explosion nucléaire et ses conséquences effroyables. Dans cette cour des miracles survivent et fleurissent des valeurs parfois bien oubliées dans nos vies: la douceur, la joie de vivre et l’acceptation de la différence. Un petit roman d’une grande puissance, qui aide à surmonter la perspective de la fin du monde et redonne de l’espoir pour un futur meilleur.
Une première publication qui annonce un auteur atypique, férocement drôle dans un genre pourtant bien sombre, et déjà récompensé par le prestigieux prix Exégète.

Editions du Passager Clandestin,
Collection Dyschroniques
70 pages

Fred Guichen sera présent le dimanche 30 avril à 15h30 pour la table ronde « Dystopie et politique : Focus sur la collection Les Dyschroniques au passager clandestin »


Romain Lucazeau
– Latium

« Et il apprit ainsi une mémorable leçon de choses, que jamais il n’oublierait, dût-il assister à l’effondrement final : survivre ne se réduisait pas à perdurer. C’était également jouir du passage du temps. »

Latium est un de ces livres étranges qui nous marquent par leur originalité et leur ambition. Pétri de philosophie et d’Histoire, en particulier romaine, ce gigantesque space opéra est déjà un chef-d’œuvre de la science-fiction française.
Dans un futur lointain, l’Humanité entière succombe à un virus extrêmement virulent, laissant derrière elle un empire de machine-dieux d’une intelligence fantastique. Ces machines, paramétrées pour servir l’homme quoi qu’il arrive, errent et patientent dans l’univers, attendant le retour impossible de l’humanité. Alors que certaines passent le temps en recréant à leur échelle un empire galactique inspiré de l’empire romain, d’autres intriguent afin de créer des races humanoïdes sur des planètes lointaines.
Lorsqu’une invasion extraterrestre menace de les submerger, et que leurs programmes les empêchent de s’y opposer, l’heure est venue de rompre avec l’ère humaine pour apprendre à se défendre.

Citant tour à tour Machiavel, Leibniz ou Platon, Latium est une œuvre dense, riche et d’une grande poésie. L’originalité d’un monde sans humains terrifie autant qu’elle fascine, par sa puissance technologique et sa splendeur glacée. Les intelligences, ces dieux mécaniques au cerveau tout puissant mais incapable de vivre sans maîtres, sont un futur possible, glorieux et décadent, qui donne à l’œuvre de Romain Lucazeau une justesse hors-norme. Un grand roman.

Editions Denöel
Collection Lune d’Encre
464 pages

Romain Lucazeau sera présent le dimanche 30 avril à 16h pour la table ronde « Droit des robots : Science-fiction ou anticipation ? »

Matt SuddainLe théâtre des dieux

« Tout ce qu’on vous a raconté à mon propos est un mensonge ! Même ce qui précède! » disait M. Francisco Fabrigas, explorateur, philosophe, médecin hérétique, mystique, transmarin, flâneur cosmique. « Ne croyez pas un seul des mots sortant de ma bouche, ils s’échappent de la langue noire d’encre d’un bouffon désespéré. Moi ! »

Et voici encore un livre unique récit d’aventures déjanté, dense et plein d’originalité.
Matt Suddain, l’éditeur anglais de ce livre, affirme que « Le théâtre des dieux » vient directement d’un futur lointain, dans lequel il serait un des tomes d’une longue série, best-seller de son époque. Sûrement pas le meilleur tome de cette série d’ailleurs, mais le seul à lui être parvenu. Matt Suddain, enorgueilli de sa mission de transmission de cette œuvre, se mit donc au travail pour publier ce roman incroyable, des milliers d’années avant sa création.

Dans Le théâtre des dieux, nous suivons Francisco Fabrigas, un explorateur du multivers, parti sur son bateau spatial, avec à son bord une fillette aveugle, un capitaine adolescent, une charmante botaniste, un jeune homme sourd aux pouvoirs gigantesques et bien d’autres encore…
Investi par une mission royale, il va devoir affronter des cannibale
s, des trous noirs, des univers multiples et loufoques, mourir un certain nombre de fois, et surtout, échapper au sinistre Pape de l’univers, lancé à ses trousses.

A travers cet hommage foisonnant au roman d’aventures de Stevenson et autres récits de piraterie, Matt Suddain nous offre un univers gargantuesque. Dénonçant tour à tour la robotisation des humains, la censure et les jeux de pouvoir des noblesses du monde, l’industrialisation et les méfaits du capitalisme, Le théâtre des dieux est un livre qui questionne au travers de la fiction, mêlant adroitement le divertissement et la critique.

Au diable vauvert
Traduction de Sara Doke
688 p.

Matt Suddain sera présent le samedi 29 avril à 16h pour la table ronde « La figure du leader & du discours politique dans la Science-fiction » et le dimanche 30 à 12h30 pour la table ronde « Utopie & Science-fiction : un pléonasme ? »

Alex JestaireContes du soleil noir

« Mon nom n’a pas d’importance. Appelez-moi simplement Geek – le voyageur immobile. »

Nombre d’auteurs nous ont contés l’après apocalypse, la survie ou la solitude. Mais peu écrivent sur les prémices de la fin du monde. Et c’est la l’idée du cycle d’Alex Jestaire.
Le Soleil Noir, une sorte de pouvoir surnaturel, choisit ses élus. Ou ses victimes, au choix.

Suivez donc le destin d’une jeune femme dans le coma qui voyage a travers le flux continu de la télévision. Au fil des journaux catastrophistes, elle visitera le théâtre des nombreux attentats et catastrophes qui poussent l’Humanité à sa perte. Sinistre témoin de la barbarie humaine, elle sera portée sans le vouloir au quatre coins du globe, dans une sorte de macabre « où est Charlie ? ».

Découvrez une journaliste dont le souffle lui permet d’extorquer n’importe quel renseignement et qui tente de dévoiler un scandale économique tandis qu’en Inde, un gigantesque soleil noir s’élève petit à petit, perturbant l’écosystème et l’économie du pays.

Dans ses courts romans, Alex Jestaire nous emmène dans un monde halluciné, alternant chapitres apocalyptiques d’un réalisme effrayant et passages symboliques et oniriques. Une vision d’un monde nocif à l’effondrement proche, lancé dans une course folle par le capitalisme et ses dérives.

Au Diable Vauvert
128 p.

Alex Jestaire sera présent le dimanche 30 avril à 11h pour la table ronde « Un monde trop beau, un monde post-apo ? » et à 14h pour la table ronde « La politique dans le cinéma de Science-fiction »

À propos Paco

Paco
Chroniqueur

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