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Kraken – China Miéville

Billy Harrow est conservateur au Centre Darwin, à Londres. Sa plus grande fierté est d’avoir participé en première ligne à la conservation d’Architeuthis Dux, le grand calmar. Long de plus de 8 mètres, cet être monstrueux tout droit sorti des profondeurs, d’un roman de Jules Verne ou d’un cauchemar de Lovecraft (on hésite encore) est le clou de la visite du centre, bien plus imposant, il faut l’admettre, que les souvenirs de voyage de Darwin ou la réplique du Beagle.
Lors d’une visite, Billy pousse la porte qui mène à cette bête fantastique pour tomber sur un grand vide. Le calmar a disparu. Envolé, volé. Pourquoi ? Par qui ? Et surtout, grands dieux, comment ? Comment ce monstre de 8 mètres, de plusieurs tonnes et sa cuve de formol ont pu disparaître sans un bruit, dans un souffle, invisibles ?

Une équipe de policiers de choc débarque, Baron, Collingswood et le professeur Vardy, le pressant au silence sur les événements improbables qui se sont déroulés au Centre. Mais Billy veut comprendre pourquoi son kraken a disparu. De bribe d’informations en rencontres terrifiantes, il va découvrir l’existence d’une Londres hérétique, absurde et incroyable. Celle des londremanciens qui lisent dans les entrailles de la ville, des douanceurs en tous genres, des animaux en grève, de Goss et Subby, les terribles tueurs tout droit sortis d’un cauchemar à base de fête foraine. La Londres qui a vu l’affrontement entre Grisamentum et le Tatoué, avant que le premier ne meurt de sa bête mort et l’autre ne prenne le contrôle de la ville, mafioso encré et ivre de violence et de pouvoir. Une Londres qui cache en son sein un nombre incalculable de religions toutes plus étranges les unes que les autres dont, ô surprise, celle du dieu Kraken. Et qui dit religion, pouvoir et prédictions voit venir de loin, la fumée annonciatrice d’une fin du monde peut-être un peu trop proche pour être honnête…

« Ah, Subby, Subby, souffla Goss. Écoute le tintement de tes clochettees sur tes petits chaussons. Percheron et Rosebonbon ont réussi à se faufiler hors du Palis des Pommes sans se faire remarquer des poissons sauteurs, mais à condition de ne pas faire plus de bruit que de tout petits lutins, on pourra les surprendre, et ensuite gambater tous ensemble dans le Prairie des Cerfs-Volants Heureux. »

Seconde incursion en territoire Miévillien après The city and the city, Kraken propose un tout autre versant de l’œuvre de l’auteur anglais. On trouvera ici tout ce qu’il faut pour ravir l’amateur de fantasy urbaine. Londres est un véritable personnage, déesse vivante et ondulatrice sur le dos de laquelle vit tout un peuple.
Ne le nions pas, Kraken n’est pas d’un abord facile. Comptez bien, lectrice, lecteur, une bonne trois-centaines de pages pour vous immerger dans ce pavé. Loin d’être ennuyeux, Miéville passionne, mais son univers foisonnant n’est pas aisé à pénétrer, et l’homme est avare de clefs et de facilité. L’intrigue s’épaissit au fil des chapitres, courts et rythmés et semble parfois nous laisser sur le côté. Mais il faut s’accrocher, car lorsque les branches cèdent et se referment derrière nous, Kraken devient un livre fou. Les personnages sont complètement terrifiants et barrés, l’atmosphère électrisante. Miéville déroule une intrigue tentaculaire et n’en oublie aucune ventouse en route, il va au bout de chacune de ses folles idées. Et si la difficulté du début laisse parfois place à un peu de facilité, loin de moi l’idée de lui en vouloir, le livre est bien trop barré et prenant pour cela !
Sa Londres cachée est un régal à découvrir, comme une peur d’enfant délicieuse que l’on se plaît à provoquer car il y a toujours une nouvelle découverte au bout. Le plus étonnant côtoie le plus terrifiant, et toute sa ville possède une histoire, chaque habitant en est un maillon. Pas de hasard chez Miéville.

« Se pouvait-il que ces lieux fallacieux aient été crées, puis cachés ? Qu’on ait laissé fuiter leurs noms en un double bluff complexe, afin que personne ne puisse s’y rendre hormis ceux qui savaient que les pseudo-pièges étaient en réalité des destinations? A moins qu’il n’y ait eu au départ aucune rue, à l’époque où de tels culs-de-sac avaient été mis en place ? Peut-être étaient-ils les résidus d’un temps d’atlas béants dessinés par des menteurs ? »

Kraken couvChina Miéville,
traduit par Nathalie Mège,
767 pages
Pocket / Fleuve noir

Marcelline

À propos Marcelline

Chroniqueuse/Co-Fondatrice

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