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Adrastée – Mathieu Bablet

L’immortalité est un luxe imaginaire que l’on s’offrirait parfois volontiers. Pour l’homme sans nom, ancien roi d’Hyperborée dont il connut l’ascension et la déchéance, être immortel est une fatalité malheureuse, le fardeau qu’il se doit de porter. Il a perdu ceux qu’il aimait plus que tout, végétant depuis, au gré de cette vie solitaire, pétrifié par la tristesse et la douleur. Vivre mille ans, c’est accepter de ne plus se souvenir des nombreuses vies vécues, des générations qui s’enchainent à vos côtés. La mémoire qui se gonfle des êtres qui ont cessé de peupler le monde. L’être immortel devient alors une légende, jalousé par certains ignorants, persécuté par tant d’autres et seuls les dieux de l’Olympe semblent pouvoir lui offrir les réponses aux questions qu’il se pose. Une nouvelle perspective s’ouvre alors à lui, dessinant cette faible lueur d’espoir, celui de retrouver son premier amour qui demeure quant à lui, inarrachable.

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L’univers de Mathieu Bablet est d’une richesse intense et essentielle. Il interroge l’humain, le monde dans lequel il évolue et les chimères qui l’habitent. Cette richesse est impregnée d’une simplicité étonnante basée sur quelques belles vérités. L’existence n’est pas décortiquée, psychologisante, elle est naturelle et honnête. Il y a dans le travail de Mathieu Bablet cette forme d’extrême modestie en dépit de l’immense talent. Habitués par de superbes planches illustrées, minutieuses et déroutantes, Adrastée ne déroge pas à la règle, reprenant quelque peu les tonalités des dernières illustrations de La Belle mort. Des paysages désolés mais verdoyants, des mondes humains ayant sombré, le monde animal et végétal emplissant tout à nouveau. A noter, encore une fois, un travail somptueux de la lumière qui nous fait sentir la chaleur du soleil à travers les dessins.

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Tout ces mondes se colorent d’onirisme, Adrastée, nymphe enchanteresse, se pare aussi de mythologique. Un beau voyage teinté d’une mélancolie poétique qui ne peut laisser indifférent. L’auteur fait plus qu’inviter, il capture et nous embarque sur les eaux bouleversées de ces personnages. Le plaisir visuel demeure intact, planant, et le récit impose son charme, indéniablement. Pour vous combler toujours plus, ce petit bijou se compose de deux tomes, de quoi faire durer le plaisir.

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“O muse, raconte moi l’histoire de cet enfant, héritier d’un royaume depuis longtemps oublié des hommes, celui du peuple à la peau blanche, descendu sur terre, par une nuit sans lune. De cette constellation que l’on appelle “l’étoile du levant” pour y bâtir une cité dans un endroit que l’on surnomme “l’hyperborée”. On dit que les cèdres y font cent pieds de haut et que la vie est douce sous leur ombre séculaire.”

adrastée couvertureAnkama Editions

Mai 2013 – 74 pages

Lucie

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Chroniqueuse

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