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Joseph Incardona – Derrière les panneaux il y a des hommes

Attention ! Ne lisez ce texte que si et seulement si vous avez envie de vous prendre une énorme claque en pleine figure. Dans ce cas, vous allez pénétrer dans un univers noir, très très noir, où le corps n’est que viande à hacher et l’âme une vapeur nocive et encombrante. Il n’est pas sans dire que Joseph Incardona signe avec Derrière les panneaux il y a des hommes un roman magistral, aux mots justes qui sonnent comme des gifles de lucidité dans la tourmente du monde.

Pascal. Signe distinctif : sourd. Accessoirement il travaille dans les stations d’autoroutes là où les gens en pleine crise d’hypocrisie vont s’oublier dans des vacances ruineuses. Il aime aussi tuer parce qu’il ne comprend pas comment on ne peut pas l’aimer. Il veut juste que ses jeunes victimes soient pendant un temps, sa chose. C’est si peu contre un peu de liberté parentale…Du coup, de manière insensé il me fait penser à Jeffrey Dahmer.

Pierre : Pierre qui roule. Il roule et roule encore, depuis des mois il sillonne la même autoroute. Il cherche, il renifle sur l’asphalte dans sa boîte en tôle, il traque celui qui a fait de lui rien de plus qu’une chose qui n’a plus rien d’un être humain. Pierre souffre. Il a même dépassé le stade de la souffrance, son âme s’est détachée de son corps afin d’accomplir une dernière mission. Pascal lui a prit sa petite fille et Pierre est bien décidé à se venger, d’autant plus qu’un nouvel enlèvement vient d’être signalé, que les flics pataugent et qu’il ne mourra pas sans avoir fait sa vendetta.

Il y a les deux P. et puis il y a les autres, des femmes qui souffrent et se réfugient dans le sexe sale et la religion parce que c’est leur ventre qu’on leur a retiré. Des pères qui s’ouvrent les veines parce que tout part en vrille. Sa fille si agaçante n’est plus et entre sa femme qu’il méprise et sa maîtresse qui bientôt ne le fera plus rêver, la vie n’a plus d’autres issue que d’aller droit dans la bonde des chiottes. Et puis il y a le reste, l’autoroute, la chaleur, les gens qui se bercent d’illusions en vacances, qui pensent pouvoir tout recommencer, tout oublier sous la chaleur d’un soleil qu’ils pensent tout autre. Pourtant Joseph Incardona le rappelle bien ici dans sa noirceur défaitiste : le soleil est le même partout et où que l’on aille l’être humain est un cancer qui passe son temps à s’autodigérer.

Dans un style clinique, quasi mathématique, Derrière les panneaux il y a des hommes est un texte terriblement noir et incarné, que l’on lit d’une traite comme drogué, prêt à se prendre un shoot de désespoir bien serré. Les personnages y sont grandioses et les images défilent, parfaitement soignées.
Joseph Incardona est un peintre impeccable de la condition humaine, si pathétiquement normale et à jamais insatisfaite. Il est aussi un romancier à découvrir pour sa hargne, son honnêteté et sa lucidité. Voilà, vous avez là un roman noir que vous n’oublierez JAMAIS !

 

incardona  Editions Finitude

250 pages

Gwen

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Chroniqueuse

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