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Arkady Martine – Un souvenir nommé empire

Arkady Martine est chercheuse et docteure en histoire arménienne et byzantine. Vivant à Santa Fé avec sa femme, l’autrice de science-fiction Vivian Shaw, Arkady Martin possède un lourd bagage culturel européen et juif par sa famille qui migrât depuis l’Europe vers les États-Unis en 1930. Militante pour le climat et passionnée par la science-fiction, Arkady Martin remporta le prix Hugo en 2020 avec son premier roman, “Un souvenir nommé empire”.

Alors qu’Yskandr, l’ambassadeur de Lsel auprès de l’empire sur la planète capitale Teixcalaan, est retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses, Mahit Dzmare est envoyée pour le remplacer. Les stationnistes de Lsel on développé une technologie unique. Vivant en orbite dans une station spatiale, ils ont appris à sauvegarder la mémoire des ancêtres et à la regrouper dans des puces mémorielles qui sont implanté dans le cou du successeur au poste défini. Cette puce permet ainsi de continuer l’œuvre entreprise tout en ayant les mémoires des générations précédentes. Cette particularité offrant une forme de second esprit, doué d’intelligence, fonctionnant, après une longue synchronisation, en symbiose avec son hôte. Pour les stationnistes de Lsel, ce procédé unique dans toute la galaxie est essentiel et fait totalement parti de l’identité de ce peuple.

Mais, petit problème, la puce de Mahit Dzmare ne fonctionne plus. Dès son arrivée, la mémoire d’Yskandr, étant une sauvegarde d’il y a quinze ans, quand il démarrait son rôle d’ambassadeur, ne transmet plus aucune information. Dès lors pour Mahit le souci étant double, comment continuer à défendre les intérêts et l’indépendance de Lsel, et aussi comment savoir ce qui est arrivé à son prédécesseur pour, surtout, ne pas finir comme ce dernier. Accompagnée par Trois Posidonie, sa chargée de liaison teixcalaanli, Mahit va devoir composer au mieux pour éviter les pièges et intégrer totalement les enjeux et accords en place.

Premier roman ambitieux pour l’autrice. Tant par l’idée, que l’intrigue, ou encore l’univers proposé, Arkady Martine a su répondre à ses ambitions par un talent certains pour le sens de la narration et une écriture efficace. C’est ainsi, alors que tout pourrait nous égarer, que l’autrice arrive à nous faire découvrir la culture Teixcalaan, son univers, sa culture, et mettre en opposition l’univers et la culture de Lsel par le truchement de Mahit.

Découvrir Teixcalaan, c’est accepter des codes de communication et protocolaire différents des notres. Par exemple les noms, composition d’un chiffre et d’un nom de fleurs, de objet, voir de fonction; ce qui a pour particularité de renseigner autant sur son range que sa fonction. Les expressions de visages et postures, sont différentes des notres, et des habitants de Lsel, ainsi tout une codification est à assimiler pour Mahit et dépayse le lecteur dans son approche de l’univers. La poésie fait également parti des codifications importantes de cette société, qui a su l’élever au rend d’art ultra codifié en terme de communication symbolique et figurative. Ainsi, les messages sont cryptés en proses et des joutes de poésie peuvent être organisées comme des débats parlementaires. Il s’agit là d’une liste non-exhaustive pour donner une vague perception de l’ambition de l’autrice.

Ce qui une fois passé l’univers, et l’assimilation par le lecteur d’un certain nombre d’éléments, “Un souvenir nommé empire” pourrait laisser penser que tout a été misé sur l’originalité au détriment de l’histoire. Mais l’ambition de l’autrice ne s’arrête pas à son envie anthropologique de création de monde. L’intrigue fonctionne, est intelligente et brillamment construite, offrant un space-opera bourré de faux semblants et de chausses trappes, donnant une histoire  passionnante à parcourir.

Chez Arkady Martine, dans sa narration, nous pouvons retrouver ce même souci du détail et ce même rythme de construction que l’auteur britannique, et ancien agent du foreign office, John Le Carré. Il y a cette même intelligence de la narration, poussant le lecteur à supposer, s’impliquer, s’égarer, et finalement vivre l’histoire de manière active. Cette qualité renforce la puissance du style et la qualité indéniable de l’histoire de ce premier tome du cycle Teixcalaan.

Arkady Martine a écrit ici un premier roman brillant, fin et intelligent, magnifiquement traduit par Gilles Goulet, qui s’attache autant à soigner le style que l’univers ou la narration. Il s’agit ici d’une petite pépite de la SF, qui est assez sous-estimée, à ce jour, et qui mérite avant tout plus de reconnaissance, tant il est fascinant à lire et analyser.

Éditions J’ai Lu,
Nouveaux Millénaires,
Trad. Gilles Goulet,
510 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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