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Brandon Taylor – Les Derniers Américains

Avec ” Real Life”, Brandon Taylor a fait une entrée fracassante. Une nouvelle voie prodigieuse de la littérature américaine. Imposant un style contemporain, que l’on peut aisément rapprocher de certains grand/es auteurs/rices, qui mit en lumière les ” autres américains, ceux racisés ou n’entrant pas dans les codes heterocentrés.

En cette rentrée de janvier 2024, parait aux Éditions La Croisée, son nouveau roman, le sobrement intitulé ” les derniers américains ”.

Et nous pouvons le dire de suite, tout en continuant l’exploration de son style, Brandon Taylor affine sa narration et offre des passages et des dialogues fins et saisissants d’une profondeur rare.

Ici, nous suivons Seamus, Fyodor, Noah, Fatima. Nous suivons aussi Ivan et Goran, Timo ou encore Bert. Ils ont tous en commun d’être entre deux mondes, aux marges des deux, entre envies et retenus, passions et frustrations, idéaux et obligations.

Dans une Amérique ultra-libérale, comment peuvent se construire et surtout se réaliser ces personnes, bien loin du canon du mâle hetero blanc, tout droit sortie d’une école de commerce.

”Il aurait été plus facile pour ces poètes d’admettre que parfois, on mentait, parfois, on se trompait et que, parfois, la vérité se transformait dans le cours même du récit. Que parfois, le traumatisme reconfigurait votre relation aussi bien à la vérité qu’au dispositif même du récit.”

Ici, l’auteur nous plonge dans la confrontation de l’intime avec les nécessités imposé par une société toujours plus exigeante. En créant une sorte de roman américain ” choral”, Brandon Taylor déploie avec un talent indéniable une cartographie de ses gens-là, de celleux qui ne rentrent pas dans les normes. Ainsi l’auteur nous pose la question au travers de son livre : comment nous construisons nous quand nous sommes des passionnés, de personnes qui doutes, de citoyens racisés et/ou non-heteros?

Ainsi, l’ auteur nous plonge dans les blessures de la solitude, dans la fureur du quotidien, et c’est avec une plume pleine d’empathie qu’il nous prend aux tripes et nous fait vivre chaque instant chaque scène,avec une élégance et une finesse qui lui est propre.

Il y a du Russell Banks chez Brandon Taylor. Pas dans le sens d’un mimétisme stylistique, mais plutôt dans cette empathie et cette tendresse que développe l’auteur pour ses personnages. Sans jamais être manichéen, Brandon Taylor sait les mettre en lumière dans toutes leurs complexités, individualités et humanités. C’est comme une ode à l’humain, une déclaration d’amour aux autres.

” Real Life” avait frappé fort. Brandon Taylor avait ce petit truc, ce trois fois rien, mais qui faisait toute la différence pour l’imposer. Tout comme Ben Lerner ou Hernan Diaz, Brandon Taylor est une nouvelle voie qui compte, et ” Les derniers americains” est là pour le prouver. Un livre de l’intime puissant et foncièrement universel.

Editions La Croisée,
Trad. Héloïse Esquié
304 Pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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