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Clemens Meyer – Quand on rêvait

Quartier Est de Leipzig, fin des années quatre-vingt début des années quatre-vingt-dix, période charnière pour Daniel et ses amis qui vivent le chaos de l’adolescence et la réunification de l’Allemagne. Une fois sortis du rang des “pionniers” (groupement socialiste intégré par les enfants scolarisés en RDA) ils s’affranchissent totalement des règles et des idéaux transmis par les autorités en place. À la fois plein d’espoir et de désillusion, ils avancent sur des rails à l’aiguillage déréglé entre les nuits alcoolisées, les règlements de compte, les vols et la drogue. C’est ainsi que Daniel, Rico, Mark, Walter et les autres tentent de s’approprier leur vie et les rues de Reudniz, à défaut de pouvoir s’approprier leurs rêves. Être libre, avoir une vie meilleure, se faire respecter, être “les plus grands” de leur quartier sont leurs objectifs et c’est pour cela qu’ils se battent et qu’ils volent, quitte à y laisser des plumes et à s’en brûler les ailes.

Clemens Meyer nous lâche au beau milieu des frasques d’une jeunesse désorientée et on assiste, en spectateurs impuissants, à un déchainement de violence. Sans trop comprendre le pourquoi du comment dans un premier temps, on rassemble les morceaux du puzzle au fur et à mesure du récit, écrit dans un style à la fois rude et exalté. Les phrases saccadées ainsi que le langage cru et tronqué rendent parfois la lecture âpre mais cette écriture traduit bien cette jeunesse qui fonce tête baissée et s’exprime à coups de tête, de poings et de couteaux. Le texte est parfois aussi confus et frénétique que le parcours de ces adolescents sans repères qui rêvent de liberté et pensent la toucher du doigt quand l’adrénaline et l’alcool prennent le dessus.

“cette nuit là on avait eu une sorte de pressentiment, faut dire qu’on revenait de la cave de Pitbull où on s’était déjà mis bien, et parfois, dans l’ivresse, tu vois la vérité tout entière étalée juste devant, et parfois même un minuscule morceau d’avenir”

Clemens Meyer nous donne ici un point de vue détaché des évènements historiques de l’époque, écartant ainsi le rideau pour aller à la rencontre d’une autre facette de l’Histoire et revisiter l’envers du décor.
Quand on rêvait a été adapté au cinéma, sortie du film prévue en 2015…

quand on revait Clemens Meyeréd. Piranha, 2015
535 pages
trad. Alexandre Rosenberg et Sven Wachowiak

Pauline

À propos Pauline

Chroniqueuse

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