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Demain, une oasis – Ayerdhal

Pour le moment, ne l’appelons pas. Notre narrateur est fonctionnaire à responsabilité sans conséquence pour l’OMES, l’Organisation Mondiale de l’Expansion Spatiale. Tandis qu’il rêve d’espace en laissant passer ses journées monotones, le Sud du monde se dissout dans le sable du désert et crève des nombreuses conséquences du réchauffement climatique et de l’indifférence du reste de la planète.
Un beau soir, alors qu’il quitte son travail, il se retrouve brusquement assommé, ligoté, drogué. Après quelques jours d’attente et d’angoisse, le voilà qui se réveille au beau milieu de nulle part, ou du moins d’il ne sait où. L’endroit commence à prendre l’apparence d’un désert, d’un village. Ses ravisseurs l’accueillent avec toute la dureté du monde, et lui confie la responsabilité de la vie des habitants du village le temps de leur absence…

Engagé humanitaire forcé, le narrateur va se prendre en pleine gueule la violence de l’abandon des peuples africain. Révolté par sa situation personnelle, son enlèvement et ses conditions de traitement, il s’élève également contre ce qu’il voit en Af-East. Son retour dans ses pénates, contre la volonté de ses ravisseurs, ne signe pas pour autant la fin de son engagement et de ses ennuis, bien au contraire…

Premier roman du regretté Ayerdhal pour moi, bien trop tard, et qui me fait l’effet d’une bombe. Livre indispensable s’il en est, Demain, une oasis possède le rare talent d’être critique sans être moralisateur, lucide sans manichéisme. Paru il y a maintenant 25 ans, ce roman est on ne peut plus d’actualité, et n’est sans doute pas près de perdre sa pertinence. On y suit celui qui deviendra l’Interne se dépatouiller entre ses volontés et envies propres, sa lutte avec ses convictions et sa conscience et ce besoin croissant, difficilement gérable, de ne plus laisser faire. Mais comment agir en étant utile ? L’humanitaire peut-il être terroriste ? Le terroriste se transformer en humaniste ? Le peuple laissé pour compte n’est-il vraiment qu’une victime sur le corps de laquelle on ne peut que pleurer, un indigent incapable de se prendre en main ?

En prenant comme personnage principal un homme ni bon ni méchant, pas vraiment indifférent, pas complètement concerné, Ayerdhal nous met nous, occidentaux de base, au centre de son histoire. Ses questionnements sont d’une cohérence et d’une logique implacable et le cheminement de son héros prend tout son sens au fil des pages. Les peuples africains ne sont pas mis en avant comme de pauvres victimes mais sont aussi capables de prendre les choses en main, les sociétés occidentales, dans leur bonne lancée, ont continué à mettre en avant le profit sur l’humain et le sociétal, et trouvent que le déclin et l’abandon de l’Afrique n’est pas une mauvaise chose, surtout quand les hommes de paille se font moins nombreux. Restons rentables, voyons.

Humaniste et optimiste malgré tout, Ayerdhal nous offre ici un grand roman que tout un chacun devrait lire. Juste, percutant et touchant, Demain, une oasis est une petite merveille couronnée par le Grand Prix de l’Imaginaire, un petit poil à gratter qui vous démangera longtemps.

Ayerdhal,
236 pages
Le livre de poche/ Au diable Vauvert

Marcelline

À propos Marcelline

Chroniqueuse/Co-Fondatrice

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