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Denis Johnson – Des monstres qui ricanent

Après plusieurs années de silence, Denis Johnson revient en grande forme et nous livre un roman d’espionnage paranoïaque et halluciné où la loi des frontières terrestres et mentales implosent sous le poids des mensonges, ces « Monstres qui ricanent ».

La trame de ce texte est simple et déjà bien connu des services du polar : Nair, agent double travaillant pour l’OTAN doit enquêter sur un ancien ami, Mickael Adriko, agent trouble, grand séducteur, impliqué dans une histoire ubuesque de trafic d’Uranium appauvri et surtout accompagné de sa future femme Davidia St Claire, femme fatale et agent dont Nair va tomber amoureux.
Il va donc sans dire que la question de l’identité est centrale, tant les personnages sont flous, ivres de mensonges liés à leur personne, incapables de délier le vrai du faux, le passé du présent, souffrant tous de MPD ( multiple disorder personnality ) et ayant tous ce point de chute, irrésistible, de sombrer dans les paradis artificiels de l’éthylisme et de l’auto-destruction.
Il y a quelque chose chez Denis Johnson, quelque chose d’impalpable qui nous glisse entre les mains, cet art de rendre ses personnages liquides , de flouter les contours, de briser les frontières tant mentales que paysagères qui donne à son œuvre cette ampleur incroyable que l’on avait déjà retrouvé dans le magnifique Jesus’ Son ou encore Arbre de Fumée, fabuleux Apocalypse Now littéraire. Ces pays africains qu’ils traversent tous dans ce livre sont de l’ordre du merveilleux, de la culture des ancêtres, propices à la déstabilisation psychique mais aussi reflet du démantèlement intérieur de chacun. Car le paysage n’est que le reflet de ses personnages : barbouillés, déchus, perdus dans leur propre inconsistance et leur réalité alternative.

Nair dira à un moment quelque chose de très juste à ce propos : «  Voyez-vous…J’ai raconté tellement de mensonges et on m’en a servi tellement que je ne sais plus démêler le vrai du faux. De plus, vous réalisez bien que nous sommes en Afrique… et que tout ici n’est que mythes et légendes, mensonges et rumeurs. Vous en avez bien conscience. »
Tout n’est que kaléidoscope chez Denis Johnson, les situations et les personnages se transformant selon la vision de chacun, donnant à l’ensemble une impression d’infini cauchemar.

On trouvera quelques airs de John Le Carré dans ce texte mais aussi et surtout de William Burroughs dans cette longue agonie terrestre où se mélange illusions d’optiques, fragmentations du réel et la puissante féerie de la paranoïa.

 

Denis JohnsonChristian Bourgois

260 pages

Gwen

À propos Gwendoline

Chroniqueuse

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