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Maurice Mourier- Par une forêt obscure

Maurice Mourier nous raconte une histoire dans Par une Forêt Obscure. L’histoire d’un petit garçon et de sa grand-mère un peu fée, un peu sorcière, un mythe, une montagne. Il y aura aussi la Reine mère, son parfum de blonde et son allure gracile et aérienne d’elfe et André, le cousin taciturne mais au coeur grand comme ça. Sans oublier les animaux qui gravitent dans l’univers végétal aux senteurs brutes et délicates de la campagne; Gavotte la chèvre amicale, Pompom et Miki, les chats qui vont et viennent, Dingo et son corps trop grand et un peu maladroit, les poules, les oiseaux, les araignées qui tendent leurs fils de la vierge, les abeilles.

C’est l’histoire d’une enfance qui se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui est plus perçue comme un bruit de fond, une menace vague et lointaine dont le garçon n’a qu’une idée floue, mais qui explique la raison de la venue d’André, les denrées précieuses et rares dont il faut user avec parcimonie. Les journées défilent, pleines d’aventures sur les bords du ru, l’imagination débordante et sans limite entrainant des histoires magiques à partir de rien, dans le temps suspendu qui semble s’accrocher aux rayons du soleil. Puis vient le temps de l’école, les responsabilités croissent mais pas trop.
Tout est ponctué par les récits de la vie de Grand-Mère, sa manière qu’elle a de la raconter avec franchise et anecdotes, parlant de ses morts chéris que les guerres lui ont arrachés, terminant ses phrases de mots arabes chantants et exotiques et son rire surtout, son rire aux allures de pierres précieuses.

“Sous la voûte éclaircie, aux buissons d’étoiles, tu songes sobrement. Les milions d’astres sont toujours là, d’eux tous, dans leur prolifération sinistre, ruisselle toujours la terreur de se perdre dans l’infini du rien. Mais elle a changé de nature, s’étant métamorphosée à ton insu en un bruit de fond, une sorte de rumeur perverse continue qui sert de caisse de raisonance à un sentiment nouveau, indéfinissable en ce qu’il imprègne chaque minute de vie sans q’uno puisse lui assigner de cause immédiate: le sentiment d’une accélération irréversible du temps.”

Vous l’avez compris, c’est une histoire vraie et belle, une histoire d’enfance retranscrite à la perfection, avec sa perception si particulière du temps et de son passage sur les choses. Parfois distendu, parfois rapide, puis de plus en plus concret et pesant au fil des ans et de la prise de conscience obligée de la guerre qui se rapproche, éclate et blesse malgré la protection de la Grand-Mère qui semble être un rempart impénétrable, une forteresse d’amour.
Maurice Mourier est un magicien de la prose, son livre un conte onirique et végétal. La précision des descriptions qui s’attardent sur ces détails qui nous semblent si insignifiants mais qui sont un tellement grand tout lorsqu’on est minot, le champ lexical poétique et fourmillant qui s’enroule et se déroule sous nos yeux, tout y est écrit avec le coeur.
Par une Forêt Obscure fait écho à cette part d’enfance cachée, parle de la Guerre d’une manière nouvelle, sans pathos ou étalage d’atrocité, parle du quotidien, d’un bout de vie, du monde perçu par un gamin de ses 4 à 10 ans environs, le tout avec une véritable pureté et une poésie qui touche et marque. On assiste à la prise de conscience de la mort, de la fatalité de toute chose, de la mélancolie qui s’installe et ronge peu-à-peu le monde que le petit garçon s’était construit: ce muret qui paraissait autrefois si imposant et protecteur et qui n’est qu’en réalité un tas de vieilles pierres qui s’écroulent, ces pièces qui semblaient si gigantesques qui semblent réduire d’années en années. Le confinement que crée l’esprit qui muri.

“Une fois hissé jusqu’à la chambre bleue, à l’immense lit plein de froidure, tu t’y musses comme lorsque tu étais presque un bébé, genoux au menton, en chien de fusil et le passé qui n’attendait que cela reflue à brusque ressac. Car tu as désormais un passé, très loin dans les brumes. Le miroir, vertigineusement, s’est approfondi et dans ses replis glacés la folie du présent recule, l’avenir cesse d’exister, hier remonte du fond des eaux chargées de particules en suspension puis il éclate sans bruit à la manière d’une bulle de gaz des marais, te submerge, t’envahit.”

A travers les mots de M.Mourier, on respire les odeurs de mousse et de poudre, on éprouve les peurs nocturnes peuplées de fantômes imaginaires et l’angoisse des bombardements, on s’émerveille des jeux de lumières à travers les feuilles et on appréhende de monter sur les planches face à ces officiers étrangers à la langue si coupante.

C’est une histoire qui nous emporte, l’histoire d’un bien beau livre, l’histoire d’un tout. Une histoire à lire, à savourer, où l’on voudrait rester enfermé aux côtés des personnages bien trop attachants, à regarder la Grand-Mère laver le linge dans l’eau claire du ru, à entendre son rire qui se déverse et roule, roule dans nos oreilles.

“Et elle rit soudain, de son rire clair, de son rire de perles, de son rire de source”.

 

Editions de l’Ogre
270 pages
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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