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Fumiko Hayashi Vagabonde

Fumiko Hayashi – Vagabonde

Auteure d’une centaine de romans et nouvelles capturant l’atmosphère du Japon de la première moitié du XXe siècle, Fumiko Hayashi a vu une partie de son œuvre adaptée au cinéma par le réalisateur Mikio Naruse.
Aujourd’hui une poignée de ses textes est disponible en français, dont un journal vaporeux et mélancolique rédigé alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années : Vagabonde.

Le courant du temps y est flou, indiqué en mois et en rencontres. Enchainant de modestes boulots, Fumiko Hayashi décrit une immersion sans fard dans l’univers ouvrier et précaire du Japon des années 20, où les petites gens vivent chichement au jour le jour.
Ne tenant jamais en place, elle parcourt les innombrables rues et quartiers de Tokyo, bat les campagnes et les ports toujours habitée par le mal d’un village natal aux allures de mirage. Ses parents étant des marchands ambulants, elle ne se connaît pas de terre d’attache et semble être prédestinée à une errance confuse. Ce vagabondage s’encre aussi bien à son corps qu’à son esprit, qu’elle fait couler en une suite de pensées délayées et mouvantes.
Des poèmes sont accompagnés de bribes de chansons populaires, les accents changeants de diverses régions rurales ou urbaines sont ponctués de références à des films d’époque ou de citations tirées des nombreux classiques que l’autrice dévorait. Malgré ses origines très modestes et son quotidien incertain, elle accorde d’ailleurs énormément d’importance à se nourrir culturellement parlant, quitte à garder parfois le ventre vide. De plus, elle reste très discrète sur sa participation à des revues littéraires, évoquée de manière très succincte ses différentes publications ou le cercle d’écrivains auquel elle appartient. De la même manière, ses amants n’apparaissent que sous l’appellation générale de « mon homme » et sont source de souffrance. En écrire les noms alourdirait la peine qui éclot à leur simple souvenir.
Si les figures masculines sont présentées comme étant souvent troubles ou toxiques, Fumiko Hayashi traite des femmes qui l’entourent ou croisent son chemin avec beaucoup de tendresse et d’admiration sincère. Un réel sentiment de sororité se dégage alors de ces camaraderies ou de ces rencontres, renforcé par l’amour qu’elle porte à sa mère. 

Autoportrait vif et fragmenté, Vagabonde est un journal intime libéré où l’emploi du temps se fait en fonction du caractère de son autrice, comme autant d’accords d’humeurs et de pensées. Décousu et poétique, il fait écho à la précarité des milieux modestes et aux ventres creux, aux repas frugaux et à l’amitié, nourriture de l’âme. Fumiko Hayashi y décrit avec précision les lieux qu’elle croise et qui l’abritent une période, autant de moments ténus et d’atmosphères embrumées, décors de son errance sans attache autre que celui du rythme des saisons. Un livre de va-et-vient, de rire entre les larmes.

Fumiko Hayashi Vagabonde imageVendémiaire éditions
Traduit par René de Ceccatty
192 pages
Caroline

À propos Caroline

Chroniqueuse

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