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Greg Egan – La cité des permutants

En ce moment, nous sommes gâtés. Greg Egan revient de plus en plus souvent sur le devant de la scène avec des publications inédites, comme excellent «à dos de crocodile », ou des rééditions comme « Axiomatique » ou ici « La cité des permutants ». Les mois à venir devraient nous gâter du côté des éditions du Bélial’, continuant à graver dans le marbre son nom dans le milieu de la science fiction et s’imposant définitivement comme la maison incontournable du genre.

Quatrième roman de l’auteur, La cité des permutants fut publié initialement en 1994 chez Orion/Millenium en Australie, avant d’être publié en 1996 dans la collection « Ailleurs et demain » des éditions Robert Laffont. Il connut une édition en poche en 1999 chez Le livre de poche, enfin en 2022 nous pouvons le découvrir en grand format chez le Bélial’ avec une foire aux questions de l’auteur autour de la Théorie de la poussière en bonus du roman.

Au milieu du XXIe siècle, la société humaine a développé la possibilité de se créer des copies numériques de nous-même, évoluant dans des mondes virtuelles. Alors que la géopolitique globale bouge, que le climat commence à nous faire défaut, la tentation de se digitaliser est grande, bien que le coût et l’incertitude de la fiabilité de ce processus (notamment à cause de la durée de vie du matériel informatique) soit deux points noirs. Dans ce contexte, nous suivons Paul Durham, un courtier en assurance, qui développe un projet ambitieux en parallèle, une alternative à ce qui est proposée : Permutation City.

Nous parlons ici de Hard-SF, avec ce qu’impliquent les codes du genre. Greg Egan va loin dans son concept, et pousse la réflexion dans ses derniers retranchements sur l’aspect théorique. Ce qui peut présenter quelques difficultés de compréhension. Mais je vous rassure de suite, La cité des permutants, bien qu’exigeant sur certains aspects, ne tombe jamais dans le vernaculaire ou l’abscons, Greg Egan a cette intelligence, ce savoir-faire de romancier, et n’oublie jamais le rôle de la narration, ni son histoire, insufflant suffisamment de romanesque et d’enjeux sociaux pour ne pas nous égarer. Tout en abordant des concepts comme le temps relatif, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, ou encore la numérisation de notre personne pour avoir une copie numérique, l’auteur sait nous rendre le tout vertigineux sans jamais nous égarer.

Le plus fascinant avec le roman de Greg Egan, est sa clairvoyance des futurs possibles. Son roman ne fait pas daté ou désuet, on contraire à l’heure des metaverses en devenir de Zuckerberg, des délires de milliardaire d’Elon Musk, les développements de plus en plus fascinant des différentes IA, les avancés dans le domaine de la santé et des nanobots, force est de constater que l’auteur s’impose comme un visionnaire. Presque trente ans après sa publication originale, le roman conserve une longueur d’avance sur notre présent et semble devenir de plus en plus prophétique sur certains aspect soulevés par ce dernier.

In fine, La cité des permutants, bien qu’ardu sur certains aspects théoriques, n’en reste pas moins un excellent roman de science-fiction, s’attachant à constamment repousser les limites de la science pour la confronter à l’éthique, et en creux devenant un conte philosophique qui n’a de cesse de nous questionner sur nos devenirs possibles, ce que nous voulons et ce que nous sommes prêts à accepter, lorsque le progrès nous échappe, comme dans l’excellente seconde partie du roman.

Une excellente idée de la part des éditions du Bélial’ que de ressortir ce titre dans une superbe édition, avec l’excellente traduction de Bernard Sigaud, et l’illustration de couverture d’Aurélien Police. Un incontournable de la SF/ Hard SF de cette rentrée, assurément.

Pour aller plus loin dans la compréhension de l’oeuvre, je vous renvoi vers l’excellent article de L’épaule d’Orion sur son site ! Il en parle beaucoup plus en profondeur et beaucoup mieux que moi.

Editions le Bélial’
trad. Bernard Sigaud,
432 pages,
Ted.

À propos Ted

Fondateur, Chroniqueur

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