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Hervé Bouchard- Mailloux

Jacques Mailloux, c’est un gamin de Saguenay au Québec qui grandi à la manière d’une herbe un peu folle, parmi ses camarades au final tous fait du même bois: celui de la débrouillardise et de la jeunesse des années 60, la marmaille terrible toujours dehors, mi-enfant mi-démon qui court, crache et feule dans la neige . Mailloux de six, Mailloux de dix, Mailloux au milieu de ses frères et soeurs Mailloux, dans sa famille de Mailloux qui tente de protéger le secret terrible de ses problèmes nocturnes. Un père qui picole, une mère noyée dans son hystérie de femme hantée par les bruits de la machine à laver qui tourne, tourne, tourne toute la sainte journée pour rendre le blanc immaculé aux draps de son fils pisseux, des voisins qui voient et rapportent des choses que son intimité de Mailloux en pleine puberté aurait préféré garder secrète… et des amis: Payne, Ouelle, Busse et le terrible grand Gagnon qui connait pire sujet honteux que les draps jaunis de Jacques.

“Mailloux chaque matin dans un lit mouillé. Mailloux chaque soir au bord d’un précipice. Mailloux chaque matin dans un lit mouillé. Chaque soir et chaque matin de l’enfant jusqu’à Mailloux quarante, au bord d’un précipice la nuit tombant dans un lit mouillé au réveil. Dans le noir de chaque nuit essayant de résister au sommeil de Mailloux, créer la nuit blanche peuplée sous le plafond lisse sans rien. C’est de là les histoires à repousse-mort.”

Découpé en plusieurs chapitres brefs et bruts, au travers desquels le personnage évoque ses souvenirs comme ils viennent: sans logique chronologique, vidant son sac avec trivialité et simplicité et nous larguant des phrases-obus en plein dans les yeux. La lecture roule, fourche, s’arrête et reprend au rythme du quotidien du gosse, le suivant pendant une dizaine d’année et peignant un portrait sauvage et vrai de ce village québécois, où la rivière noie beaucoup de gens mais où l’on continu de patiner sans crainte, où le froid coupant fait place à une chaleur écrasante et où les coups sont plus présents que les caresses.
La beauté d’une vie simple, avec ses petits bonheurs, mais aussi la mort et le sang qui font parti du normal, caracolent au fil des pages. Et Mailloux en parle avec un détachement de morveux qui grandi trop vite, qui côtoie le feu tous les jours mais qui pourtant craint de se faire prendre en train de reluquer les pages roses des magasines de sa mère. Car c’est un mioche en pleine puberté, pris entre les tenailles du monde des adultes et celui des enfants, bien obligé de surcroit depuis qu’il est tout petit Mailloux d’apprendre un peu par lui-même, parce l’époque le voulait. On se perd entre les délires hallucinés et la réalité, au fil des phrases piquées du patois particulier de cette région qui rajoute au charme du discours mystique du jeune québécois.

“Mais c’était pas facile parce que les tounes de Perry Como, de Dean Martin et de Frank Sinatra ça me berçait plutôt. L’impression quand même dans le noir où j’étais avec juste ce qu’il faut d’entrebâillure de porte pour laisser le son passer, l’impression de ne rien manquer, imaginant certes des bouts de scènes à partir d’instants silencieux ou confus afin de me construire un beau souvenir, de quoi m’emplir le tube pour une bonne partie de l’adolescence à venir.”

Il parait que ce roman est le tout premier d’Hervé Bouchard, et c’est dur à croire tant il remue tout ce qui se trouve en nous. Inventant un style personnel et sortant des sentiers battus et rebattus de la littérature, il s’envole dans son écriture et nous emmène avec lui. “C’est ainsi qu’elles doivent être dites, les choses” et c’est vrai qu’il n’aurait pas pu mieux les dire.
Annoncé comme une “Guerre des Boutons en plus trash et plus contemporain” par les fabuleuses éditions du Nouvel Attila, Mailloux est une magnifique lecture anticonformiste qui fait voyager par ses blessures et sa beauté franche. On peut le prendre, l’ouvrir à n’importe quelle page et se laisser guider par ce gamin un peu fou, prendre une phrase et s’en délecter, car il n’y a rien en trop et rien qui manque dans ce livre. Un Mailloux parfait par ses défauts.

hervé bouchard mailloux image

Le Nouvel Attila
151 pages
Caroline

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Caroline
Chroniqueuse

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